22 août 2026

Compte Rendu de la NEWT 2013

Randonnée nue en Autriche : retour sur une journée grandiose avec la NEWT

Randonneur nu en montagne autrichienne

Suis-je vraiment obligé de vous présenter la NEWT (Naked European Walking Tour) organisée par Richard Foley chaque année depuis 2005 ? Après quelques années en itinérance en camping sauvage, la NEWT est dorénavant proposée au départ d’un gîte. Ce qui permet plus de confort et une meilleure récupération des organismes. Les itinéraires partent parfois du gîte, ou en prenant la voiture. Cette année, les participants ont même pu être nus devant leur lieu de résidence : une grande demeure de 3 étages avec une belle prairie devant nous.

Une semaine de naturisme dès que le lieu le permet sans sentir une épée de Damoclès sur la tête. L’Autriche, pays de liberté pour nos corps souvent réduits à se cacher derrière des vêtements inutiles et culpabilisants. Voici le compte rendu d’une formidable journée, une rando de 9h30 avec plus de 1000 mètres de dénivelés.

Mardi, comme la veille, nous partons du gîte à 9h00. Nous avons quasiment une heure de route à faire. C’est après un long chemin de terre qui monte en lacets et des virages en épingles que nous arrivons sur un grand parking. Nous sommes à Ursprungalm, à 1500 mètres d’altitude (retrouvez le site officiel de l’alpage sur Ursprungalm.at).

Entourés de montagnes enneigées, je me dis qu’on va avoir froid. Le parking est à l’ombre et un léger vent se fait sentir. La veille, j’avais mis mon bonnet mais j’avais oublié mes gants ; cette fois, j’ai tout pris. Il a plu durant la nuit et la rosée fraîche réveille l’épiderme. Mais tout le monde semble confiant et ils sont déjà tous torse nu. Il est 10h00.

Les premiers mètres et le sentiment de liberté

Nous démarrons la marche et, dès les dix premiers mètres, j’ai déjà chaud. Je fais une première halte pour enlever mon t-shirt. Vingt mètres plus loin, c’est ma jupe rapide que je retire, sans m’arrêter cette fois-ci, car ici il est inutile de se cacher pour vivre nu. Dès que le lieu le permet – c’est-à-dire en pleine nature –, la nudité est parfaitement acceptée par tous. Un vrai paradis !

Le soleil est bien présent, le ciel est dégagé, l’air frais du matin n’est déjà plus qu’un lointain souvenir. Pas de vent, ça cogne ! Je prends des photos de tout ce qui m’entoure, je suis émerveillé. La journée s’annonce exceptionnelle. Échelonnée après deux randonnées de mise en jambe, celle-ci sera la plus physique, la plus haute en altitude, la plus longue, mais aussi la plus belle. Celle qu’on gardera en mémoire à jamais.

Pause crème solaire en pleine nature

Tout le monde fait une halte pour appliquer de la crème solaire : il serait idiot qu’un vilain coup de soleil vienne gâcher le séjour. Les randonneurs que nous croisons passent, nous saluent, plaisantent avec nous, et certains nous prennent même discrètement en photo. En Autriche et en Allemagne, tout le monde connaît la FKK (Freikörperkultur), c’est une véritable institution culturelle !

Il règne une telle ambiance conviviale et bienveillante avec le public qu’on a parfois du mal à y croire. Nous, Français, sommes si souvent imprégnés d’un sentiment de culpabilité dès qu’il s’agit de vivre notre nudité, par peur de gêner ou de passer pour des personnes irrespectueuses. Ici, nous sommes enfin libres. Libres de ne pas nous cacher derrière un tissu hypocrite. La France, pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, aurait tant à apprendre de la tolérance de ces pays.

Seul parmi les « textiles »

Avec ma peau claire, je dois appliquer de la crème méticuleusement et cela me prend un peu de temps. Le groupe repart sur les sentiers et je me retrouve un moment à la traîne, nu comme un ver au milieu des autres marcheurs habillés. Ces randonneurs ne savent pas que je fais partie d’un groupe organisé.

Il y a un monde fou sur ce chemin, presque autant que sur le sentier de Luminy menant aux Calanques de Marseille. Pourtant, personne ne s’offusque de ma présence. Certains me sourient chaleureusement, même si je sens bien que la nudité solitaire intrigue un peu plus que lorsque nous marchons en groupe.

Je finis par rattraper le groupe à un col pour faire une belle photo collective. De là, on aperçoit le premier lac d’altitude et un refuge. Nous continuons sur la gauche et ne tardons pas à découvrir le grand lac dont Richard nous avait parlé. Nous croisons également des chevaux en liberté sur le sentier qui se laissent volontiers caresser. L’immersion dans cette nature sauvage est totale. Des randonneurs habillés nous dépassent régulièrement sans le moindre problème : nous partageons simplement la montagne, d’égal à égal.

Le respect des lieux de vie : l’auberge Ignaz-Mattishütte

Soudain, Richard nous demande de nous rhabiller. Que se passe-t-il ? Des gardes forestiers ? La police ? Non, pas du tout ! C’est simplement une question de respect à l’approche de la civilisation. Nous passons à moins de trois mètres d’une terrasse d’auberge. Par courtoisie pour les clients attablés, nous nous couvrons temporairement. C’est l’auberge Ignaz-Mattishütte, située à 1986 mètres d’altitude. Le magnifique lac s’étend juste en contrebas, à 1890 mètres. Avec déjà 380 mètres de dénivelé positif dans les jambes, la beauté des paysages nous fait oublier l’effort.

Une fois l’établissement passé, nous reprenons notre tenue de liberté et attaquons les sommets. La pente devient très raide et des cordes de sécurité sont installées sur les passages les plus exposés. Nous croisons d’autres marcheurs. Les discussions se font parfois en allemand (où je ne saisis pas grand-chose), parfois en anglais. L’un d’eux nous lance avec humour : « En voyant le lac d’en haut, je disais justement à ma femme que ce serait un endroit magique pour des nudistes. Et voilà qu’on vous croise ! ». Un autre ajoute : « Je sais qu’en Suisse la randonnée nue est réglementée, mais ici en Autriche, c’est libre et c’est très bien ainsi. »

Nous grimpons un sentier en lacets serrés pour atteindre un plateau constellé de petits lacs glaciaires. La vue de ces étendues d’eau pure au milieu des névés est tout simplement féerique. Dans ce décor grandiose, la présence de corps nus et libres s’intègre avec une harmonie parfaite. Physiques fins, athlétiques ou plus ronds, jeunes ou plus âgés… quelle importance ? C’est cette immersion brute et authentique de l’humain dans la nature qui rend le tableau si beau.

Sur le fil des crêtes

Vient l’heure de la pause. À peine le temps de s’asseoir et de tenter une trempette rapide dans une eau glacée qu’il faut déjà repartir. Nous poursuivons notre ascension le long d’un chemin de crête en faux plat qui ondule. La vue s’ouvre à 360 degrés sur les Alpes autrichiennes, c’est époustouflant.

Je glisse à Mark, notre ami américain qui participe à ses premières randonnées naturistes : « It’s just amazing to be naked in this place, it’s so wonderful! ». Il sourit, mais commence à accuser le coup de la fatigue, tout comme le reste du groupe. Au détour d’un sommet, nous croisons des parapentistes qui transportent leurs voiles imposantes dans d’immenses sacs à dos.

Le passage de plusieurs névés donne lieu à des moments ludiques et à quelques batailles de boules de neige improvisées. Nous faisons une seconde halte pour finir de déjeuner, un peu plus longue cette fois. Mais le départ est vite sonné. Nous continuons sur la crête pour arriver à un passage rocheux équipé de cordes qui fait frémir certains d’entre nous. Avec plus de 300 mètres de vide en dessous et un sentier très étroit en descente, ceux qui sont sujets au vertige doivent faire un effort surhumain. Heureusement, grâce à l’entraide du groupe, tout le monde franchit l’obstacle sans encombre.

L’ascension du Schiedeck (2339 mètres)

Il est 15h00. Une pancarte indique le sommet du **Schiedeck** à 20 minutes. En pressant le pas, je sais que j’ai le temps de faire l’aller-retour pour ramener de belles images. Richard me donne son accord à condition de faire vite. Bernard et Harry m’accompagnent, tandis que le reste du groupe, fatigué, préfère se reposer.

Nous laissons nos sacs à dos en bas. Grimper vers un sommet de plus de 2300 mètres d’altitude, totalement nu et sans aucune charge sur les épaules, procure une sensation de légèreté et de liberté absolue. En dix minutes de montée dynamique, nous atteignons la croix du sommet à 2339 mètres. Le groupe en contrebas ressemble à de petites figurines. Nous redescendons rapidement à travers un pierrier technique pour les rejoindre. Contrat rempli en tout juste 20 minutes : une gorgée d’eau et nous reprenons tous ensemble la route du retour.

Une longue descente vers la vallée

C’est enfin la descente de retour. Progressivement, la haute montagne rocheuse s’efface pour laisser place à une végétation more verte : les fougères, l’herbe haute et les fleurs alpines réapparaissent. Après les moutons des cimes, nous croisons les troupeaux de vaches dans les alpages inférieurs. Le parking reste caché, ce qui commence à inquiéter certains marcheurs fatigués qui craignent que nous nous soyons égarés.

Au passage d’une ferme d’alpage, un mince filet d’eau fraîche coule d’un tuyau, nous permettant de remplir nos gourdes. Nous traversons de superbes prairies humides traversées par de petits ruisseaux avant de nous enfoncer dans la forêt. Les derniers petits raidillons sous forme de marches en bois finissent d’épuiser les cuisses. La montre tourne : il est déjà 19h00, mais la lumière rasante du soleil couchant nous réchauffe encore merveilleusement.

Mark, notre compagnon de Los Angeles, a pris un coup de soleil mémorable et a dû se rhabiller pour protéger sa peau. Il est épuisé mais ravi. Il est désormais certain que la marche nue n’exclut en rien d’être de véritables montagnards accomplis.

Un ultime croisement s’offre à nous. Nous choisissons la piste la plus large et grand bien nous en prend : après deux virages, le parking apparaît enfin. Il est 20h30. Les voitures sont là, le parking est désert. Nous pouvons savourer notre retour et rester nus pour ranger nos affaires, conduire jusqu’au gîte, et partager un dîner convivial dans la plus grande simplicité. La vie est tellement belle lorsqu’elle s’affranchit des conventions inutiles.

Merci de m’avoir lu. J’espère sincèrement que ce récit inspirera de nombreux randonneurs afin que cette magnifique liberté puisse, un jour, s’épanouir pleinement sur nos sentiers en France.

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23 Commentaires
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jfreeman
3 novembre 2013 18h47

:=! Tu vas finir romancier, Bruno…
Alors, une fois de plus : bravo !

Luc33
3 novembre 2013 21h04

Ah Bruno !
Tu illustres avec toujours autant de talent, de vérité et d’engouement ce que tant de randonnueurs vivent et éprouvent ici et là.
Je revis en regardant et en lisant ce que je viens de vivre dans le Val d’Aran, dans une Espagne respectueuse de la nudité, avec notre groupe formidable.
Clin d’oeil à Bernard qui n’en loupe pas une !

fernandel
3 novembre 2013 21h09

Magnifique tout simplement :=!

gilles
Administrateur
3 novembre 2013 21h49

Superbe reportage et magnifiques photos, ça me donne envie de me la refaire cette NEWT après celle que j’ai faite en 2011 et de m’inscrire pour l’an prochain si les dates m’intéressent 😉

maviphica
4 novembre 2013 12h31

:=! :=! :=! Génial ! splendide ! Bravo. et c’est remarquablement raconté. Les photos sont magnifiques. Merci Bruno et bravo à tous!

fredericdromois
4 novembre 2013 16h44

:=! :=! :=! Superbe !!!!!!

tanmott
7 novembre 2013 10h18

Encore un superbe documentaire nature et naturiste. Et surtout bravo pour les 1000m de dénivelé en habit naturel.
Vive le naturisme en liberté.

herve_nice
8 novembre 2013 8h43

Sur la 1ière photo avec la banderole de l ‘ ANP de Marseille ,
de gauche à droite , vous avez pour ceux qui ne les connaissent pas :

* BERNARD et son bandeau rouge ayant GIBUS comme pseudo sur VIVRENU .
Bernard randonne beaucoup à l ‘ international en toute Nudité , OF COURSE !

* Au milieu , un certain BRUNO S . des CALANQUES ….

* À droite , vous avez FRED d ‘ Aix-en-Provence qui a débuté le Naturisme en
septembre 2012 par une RANDO NATURISTE
dans les CALANQUES avec l ‘ AJNF et qui moins d ‘ 1 an après se retrouve en AUTRICHE ….
C ‘ est chouette , hein !!

Notre NUDIVAGO ( Vittorio ) d ‘ ISEO en ITALIE
qui est sur ce Forum , participait lui aussi à
cet(te) NEWT 2013 .
NUDIVAGO continue avec d ‘ autres
RANDONNEURS NATURISTES ITALIENS
à promouvoir la RANDO NATURISTE en ITALIE :b

palmier77
8 novembre 2013 15h09

Merci Bruno de nous faire partager ces purs moments de bonheur.
Beau reportage et photos superbes.
Bernard toujours sur le pied de guerre, les 25 bosses, ça doit être de la rigolage à côté !!!!
Amitiés et encore BRAVO
Joël
:=!

azur
8 novembre 2013 20h44

Très beau reportage
Ca fait rêver. Merci Bruno !

Jean-Marie

gilles
Administrateur
16 novembre 2013 9h36

oui bruno, les commentaires positifs sont les principales motivations pour les contributeurs bénévoles de medias.
Si on trouve apprécie une personne et son article, il faut écrire un commentaire, sinon il n’y aura plus d’articles et plus de videos 🙂

DaneMartyn
17 novembre 2013 17h18

Thank you Bruno for sharing the experience and the photos of your journey. The scenery looks fantastic and to enjoy it in naturist fashion must have been a great experience. My only reservation is the part with the rope and the sheer drop – I have vertigo: otherwise I would like to have joined you all.

Thank you again for sharing your experience!

PCHMQL
20 novembre 2013 18h20

Bravo Bruno pour cet excellent reportage qui retrace bien la réalité et l’ambiance de cet été-
Il faut se réjouir pour le next 2014

Pascal

FFauchery
25 novembre 2013 13h35

Incroyable ! que de beauté dans ces paysages… Faire corps avec la nature de cette façon… Merci de nous faire autant envie.

PhilE
8 décembre 2013 10h55

Quand mes garçons auront l’âge de faire de la randonnée (à ce jour, le « sur les épaules, papa » vient trop vite!) ou s’ils vont ailleurs et que moi je suis libre, je ferai une telle randonnée.
Et si c’est dans une zone germanophone, je peux servir d’interprète.

toujoursnu13
30 décembre 2013 13h17

Si je n’&tais pas handicapé, j’aurais aimé vous accompagner dans cette randonue

tintin95
1 février 2014 11h46

bonjour je viens de visionné votre balade en montagne, et ses vraiment super se que vous avez fais, et de superbe photos
cordialement tintin (alain)

Dom67
5 février 2014 13h16

Bravo de faire partager ainsi votre randonnée …quel sentiment de liberté ! merci

tim35
20 février 2014 18h35

Superbes photos!
Magnifique endroit!

Je suis intéressé pour la prochaine ballade, si la montagne est au rendez vous!

Anonyme
Anonyme
19 mars 2014 17h15

Bonjour Bruno et félicitations pour votre reportage dans lequel on ressent la symbiose entre le corps et la nature ou alors le mental se reconnectant au corps énergétique . En tout cas , c’est mon ressenti quand je pratique le naturisme à l’état pur .

coben
22 avril 2014 18h05

C’est tout simplement génialllllllllllllll :b

Defnu
8 mai 2015 1h40

Je découvre ce reportage : tout simplement magnifique ! :=!

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