Si les affiches mettant en scène des homos ont été interdites, c'est, jurent les maires, pour "protéger les enfants". Une hypocrisie vieille comme la censure, explique l'écrivain Bernard Joubert.
Arnaud GonzagueArnaud GonzaguePublié le 25 novembre 2016 à 21h33
Non, non, non, ils ne sont pas homophobes. Si une dizaine de maires (LR) a décidé de faire retirer des affiches de prévention contre le sida, ce n'est pas, jurent ces messieurs, par haine d'une sexualité jugée déviante. Mais parce qu'à Angers, Compiègne ou Aulnay-sous-Bois, l'exhibition de ces corps mâles amoureusement enlacés, pourrait... choquer les enfants.
Lesdits corps apparaissent pourtant tout à fait vêtus et pas le moins du monde en position de coït: dans l'affiche la plus «hot», leurs lèvres se frôlent à peine. Mais voilà, cette débauche de câlineries viriles «risque de heurter la sensibilité de l'enfance et de la jeunesse», affirme Bruno Beschizza, maire d'Aulnay. Il s'agit bien de «protéger les enfants», renchérit Christophe Béchu, édile d'Angers.
Ce souci de «protection de l'enfance» est une constante dans l'histoire de la censure en France depuis la Libération. Une manière commode de marquer des positions politiques - en l'occurrence, surfer sur une vague d'hostilité aux gays chez un certain électorat - masquées derrière le souci pour les tout-petits.
Bernard Joubert est écrivain et auteur d'une «Histoire de la censure» (La Musardine) ainsi que du très touffu «Dictionnaire des livres et journaux interdits» (Cercle de la librairie).
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BibliObs. C'est au nom des enfants qu'une dizaine de maires ont retiré les affiches de prévention contre le sida. En soi, elles ne sont pourtant pas spécialement olé-olé. Cela vous étonne?
Bernard Joubert. C'est, au contraire, une tradition dans l'histoire de notre pays de prendre souvent la jeunesse comme prétexte pour réclamer ou décider des censures. A la Libération, la France s'est ainsi dotée de la loi du 16 juillet 1949 qui en est un cas emblématique. Il ne s'agissait pas à l'époque de lutter contre la pornographie, mais contre de «mauvaises lectures», qui avaient, pensaient les ligues de vertu, un effet toxique sur la jeunesse. La France d'alors connaissait un surcroît de délinquance juvénile et il fallait désigner un coupable pour l'expliquer. On le trouva aisément: les illustrés pour la jeunesse étaient remplis d'histoires de gangsters qui leur tournaient la tête... Cette thèse n'était basée sur aucune étude scientifique, mais elle arrangeait tout le monde.
"L'homophobie est une des formes les plus dangereuses de la haine"
Qui arrangeait-elle, à part les ligues de vertu chrétiennes?
Les communistes d'abord, très influents à la Libération: ils refusaient en effet l'«invasion» de la France par des BD de leur ennemi, les Etats-Unis. Des BD comme «Tarzan», «Flash Gordon» ou «Mandrake» étaient dans leur ligne de mire. Et puis, cette loi n'était pas pour déplaire aux dessinateurs français qui y voyaient une manière commode de protéger leur bifteck contre la concurrence américaine. Bref, on prétendait protéger la jeunesse, alors que cela était dicté par d'autres motifs.
La censure visait donc surtout les productions américaines?
Durant la préparation de la loi, oui. Mais elle a tout de suite concerné les BD franco-belges, celles qu'on trouvait dans «Spirou» ou le «Journal Tintin». On pense, par exemple, que «Blake et Mortimer» est une série très comme-il-faut? Mais le deuxième épisode du «Secret de l'Espadon» (1954), tout comme «le Piège diabolique» (1962) ont subi les foudres de la censure. En raison, disaient les censeurs du «Piège diabolique», de «nombreuses violences» et de la «hideur des images»... De même en 1965, «la Griffe noire», un épisode du sage Alix de Jacques Martin, a-t-il été interdit en France pour son «atmosphère de haine» et le «caractère traumatisant des illustrations».
Le retour de la censure (enquête)
On veillait sacrément sur la moralité de nos chères têtes blondes...
Pas seulement sur elles : la loi de 1949 comprend un article 14, qui à l'époque n'a donné lieu à aucun débat, et qui étend son contrôle à toutes les publications qui pourraient être aperçues par les enfants. Cela a permis de contrôler les lectures des adultes: dans les années 70, on a ainsi interdit d'exposer des publications pornographiques qu'on ne trouvait que dans les sex-shops... c'est-à-dire dans des lieux où, par définition, aucun enfant ne pouvait les feuilleter !
De même pour le célèbre «Bal tragique à Colombey» de «Hara Kiri Hebdo»...
Tout à fait. Après la mort du général de Gaulle en 1970, l'équipe de «Hara Kiri Hebdo» publie cette Une très provocante, mais que l'Etat ne peut pas interdire - la loi de 1949 ne prévoit pas l'outrage à général mort. Alors, le ministre de l'Intérieur de l'époque, Raymond Marcellin, prétexte que l'hebdo de Choron et Cavanna est plein de cochonneries pornographiques, donc qu'il peut heurter à la jeunesse. Cette interdiction est si fallacieuse, si ridicule qu'elle a provoqué un tollé et a propulsé de même coup la publication remplaçante de «Hara Kiri Hebdo», «Charlie Hebdo».
Sans ce tollé, Marcellin aurait remporté la partie?
Oui, ce qui est terrible avec la loi de 1949, c'est qu'elle zappe les tribunaux. Un procès est une sorte de duel, qui permet au moins à l'accusé de se défendre. Mais, dans le cadre de cette loi, l'autorité alertée (le ministère de l'Intérieur) peut interdire arbitrairement toute publication. Comme ces maires qui, depuis leur bureau, décident de faire enlever des affiches de prévention contre le sida. C'est de la police, pas de la justice.
"Charlie Hebdo", canal historique
Cette loi de « protection de la jeunesse » est-elle toujours en vigueur?
Absolument, et la Commission chargée de vérifier les publications et alerter les pouvoirs se réunit toujours. Son dernier sursaut, c'est contre des revues pornographiques en 2010. Pourquoi ces revues-là et pas d'autres? On ne le sait pas, le processus n'a aucune transparence. Mais la loi de 1949 est moribonde: globalement, ce genre de censure administrative recule très fortement dans notre pays.
On suppose que la gauche, quand elle est au pouvoir, est moins encline à la censure.
Eh bien, j'ai pu le croire aussi, mais l'analyse des faits montre que non. L'alternance entre la gauche et la droite montre un recours semblable à la censure administrative de l'édition. C'est probablement une question de personne: Gaston Defferre, ministre de l'Intérieur de François Mitterrand [de 1981 à 1984], la pratiquait volontiers quand un Pierre Joxe [ministre de l'Intérieur de 1984 à 1986 et de 1988 à 1991] a marqué un grand ralentissement de la censure étatique.
Si la loi 1949 est « moribonde», pourquoi ne pas la supprimer?
J'ai posé plusieurs fois la question à des parlementaires. A chaque fois, ils reconnaissent son caractère désuet, mais me répondent: «Moi, je suis convaincu, mais quand une loi prétend protéger l'enfance...»
1200 pages sur la censure : le cimetière de la liberté
Aujourd'hui, ce sont plutôt les jeux vidéo qui charrient une supposée violence. Y a-t-il une volonté de les encadrer plus strictement pour protéger les enfants?
Une classification européenne existe déjà sur les jeux vidéo [qui peuvent être déconseillés aux moins de 3 ans, de 7 ans, de 12 ans, de 16 ans ou de 18 ans]. A la fin des années 1990, Elisabeth Guigou, alors ministre de la Justice, avait rassemblé une commission pour décider d'interdictions administratives, mais cela n'a rien donné. Imaginez: il faut peu de temps pour feuilleter un livre, une BD ou visionner un film, mais un jeu vidéo nécessite parfois des dizaines d'heures pour être connu dans son intégralité. En plus, imaginez la tête des dames patronnesses qu'on trouvait dans cette commission: elles étaient techniquement incapables de terminer ne serait-ce que le premier niveau d'un survival horror !
Propos recueillis par Arnaud Gonzague
Phil, y a un truc, là.
Chui sûr que tu touches quèquchose du site au nombre de mots ou de phrases que tu y laisses.
Bon, tu m'initieras à ça par MP; ce serait sympa.
Pour en revenir à des choses moins sérieuses; oui, bon, pan dans le mil, les enfants en bouclier comme dans les pires combats civils. Les enfants qui sont brandis par de grands lâches qui masquent leurs pires frustrations.
Ces enfants qu'on violentent à longueur de journée par les images que véhiculent les info. Ces élus là et leur clique, là, ils ne disent rien. Ces êtres là vivent dans la violence, sont anesthésiés, sont mutilés par la violence. Ils ne la voient même plus.
Ils ressentent encore la haine, parce que c'est fort, ça, la haine. La paix, la tendresse, la caresse, un geste d'amitié ou d'amour, ils ne les sentent plus, ne les ressentent plus.
C'est étranger à leur monde.
Ces êtres là se souviennent des enfants, comme ça, par moment, quand c'est utile un enfant. Mais ces êtres là sont des pédophobes. Parce que la paix, la tendresse, les caresses, l'amitié et l'amour sont intrinsèquement nécessaires à l'épanouissement d'un enfant qui chemine longuement vers un adulte dans toute son intégrité.
Mais, c'est vrai, pourquoi faire des adultes dans toute leur intégrité ? Tellement plus lâche et plus pervers de diriger des zombies !
Qu'on ne me jette plus un enfant à la gueule !
Certes Luc, je laisse souvent des messages interminables, mais pour autant, ce n'est pas toujours le tout de mon cru, comme disent les amateurs de contrepèteries.
Ici en l'occurrence, c'était du copier-coller.
Bon, sur le fond: les gosses en question qu'on "protège" de toute nudité, y compris la plus naturelle (par exemple des gens nus sur une plage), ou même d'une nudité sexuelle mais amoureuse, on sait pourtant qu'ils n'attendent pas d'avoir 22 ans ni même 12 pour visionner des images carrément porno.
Et puis bien sûr, toute cette violence qu'on voit partout, par exemples ces affiches de film avec des flingues.
Un gosse aura vu dans sa vie de gosse des centaines de scènes de meurtre (télé, jeux vidéo etc.) sans avoir vu les fesses de quelqu'un qui nage ou prend un bain de soleil :#.
J'ai emmené mes gamins voir Angry Birds, j'ai trouvé ce dessin animé extrêmement violent.
La violence pour les gamins à la TV, ou jeux vidéos, c'est normal, la nudité simple, naturelle, non. Ont est dans un monde de dingues. :paf
je trouve cette campagne de Pub étrange, ils associent les risques du sida qu'aux homosexuels uniquement.
Il aurait pu mettre un couple hétéro dans leurs affiches. Le message n'est pas clair.
je trouve cette campagne de Pub étrange, ils associent les risques du sida qu'aux homosexuels uniquement.
Il aurait pu mettre un couple hétéro dans leurs affiches. Le message n'est pas clair.
Non non, tu n'as pas tout vu: il y a plein d'affiches hétérosexuelles.
Clique par exemple ici
http://www.aufeminin.com/news-societe/aides-une-nouvelle-campagne-de-lutte-contre-le-sida-s2065823.html
je n'avais pas vu les autres affiches.
Elles ressemblent d'ailleurs plus à une pub pour le parachutisme et la plongée naturiste.
Ce n'est pas la même série d'affiches, la première est le fruit de l'imagination de l'Etat (et effectivement elles semblent être à destination seulement des homosexuels hommes) alors que la 2ème est financées par Aides avec une cible plus générale...
Dans ces conditions, on peut effectivement s'interroger sur le but de la première série (censurée dans plusieurs villes dont Angers) puisque sa façon de cibler les gays peut laisser penser qu'elle stigmatise cette population... Sans doute juste un ciblage un peu trop restreint...
Dans une société qui deviens d'un côté plus ouverte mais d'un autre côté plus individualiste, avec les hypocrisies qui vont avec, il est très facile de prendre "les enfants" comme excuses ou comme supports à telles ou telles décisions.
Nos chers bambins ne sont pourtant pas si ignares de choses "taboues" qu'on voudrait leur cacher. Les petits camarades et les réseaux sociaux, l'Internet en général se chargent de les "éduquer" et de plus en plus jeunes.
Nos chers bambins ne sont pourtant pas si ignares de choses "taboues" qu'on voudrait leur cacher. Les petits camarades et les réseaux sociaux, l'Internet en général se chargent de les "éduquer" et de plus en plus jeunes.
Eh bien moi, en m'aidant de livres sur le corps humain, je me charge d'expliquer à mes enfants comment fonctionne leur corps et à quoi servent les différents organes, y compris les organes sexuels.
J'estime ainsi pouvoir faire mieux que ses petits camarades ou les réseaux sociaux. l'internet, je l'utilise aussi, comme par exemple les émissions scientifiques "c'est pas sorcier".
Allez, une blague.
- Notre fils devient grand, il faudrait que tu lui apprennes les choses de la vie.
- J'ose pas
- C'est toi l'homme, explique-lui.
- C'est difficile pour moi de parler de ça.
- Ecoute, j'ai une idée. Tu n'as qu'à lui parler des petits oiseaux, parce qu'au fond, pour se reproduire, les humains et les petits oiseaux, c'est pareil.
- Ah oui, bonne idée!
Sur ce, le père achète une revue porno à son fils. Puis lui montre un film porno. Et enfin, il l'emmène voir une pute.
Et la mère lui demande
- Alors, tu lui as parlé des petits oiseaux?
- Non, pas encore.
- Eh alors, vas-y, qu'est-ce que tu attends?!
Sur ce, le père va voir son fils, et tout rougissant, lui déclare:
- eh bien, les petits oiseaux, ben, ils font pareil!
Je suis d'accord avec toi sur ce coup là. 😉
Mes enfants sont grands, 27 et 21 ans, mais j'avais utilisé des livres pour leur expliquer "certaines choses de la vie" à l'époque de leur premières curiosités et questions sur le sujet. Notamment le "fameux" ZEIG MAL MEHR ! de nos voisins allemands apparu de mémoire au milieu des années 70.
Il n'empêche que leur amis et autres copains, plus le Web, ont fait le reste.
Je suis d'accord avec toi sur ce coup là. 😉
Mes enfants sont grands, 27 et 21 ans, mais j'avais utilisé des livres pour leur expliquer "certaines choses de la vie" à l'époque de leur premières curiosités et questions sur le sujet. Notamment le "fameux" ZEIG MAL MEHR ! de nos voisins allemands apparu de mémoire au milieu des années 70.
Il n'empêche que leur amis et autres copains, plus le Web, ont fait le reste.
"ZEIG MAL MEHR !" un ouvrage très explicite qui explore le corps et la sexualité de manière naturelle et décomplexée. En France dans les années 70, la collection "encyclopédie de la vie sexuelle" avait aussi cette même approche, mais sans pour autant aller aussi loin que nos amis allemands, sur qui on ferait bien de prendre exemple en ce qui concerne notre culture au corps et éducation corporelle.
