26 mai 2026
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Femen : les seins nus de la discorde

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jfreeman
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Femen : les seins nus de la discorde
par Corinne Audouin publié le 8 janvier 2020 à 6h07

Montrer sa poitrine nue, est-ce une exhibition sexuelle quand on est une femme ?
La question, examinée aujourd'hui par la cour de cassation, divise la justice,
qui a rendu ces dernières années des décisions contradictoires sur le sujet :#

Montrer ses seins nus, recouverts d'inscriptions au feutre noir ou rouge pour dénoncer les féminicides, contester la venue d'un chef d'État, ou rappeler le droit à l'avortement : c'est le mode d'action des Femen, ces activistes féministes connues pour leurs actions coup de poing. Ces dernières années, au gré des tribunaux, certaines ont été relaxées, d'autres condamnées, pour "exhibition sexuelle". Une infraction que leurs avocats contestent, mettant en avant la portée politique de leurs actions. La question est examinée aujourd'hui par la plus haute juridiction : la cour de cassation.

"Kill Putin"
L'affaire remonte à 2014. Une jeune femme ukrainienne, Iana Zhdanova, entre au musée Grévin, puis poignarde avec un pieu la statue de cire de Vladimir Poutine. Sur sa poitrine nue : "kill Putin", "tuez Poutine". Une première fois, devant la cour d'appel de Paris, l'activiste est condamnée pour dégradations et relaxée des faits d'exhibition sexuelle. Saisie, la cour de cassation annule l'arrêt. La cour d'appel de Paris persiste, et la relaxe à nouveau, en décembre dernier. Qu'à cela ne tienne, nouveau pourvoi du parquet... et voilà l'affaire qui revient en cassation, devant une formation élargie.

Pourquoi tant d'atermoiements ? Parce qu'au delà du cas de cette jeune femme, ce qui est en jeu, c'est une question juridique complexe, sur la perception du corps des femmes. Si l'on en croit l'article 222-32 du code pénal, "l'exhibition sexuelle à la vue d'autrui dans un lieu accessible aux regards du public" est punie d'un maximum d'un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende.

Mais la poitrine d'une femme a-t-elle forcément un caractère sexuel ? Pour la cour d'appel de Paris, qui a relaxé Iana Zhdanova en décembre 2018, ce n'était pas le cas ici, "dès lors que l'intention exprimée par l'auteure de cet acte s'avère être dénuée de toute connotation sexuelle, n'a pas pour but d'offenser la pudeur d'autrui, mais relève de la manifestation d'une opinion politique, et en conséquence, de la liberté d'expression" garantie par l'article 10 de la Convention européenne des Droits de l'Homme.

"Force est de constater que le regard de la société sur le corps des femmes a grandement évolué depuis le temps où un tableau comme "L'Origine du monde" de Gustave Courbet [...] était objet de scandale" notent les trois magistrates de la cour d'appel de Paris, avant d'ironiser :

"La morale publique semble devoir n'être jamais convoquée lorsque ces corps sont exposés dans les magazines, ou affichés sur le mobilier urbain."
En conséquence, estiment les juges, "la justice n'a pas à sanctionner une évolution des moeurs que d'aucuns jugent critiquables. "Ce serait une question de morale, donc, et pas de justice, évacue la cour d'appel, qui a en revanche condamné la jeune femme à 600 euros d'amende pour "dégradations".

Une analyse que ne partage pas le parquet général, qui s'est pourvu en cassation. Pour l'accusation, "_le caractère sexuel d'une poitrine féminine ne fait aucun doute dès lors que la science le qualifie d'_organe sexuel secondaire". L'infraction est donc constituée, dès lors que la jeune femme a dénudé ses seins, quels que soient ses motifs pour le faire, estime la procureure générale, regrettant que la cour d'appel ait fait siennes "les conceptions idéologiques de l'intéressée", au mépris de la loi.

Dans son pourvoi, le parquet général balaie également le grief de passéisme :

Le nombre de saisines de la justice par les victimes suffit à démontrer que le public continue à être heurté par de telles manifestations, et que l'évolution des moeurs alléguée [...] est loin d'être établie
Voilà donc les termes du débat, tels qu'il se présente devant la cour de cassation. En défense, les avocats d'Iana Zhadanova font valoir qu'il n'existe pas, dans la jurisprudence, d'homme condamné pour avoir exhibé son torse nu. N'y aurait-il pas rupture d'égalité devant la loi ? Sur l'argument scientifique, les avocats rappellent que si les seins sont des caractères sexuels secondaires de la femme, ceux de l'homme sont, entre autres, la barbe et la mue de la voix : il s'agit simplement des traits qui distinguent les individus des deux sexes.

Pour la défense, le fait de montrer ses seins nus n'est pas une exhibition sexuelle en soi, il ne l'est que si l'acte est fait avec la volonté d'y donner une connotation sexuelle, ce qui n'était pas ici le cas, la motivation de Iana Zhadanova étant politique. Créées en 2008, les Femen revendiquent une nudité féminine "libérée du système patriarcal". Se dénuder est ici un symbole de la libération des femmes par la réappropriation leur propre corps, qui ne saurait être seulement soumis à un regard sexuel.

Quelle que soit la décision de la cour de cassation, il y a fort à parier que le débat ne s'arrêtera pas là : la Cour européenne des droits de l'homme est d'ores et déjà saisie de la question, à travers le cas d'une autre Femen, condamnée pour avoir exhibé ses seins lors d'une action dans l'église de la Madeleine.

Sources :
https://www.franceinter.fr/femen-les-seins-nus-de-la-discorde
https://www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/arrets_publies_8743/2019_9126/janvier_9127/3116_09_41104.html


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famille91
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A l heure où l on nous parle de la parité, les femmes ne sont toujours pas autorisées à montrer leur poitrine dans un espace public 😕


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criche
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Pour l'accusation, "_le caractère sexuel d'une poitrine féminine ne fait aucun doute dès lors que la science le qualifie d'_organe sexuel secondaire"

les seins ne sont pas des organes sexuels secondaires, mais des caractères sexuels secondaires. Comme la pilosité faciale, la voix grave, la pomme d'Adam.
Va-t'il falloir être glabre ou le cas échéant porter un cache-barbe ?

Tant que ce #%§ 222-32 portera à interprétation variable, ce sera toujours la même histoire ...


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Jeff87
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Ce n'est pas l'article 222-32 qui pose problème en fait, car le droit (si on prend tous les éléments du sujet) est très clair !

En matière de nudité, la doctrine juridique est à présent inversée : nous sommes passés d'une interdiction générale dans l'espace public avec des exceptions soumises à autorisations, à une dépénalisation générale qui peut cependant être encadrée par des interdictions exceptionnelles et limitées, mais obligatoirement justifiées par un « risque avéré de trouble à l'ordre public ».

Le naturisme, en tant que système philosophique ne peut être interdit. Il relève comme toutes les autres formes de pensée de la liberté d'opinion et de conscience comme de la liberté d'expression. Celles-ci sont garanties par les articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (DDHC), par l'article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme (CESDH) ainsi que par les articles 10 et 11 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne (CDFUE).

Malgré ces évolutions du droit, nous restons cependant confrontés à des jugements ou décisions administratives arbitraires, qui continuent d'appliquer la doctrine liée à l'ancien article 330 du Code pénal, pourtant abrogé... Ce qui constitue une atteinte grave aux libertés individuelles et une violation de l'état de droit.

Il faut bien avoir conscience que nous vivons au travers de toutes ces affaires et bien d'autres qui ne sont pas médiatisées, une véritable guerre idéologique. Certaines personnes usent et abusent de leur pouvoir pour tenter de nous imposer un retour à l'ordre moral (religieux et pudibond) du XIXe siècle... pour certains, et au Moyen-âge pour d'autres.

Ne nous laissons pas faire !


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Denis
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Posté par: @jfreeman

Sources :
https://www.franceinter.fr/femen-les-seins-nus-de-la-discorde
https://www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/arrets_publies_8743/2019_9126/janvier_9127/3116_09_41104.html

Le second lien concerne une autre affaire, celle de l'exhibition dans une église d'une Femen avec des morceaux de veau sanglants pour simuler l'avortement du Jésus, avec l'intention évidente de troubler les pratiquants et de s'opposer à la liberté de culte. Bien qu'athée, et justement parce que je le suis, je ne m'insurgerais pas contre cet arrêt de la Cour qui se contente de confirmer celui de la cour d'appel précédente qui ne paraissait pas pourtant être délirant, l'intention de heurter les cathos étant manifeste.

Sur ce dernier point, j'observe que les cathos sont tout de même des bonnes pâtes, on imagine le tollé s'il s'était agi de culte juif ou musulman, mais on peut dégueuler tant qu'on veut sur la religion catholique, on ne risque rien... Cette action des Femens et d'autant plus minable qu'elle visait la difficulté d'avorter dans d'autres pays, comme l'Espagne, alors que cela ne pose pas de problème en France: grand courage des Femens en effet, qui ne risque au pire qu'une amende.

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PhilE
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A l heure où l on nous parle de la parité, les femmes ne sont toujours pas autorisées à montrer leur poitrine dans un espace public 😕 

Certes, mais une femme nue dans son jardin, nue au bord d'un lac etc., en pratique, elle ne risque rien parce qu'il n'y a pas de cas (à ma connaissance) de femmes poursuivies pour exhibition sexuelle pour de tels cas. Des hommes, oui!

Ce qui avait fait qu'il y a 45 ans les seins nus avaient été légalisés, c'était une circulaire aux procureurs leur enjoignant de ne plus poursuivre, invoquant le motif que les seins n'étaient pas des organes sexuels. C'était sous Giscard Président et Chirac Premier Ministre.

j'espère que la Cour de Cassation et la Cour Européenne des Droits de l'Homme se pencheront non pas tant sur la question de savoir si les seins sont un organe sexuel ou non, mais sur la question de savoir si la nudité (partielle: seins seulement; ou totale) constitue une exhibition sexuelle. S'ils préciseront ou non ce qu'est une exhibition sexuelle, comme par exemple le fait la loi espagnole qui parle d'actes sexuels et non de nudité.

Peut-être que les très hauts magistrats vont s'inspirer de l'arrêt du Conseil d'Etat qui, à propos des burkinis, disait qu'on ne pouvait imposer de tenue particulière sur une plage, sauf pour des motifs de risque avéré de trouble à l'ordre public. (Le "avéré" est important, ça veut dire que l'interdiction doit être expressément motivée, le régime général étant l'interdiction d'interdire).
Si l'on a le droit de s'habiller comme on veut malgré que ça choque un certain nombre de personnes (ce qui est le cas pour 75% des Français avec le burkini, si j'en crois les sondages), on doit avoir le droit de porter un zérokini (qui certes choque aussi, mais beaucoup moins de monde, et qui en choquerait encore moins si la parfaite légalité était affirmée).

Jeff: je suis d'accord (oui, ça arrive), sauf pour le moyen-âge: on se baignait nu au moyen-âge. Que ce soit dans les établissements de bain (ça déplaisait évidemment à l'église, qui essayait de les faire fermer) que dans la mer ou les rivières.

(Ma femme enseigne l'histoire de l'art médiéval, et il y a plein d'enluminures qui en témoignent. Ainsi que plein de récits de telles scènes).

La pudibonderie est venue plus tard.

De même, lors de l'expo sur l'art des Safavides (XVIème-XVIIème siècles en Perse), on pouvait voir les mêmes scènes de baignade, y compris des enluminures représentant des baignades en présence de Mahomet, ce dernier étant reconnaissable à ce que son visage est un ovale blanc.
Il est vrai que les Safavides, dynastie qu'on qualifierait aujourd'hui d'éclairée, de progressiste, ça n'était pas tout l'islam non plus.

C'est juste une parenthèse sur le terme moyen-âgeux, quand par exemple on nous dit que les niqabs ou burkas sont un retour au moyen-âge: non, ni en orient ni en occident on ne portait à l'époque de tels accoutrements (sauf les prostituées pour ne pas être reconnues, et cela seulement en Arabie).

Je ferme la parenthèse, reconnaissant que ce n'est pas le coeur du sujet.


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Denis
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Posté par: @PhilE

Jeff: je suis d'accord (oui, ça arrive), sauf pour le moyen-âge: on se baignait nu au moyen-âge. Que ce soit dans les établissements de bain (ça déplaisait évidemment à l'église, qui essayait de les faire fermer) que dans la mer ou les rivières.

(Ma femme enseigne l'histoire de l'art médiéval, et il y a plein d'enluminures qui en témoignent. Ainsi que plein de récits de telles scènes).

Tiens, j'ai envie de te taquiner, mais jacques_gana nous avait déjà signalé que c'est "Moyen Âge", sans trait d'union...

Demande à ta femme ! 😉

.


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jean-mi77
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Posté par: @Denis

Tiens, j'ai envie de te taquiner, mais jacques_gana nous avait déjà signalé que c'est "Moyen Âge", sans trait d'union...

Demande à ta femme ! 😉
 

Je confirme. Avec deux capitales (l'accent circonflexe sur le A majuscule est facultatif).


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Jeff87
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Posté par: @PhilE

Jeff: je suis d'accord (oui, ça arrive), sauf pour le moyen-âge: on se baignait nu au moyen-âge. Que ce soit dans les établissements de bain (ça déplaisait évidemment à l'église, qui essayait de les faire fermer) que dans la mer ou les rivières.

(Ma femme enseigne l'histoire de l'art médiéval, et il y a plein d'enluminures qui en témoignent. Ainsi que plein de récits de telles scènes).

La pudibonderie est venue plus tard.
 

Wahou, ça se fête 😀 :=!
Mais sur ta parenthèse, il faut préciser... et apporter quelques nuances.

Le Moyen âge dure de la fin du Ve siècle à la fin du XVe (476 ap. J.-C. - 1453)... C'est donc très très long et on ne peut pas dire que tout ait été pareil durant presque mille ans. Entre le Haut Moyen Âge (le début), le Moyen Âge central et le Moyen Âge tardif, il y a de sacrés nuances. Certes, il y eu de nombreuses périodes pendant lesquelles les choses ont pu aller plutôt mieux (pour la nudité humaine) et d'autres plutôt plus mal... Disons que, pour faire simple, plus on avance vers la fin du Moyen Âge, et plus ça se complique pour la nudité.

Dans la lutte qui oppose, dès l'avènement du christianisme, les tenants d'une philosophie spiritualiste tournée vers l'après-mort (le paradis ?), et ceux qui défendent une certaine idée du bonheur "ici et maintenant", tant individuel que collectif (courant dit "matérialistes"), la confrontation n'a jamais cessé, jusqu'à ce que l'Inquisition, bras armé de l'Église écrase les 2e (physiquement et intellectuellement en mettant leurs ouvrages à l'index... et sur les bûchers).

On peut citer les premiers adamiens, inspirés de Carpocrate (philosophe de la fin du premier siècle), Épiphane (son fils) et de Simon le Magicien (mort en 65), courant des gnostiques hédonistes pour lesquels le péché originel n'a jamais existé. Il n'y avait donc pour eux aucune raison d'avoir la haine du corps et de la nudité. À la fois platoniciens, ce qui leur aurait été pardonné et hédonistes, ce qui a signé leur arrêt de mort auprès de leurs vainqueurs, les derniers gnostiques disparaissent au plus tard vers le IXe siècle. Ils auront pour héritiers les Frères et Soeurs du Libre-Esprit de la fin du XIIe siècle.

Ces derniers seront à l'origine des "nouveaux" Adamites et Picards (1370) ou Pauvres Frères. Selon Tommaso Campanella, le fond de leur proposition était que « l'homme doit être aussi heureux ici-bas qu'il sera un jour dans le ciel » (La Cité du Soleil, 1568 / Socialisme utopique et humanisme).
Mais les Adamites s'échappèrent souvent et se maintinrent longtemps sans que l'on sache si le mouvement a réellement pris fin. On retiendra de ce courant, Jeanne Daubenton, qui fut aussi brûlée vive, en place de Grève, en 1372. Jeanne Daubenton aurait joué un rôle des plus actifs au sein des Adamites de Paris. Devenue l'éloquente interprète de leur doctrine qui se rattachait notamment aux philosophes de l'Antiquité, antinomistes, cyniques cyrénaïques ainsi qu'épicuriens.

L'Encyclopédie scientifique des arts et métiers (Diderot et d'Alembert) nous dit (d'après les procès de l'Inquisition) qu'ils :
« ... soûtenoient que l'homme arrivé à un certain état de perfection, étoit affranchi de la loi des passions, & que bien loin que la liberté de l'homme sage consistât à n'être pas soûmis à leur empire, elle consistoit au contraire à secouer le joug des Lois divines. Ils alloient tous nuds, & commettoient en plein jour les actions les plus brutales. Le Roi Charles V. secondé par le zele de Jacques de Mora, Dominicain & Inquisiteur à Bourges, en fit périr plusieurs par les flammes; on brûla aussi quelques - uns de leurs livres à Paris dans la Place du marché aux pourceaux, hors la rue Saint Honoré. »

Tout comme les Cathares, les Vaudois, les Templiers et les Franciscains, les Adamites prônaient un idéal de pauvreté. Ils avaient poussé cette notion jusqu'à vivre nus la plupart du temps. « La pauvreté́, disaient-ils, lave l'homme du péché et ressuscite le Christ en lui. Et c'est en écoutant ses désirs que l'homme entre dans l'Esprit libre.

Tous ces mouvements qui défient l'autorité ecclésiastique catholique, seront combattus avec la même violence et traités en hérétiques. On connait le sors qui leur était réservé.

C'est à partir du Concile de Trente, que les choses changent carrément et conduisent à la pudibonderie du XIXe s, qui sera à l'origine de l'ancien article 330 du Code pénal Napoléonien (L'Église catholique reprend la main et impose à toute la société des valeurs et "bonnes moeurs".

Convoqué par le pape Paul III le 22 mai 1542, en réponse aux demandes formulées par Martin Luther dans le cadre de la Réforme Protestante, il débute le 13 décembre 1545 et se termine le 4 décembre 1563. Étalées sur dix-huit ans, ses vingt-cinq sessions couvrent cinq pontificats (Paul III, Jules III, Marcel II, Paul IV, et Pie IV), et se tiennent à Trente puis à Bologne et enfin à nouveau à Trente.

En réponse aux théories protestantes, le concile confirme la doctrine du péché originel affirmée lors du 16e concile de Carthage... en 418.

Trente est l'un des conciles les plus importants de l'histoire du catholicisme. Entre Trente et Vatican II (1962-1965), il n'y eut qu'un seul concile, Vatican I (1869-1870), qui définit le dogme de l'infaillibilité pontificale. L'historienne Régine Pernoud présente ce concile comme « la coupure entre l'Église médiévale et l'Église des temps classiques » (Pour en finir avec le Moyen Âge, Seuil, 1977, p. 159). Cette Église « de la Contre-Réforme » est aussi appelée Église « tridentine » (du nom latin de la ville de Trente, Tridentium).

Selon l'historienne Nicole Lemaître, « Le Concile de Trente a été la réponse catholique pour se protéger de la réforme protestante alors perçue comme une agression. Cette crispation a provoqué des décisions dont nous subissons toujours les conséquences, notamment dans le gouvernement de l'Église : absolutisme pontifical, centralisation, culte du secret. »

En France, la fin du concile de Trente coïncide avec le début des guerres de Religion (François Lebrun, Histoire des catholiques en France, p. 105). Il en va de même aux Pays-Bas, où les guerres de Religion prennent la forme d'une guerre d'indépendance connue sous le nom de guerre de Quatre-Vingts ans.

Il convient de prêter une grande attention à ce qu'il a décrété pour comprendre les sujets religieux postérieurs à celui-ci. Il en est ainsi pour ce qui concerne la relation entre les hommes et les femmes qui s'en trouve codifiée (avant et après mariage), ainsi que pour le rapport au corps.

Le dogme du péché originel est défini lors de la 5e session, le 17 juin 1546. S'il touche tous les hommes, il est effacé par le baptême : « En ceux qui sont nés de nouveau, rien n'est l'objet de la haine de Dieu. » Par ce décret, le concile s'oppose résolument aux thèses protestantes « d'une nature humaine irrémédiablement corrompue : pour eux, l'homme n'est plus intrinsèquement pécheur, mais entraîné au péché par la concupiscence, auquel il se doit de résister » (Le salut - Wikipédia Concile de Trente). D'où le rejet de la nudité.

Lors du Concile de Trente, l'Église catholique restreint la valeur du nu, en le considérant dans le dogme comme indécent, alors que les protestants n'ont d'autre intermédiaire de Dieu que la nature où se manifeste le divin, d'où l'existence de pratiques de nudité collective en Europe du Nord. Ces pratiques relèvent de valeurs mystiques ou religieuses, mais aussi d'hygiène rituelle (toilette collective en sauna des pays scandinaves).

L'art est soumis lui aussi à cette influence et des églises sont bâties dans un style grandiose et riche propre à impressionner les foules, c'est l'ère de l'art baroque.

Une des transformations majeures dans l'expression du message religieux par les artistes concerne aussi la nudité, à la fois centrale pour la théologie chrétienne et pour la tradition artistique occidentale. Après 1517, l'Église catholique, menacée par les attaques de la Réforme, se lance dans une vaste entreprise de redéfinition du statut, de la fonction et de l'apparence des images religieuses, qui concerne là encore directement la représentation de la nudité. Or, cette période de la Contre-Réforme correspond précisément à l'épanouissement de l'art maniériste, qui met en scène le nu à des fins avant tout formelles et esthétiques.

D'un côté, le nu est profondément au service du message religieux et de la piété : le corps glorieux du Christ ressuscité, par exemple, souligne son aspect divin, quand la mise en valeur de son sexe peut traduire son «humanation», selon l'analyse désormais célèbre de Leo Steinberg. Maintes figurations de martyrs ou de saints pénitents, représentés nus et souffrants, sont quant à elles destinées à susciter la compassion et, de la sorte, renforcer la piété des fidèles. Mais, d'un autre côté, la représentation artistique du nu se transforme en menace, dès lors qu'elle détourne l'attention du spectateur vers des préoccupations autres que le message religieux qu'elle est censée appuyer. Par la force de sa présence, et par le trouble sensuel qu'elle provoque, l'image du corps nu capte l'attention vers elle-même, au lieu de favoriser une méditation sur des réalités spirituelles. En troublant les sens, elle en vient à trahir les fonctions premières qui lui étaient assignées. (Nudité sacrée_Le nu dans l'art religieux de la Renaissance entre érotisme, dévotion, et censure Travaux de l'École doctorale d'histoire de l'art de Paris 1 Panthéon-Sorbonne)._

Il en est ainsi de l'oeuvre magistrale de Michel-Ange, le Jugement Dernier, qui subit maintes « corrections ». L'immense fresque (13,70 m x 12,20 m) de la Chapelle Sixtine, commandée par le pape Paul III et achevée en 1541, fut controversée dès sa conception. Alors qu'elle était aux trois quarts peinte, le cardinal Biagio da Cesena, maître des cérémonies, en blâma les nus, dignes « des bains publics et des auberges ». La réplique du peintre fut mordante : il donna les traits du cardinal censeur à Minos, dans l'enfer, un serpent diabolique s'enroulant autour de son corps et venant lui gober le sexe. Bien que Michel-Ange fût soutenu par Paul III et le cardinal Cornaro, puis par pape Jules III, l'oeuvre continua d'être fustigée pour ses nus, masculins et féminins. De tels ignudi parurent impies et obscènes. Le pape Paul IV, puis, en 1564, la congrégation du concile de Trente, prièrent le peintre de rendre sa fresque plus « honnête ». Comme il s'y refusait, Charles Borromée confia à Daniele da Volterra une action de censure en 1565 : peindre des braghe (culottes, d'où son surnom de braghettone, « culottier »). Ce dernier, admiratif du maître, habilla vingt figures, et se contenta de voiles légers, utilisant des couleurs à la détrempe pour conserver la peinture originale. Toutefois les figures de saint Blaise (tenant les peignes en fer de son martyre), et de sainte Catherine (à la roue à pointes de son martyre), furent repeintes à fresque par décence. En effet, initialement le saint se courbait au-dessus de la sainte nue, accroupie et tournant son regard vers lui, dans une posture licencieuse. L'oeuvre originelle fut donc perdue. Pourtant des copies du Jugement Dernier avant les repeints sont connues._

D'autres braghe furent ajoutées aux XVIe, XVIIIe et XIXe siècles. Si les seins des saintes et des sibylles semblaient ne pas devoir être cachés, en revanche le sexe et les fesses des saints et des anges aptères devaient être voilés au nom du dogme. De tels ajouts furent recensés, puis décapés lors de la dernière restauration de l'oeuvre, exceptés les repeints de Daniele, jugés historiquement significatifs.
Autant Michel-Ange voulait glorifier le corps renaissant, la seconde peau que représentait la résurrection, métaphore de l'âme purifiée, autant les doctrinaires de tout poil ne voulaient pas voir la nudité comme sainte. Débat théologique entre une chair honteuse, image d'une âme peccable, et une chair sanctifiée, oeuvre de Dieu (Christophe Genin - Un sexe équivoque / MUCRI La Sorbone)

Quelques dates marquantes :
1563 : « Décret sur les saintes images » du concile de Trente
1569 : Pie V ordonne de couvrir les nus du Vatican et de retirer les statues antiques de nus
1602 : Caravage se voit obligé de repeindre un « Saint Mathieu et l'ange » que l'Église juge représenté de façon inconvenable, « assis avec une jambe sur l'autre et les pieds nus grossièrement exposés à la vue du peuple »
1642 : Urbain VIII renouvelle les prescriptions du « Décret sur les images » en ordonnant « que ce que l'on propose à la vue des fidèles n'apparaisse ni désordonné ni insolite mais suscite la dévotion et la piété »

À partir de la seconde moitié du XVIe siècle, l'Église catholique dispose de moyens efficaces pour affirmer la réforme de l'Église et lutter contre les protestants et toutes formes d'hérésies. Elle bénéficie des nouveaux ordres religieux, de l'oeuvre doctrinale et disciplinaire du concile de Trente et de papes énergiques. Les nouveaux ordres se sont considérablement développés. Les Capucins ont reçu l'autorisation de créer des couvents en France, en Espagne, dans l'Empire. Ils sont prédicateurs, directeurs de conscience et missionnaires principalement pour les milieux populaires. Les Jésuites sont implantés dans toute l'Europe. Ils dirigent 400 collèges vers 1620. Outre les missions en pays réformés, ils envoient des missionnaires en Chine, au Japon, en Inde, en Amérique.


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PhilE
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Le forum de Vivrenu doit être rebaptisé forum d'histoire :-P.

Mais bon, que faire face à un tribunal qui lors de l'audience vous dit "ici, c'est un tribunal et non un amphi de la Sorbonne", et vous soutient que "la loi est très claire: être nu relève de l'exhibition sexuelle"?

Il nous faut un "as de pique" (pour employer les termes de Bush fils). Un arrêt de la Cour de Cassation, une réponse ministérielle actuelle, un arrêt de la Cour Européenne des Droits de l'Homme.
Là, normalement (mais ce n'est pas absolu: une Cour d'Appel peut "faire de la résistance" et maintenir son jugement retoqué en Cassation), ça s'impose aux autres juridictions.

Pour ceux qui sont prêts à se farcir des analyses juridiques:
https://www.lgdj.fr/les-conflits-de-droits-dans-la-jurisprudence-de-la-cedh-9782874557422.html


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Denis
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Posté par: @PhilE

Il nous faut un "as de pique" (pour employer les termes de Bush fils). Un arrêt de la Cour de Cassation, une réponse ministérielle actuelle, un arrêt de la Cour Européenne des Droits de l'Homme.
Là, normalement (mais ce n'est pas absolu: une Cour d'Appel peut "faire de la résistance" et maintenir son jugement retoqué en Cassation), ça s'impose aux autres juridictions.

Si tu as suivi ce fil, notamment le premier message posté par Jacques, c'est le cas dans cette affaire du musée Grévin, une cour d'appel a refusé de suivre la Cour de Cassation qui doit maintenant statuer en dernier ressort, dans une formation "élargie" (mais pas forcément "différemment composée", il pourrait y avoir certains des conseillés pudibonds).

Et la Cour pourrait cette fois se saisir directement sans renvoyer devant une autre cour, ce qui ferait cet "as de pique" qui, s'il nous était défavorable, ferait en effet très très mal en nous piquant les fesses très méchamment... :#

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PhilE
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Oui, Denis, j'ai suivi, et l'arrêt de la Cour de Cassation sera rendu le 19 février.

Si le jugement de la Cour d'Appel de Paris est cassé une deuxième fois, il va y avoir un troisième procès.
Et là, j'ai du mal à concevoir qu'on puisse faire autrement de retenir une Question Prioritaire de Constitutionnalité.
Si les plus hautes instances en droit pénal (la Cour de Cassation et la Cour d'Appel de Paris, ce ne sont pas des petits tribunaux avec des juges débutants) n'arrivent pas à se mettre d'accord, c'est bien que l'article 222-32 n'est pas précis.
L'article "voisin" 222-33 sur le harcèlement sexuel avait été retoqué il y a quelques années (2012) car manquant de précision.
Il faut en faire de même pour le 222-32.
Retoquons l'article, et Mme Belloubet et le Parlement, au boulot pour une nouvelle formulation, enfin précise!

https://www.ouest-france.fr/societe/justice/la-cour-de-cassation-etudie-nouveau-sur-le-delit-d-exhibition-sexuelle-reproche-aux-femen-6681084

La Cour de cassation étudie à nouveau sur le délit d'exhibition sexuelle reproché aux Femen

La haute juridiction examine à nouveau mercredi la question de la notion d'exhibition sexuelle appliquée aux actions des activistes des Femen. La décision doit être rendue le 19 février

Ouest-France avec AFP

Publié le 08/01/2020 à 12h32

Les actions seins nus des militantes Femen constituent-elles une "exhibition sexuelle" ? La Cour de cassation s'est penchée à nouveau mercredi 8 janvier sur la question, deux ans après avoir estimé que montrer sa poitrine dans un lieu public était un acte sexuel.

La haute juridiction examinait un pourvoi en cassation du parquet général de Paris contre la relaxe pour exhibition sexuelle d'une ancienne militante Femen, Iana Zhdanova.

Première militante Femen condamnée en France

Le 5 juin 2014, poitrine dénudée sur laquelle était inscrit "Kill Putin" ("Tuez Poutine"), la jeune femme d'origine ukrainienne avait attaqué à coups de pieu la statue de cire du président russe Vladimir Poutine au musée Grévin, à Paris.

Cette action avait valu à Iana Zhdanova, qui a toujours revendiqué un "acte politique", d'être la première militante des Femen condamnée en France pour exhibition sexuelle. La cour d'appel de Paris l'avait ensuite relaxée de ce délit, soulignant qu'il n'y avait ni "intention" de nature sexuelle de sa part, ni "connotation sexuelle" dans son acte.

La Cour de cassation avait annulé cette relaxe le 10 janvier 2018, jugeant que l'infraction d'exhibition sexuelle était bien caractérisée, l'ex-militante ayant "exhibé volontairement sa poitrine dans un musée, lieu ouvert au public". Un troisième procès avait été ordonné.

En décembre 2018, la cour d'appel de Paris avait "résisté" à la Cour de cassation et prononcé à nouveau la relaxe de Iana Zhdanova du délit d'exhibition sexuelle, tout en confirmant sa condamnation pour dégradations. L'accusation avait formé un nouveau pourvoi.

À l'audience, l'avocate de l'ex-Femen, Catherine Bauer-Violas, a mis en avant l'absence d'"élément intentionnel" dans l'action de sa cliente, qui "relève de la protection attachée à la liberté d'expression".

"La poitrine féminine ne peut se réduire à une fonction sexuelle", a-t-elle ajouté, plaidant pour un changement des contours de l'infraction d'exhibition sexuelle, "aujourd'hui anachronique".

L'avocat général a préconisé le rejet du pourvoi de l'accusation. Mais estimant qu'il serait difficile de revenir sur "les principes édictés récemment" par la Cour de cassation, il l'a invitée à "faire la balance entre la liberté d'expression et la protection de la morale et/ou des droits d'autrui".

Décision le 19 février.


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