CAMBRIDGE (Massachusetts) — À la veille de chaque période d’examens finaux, une tradition décapante secoue le très strict campus de l’Université Harvard : le Primal Scream (« Cri primal »). Deux fois par an — à la mi-décembre sous le froid polaire de la Nouvelle-Angleterre et au mois de mai —, des centaines d’étudiants délaissent leurs livres de révision et leurs vêtements pour s’élancer nus à travers les allées de Harvard Yard.
Origines et histoire d’une tradition d’Ivy League
Né dans les années 1960, le Primal Scream consistait à l’origine en un simple rassemblement où les étudiants ouvraient leurs fenêtres à minuit pour hurler à plein poumon pendant 10 minutes afin d’expulser le stress cumulé durant la « période de lecture » (reading period). Dans les années 1970 et 1980, le rituel a évolué vers une course nudiste collective (streaking) faisant le tour du vieux campus (Old Yard).
Chaque semestre, la fanfare de l’université (la Harvard University Band) s’installe au centre de la cour dès 23 h 45, vêtue de ses vestes cramoisies, pour chauffer la foule en jouant des morceaux cuivrés avant le départ donné au douzième coup de minuit.
Une boucle déjantée autour de Harvard Yard
Dans les minutes précédant minuit, les participants se rassemblent traditionnellement devant les résidences Hollis Hall et Stoughton Hall, tandis que des centaines de curieux, de touristes et d’étudiants en habit s’entassent sur les marches d’University Hall pour immortaliser le spectacle.
Dès que l’horloge sonne minuit, les serviettes et peignoirs tombent. La foule de coureurs s’élance pour un tour complet du Yard, dans une ambiance surchauffée où se mélangent déguisements légers (capes, masques, chapeaux) et accessoires insolites.
Certains étudiants en font un rendez-vous incontournable de leur cursus :
- Kate Hallett et Kaitlin Tse (19 ans), membres de l’équipe universitaire féminine de hockey sur glace (Varsity), participent chaque année avec leur équipe. Elles ont même corsé le défi en réalisant leur parcours en patins à roulettes : « C’est une grande tradition d’Harvard, quelque chose que nous adorons partager ensemble. »
- Isabel Kroeger, étudiante allemande en échange venue de la Frankfurt School of Finance & Management : « J’ai entendu dire que c’était une tradition emblématique. Je voulais vivre l’expérience Harvard à 100 % pendant mon semestre à Cambridge. »
- Yuki Nakamura, étudiante en visite depuis Yale-NUS (Singapour) : « C’est un moment fort où toutes les promotions se réunissent pour décompresser et célébrer la course ensemble. »
Rite de passage et traditions associées
Pour la communauté estudiantine, le Primal Scream sert de soupape de sécurité indispensable face à la pression académique de l’une des universités les plus exigeantes au monde.
« C’est une tradition hilarante qui offre une pause bienvenue pendant la semaine d’examens. Cela montre un visage bien plus décontracté et humain des étudiants d’Harvard. »
— Michaela Green (20 ans), étudiante à Harvard
« C’est une tradition très ancienne. Les étudiants à Harvard ont à cœur de la transmettre de promotion en promotion. »
— Neil K. Khurana (22 ans)
Avant et après la course, de nombreux étudiants complètent le rassemblement en accomplissant une autre coutume estudiantine du campus : escalader la célèbre statue en bronze de John Harvard (située devant University Hall) — et pour certains, y uriner —, sous les encouragements et les applaudissements des spectateurs.
Reportage vidéo et archives
Vidéo également disponible sur YouTube : Visionner sur YouTube ou Télécharger le fichier MP4 direct.
Sources et articles de référence
- The Harvard Crimson (Décembre 2019) : Primal Scream Winter 2019
- The Harvard Crimson (Mai 2019) : Primal Scream Spring 2019
- The Harvard Crimson (Mai 2016) : Primal Scream Spring 2016
- The Odyssey Online (2015) : Harvard’s Primal Scream: A Ve-Ri-Naked Occasion

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