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"L'amour est un crime parfait", en salles depuis mercredi, beau thriller amoureux dans les montagnes enneigées, signé Arnaud et Jean-Marie Larrieu, vaut le détour et rappelle le talent des frères réalisateurs. Décorticage de leur style avec l'actrice Karin Viard.
Tiré d'un livre de Philippe Djian, L'amour est un crime parfait relate le parcours mouvementé (c'est peu de le dire) d'un professeur de littérature dans une faculté suisse, Marc (Mathieu Amalric), qui a la réputation de séduire ses nombreuses élèves. Un jour, l'une d'entre elles, Barbara, disparaît alors qu'elle vient de passer la nuit chez lui, dans son chalet de montagne qu'il partage avec sa soeur (Karin Viard, troublante et déjantée). Quelques jours plus tard, une femme qui affirme être la belle-mère de Barbara (Maïwenn) vient lui poser des questions puis s'immisce progressivement dans sa vie.
Les cinéastes parlent d'un "thriller amoureux" car l'enquête est racontée "à travers un point de vue amoureux". "Le spectateur a été le témoin de cette enquête uniquement à travers ce filtre amoureux". Leur approche du thriller, une première pour les frères Larrieu, a donc été "forcément un peu détournée. Le récit circule entre le drame bourgeois, chabrolien, avec le frère, la soeur, le chalet, les universitaires; la comédie angoissante avec ce personnage qui séduit des jeunes filles et peut-être les tue...", disent-ils encore.
Les frères Larrieu retrouvent les Alpes quittées dans Peindre ou faire l'amour, ici en version lourdement enneigées comme pour donner plus d'épaisseur au mystère de la disparition de la jeune fille, aux relations pour le moins particulières entre le frère et la soeur, au comportement de ce professeur de fac toujours en chasse d'une étudiante. Mathieu Amalric, acteur fétiche des frères Larrieu (leur quatrième film après La Brèche de Roland en 2000, Un homme, un vrai en 2002, Les derniers jours du monde en 2008), incarne avec délectation ce professeur un peu bizarre dont on ne sait s'il est coupable ou pas. A ses côtés, Maïwenn jette le trouble dans le rôle d'Anna. Qui est-elle vraiment? Elle cherche la disparue mais couche avec le professeur. Quant à Sara Forestier, elle campe une étudiante qui pour le coup n'a pas froid aux yeux et n'a de cesse de chasser à son tour son professeur.
La montagne toujours présente dans les oeuvres de ces Pyrénéens de souche et de coeur sert encore une fois de décor grandiose à une histoire plutôt sinueuse et comme très souvent dans leur filmographie, d'un caractère érotique très marqué. "La montagne est d'autant plus importante ici que le film est situé pendant un changement de saison. Dans le roman, c'était l'arrivée du printemps. Pour nous, la neige s'est imposée comme l'événement naturel dont nous avions besoin. Dès le départ le blanc est beaucoup revenu dans le scénario avec toutes les métaphores qui en découlent", explique Arnaud Larrieu. Blanc, comme les pertes de mémoire du professeur par exemple.
Un "sale film", un "merveilleux thriller à l'humour noir qui donne des frissons"
Ce qui frappe dans le cinéma des frères Larrieu, c'est la manière dont ils filment les corps comme des paysages et les paysages comme des corps, avec sensualisme. Et cette sensualité, cet érotisme sont on ne peut plus présentes dans L'amour est un crime parfait. Karin Viard qui connaît les réalisateurs pour avoir déjà travaillé avec eux dans Les derniers jours du monde le sait bien : "Au cinéma, il y a eu pendant longtemps les baisers où les acteurs s'embrassaient sur le menton. Aujourd'hui, d'une certaine façon, ça va plus loin. Dans les années 90, il y a eu beaucoup de jeunes actrices que l'on exhibait très facilement, qu'on mettait nue et à qui on proposait des scènes de sexe non simulées. Moi, je ne me suis jamais sentie capable d'atteindre un tel stade. D'ailleurs, en tant que spectatrice, je pense que ça peut me mettre assez mal à l'aise. Les frères Larrieu ont un rapport au corps que je trouve très beau et dans lequel je peux m'inscrire. Tout dépend au fond de la qualité du regard qui est posé sur le corps des acteurs. La nudité au cinéma peut être intéressante, en fonction de la manière dont elle est filmée. Parfois, il arrive que des corps soient affreusement filmés et là, c'est choquant parce qu'on a l'impression que l'acteur ou l'actrice a fait une confiance aveugle au réalisateur et s'est livré pour l'histoire alors que ça n'en valait peut-être pas la peine. Après, il peut y avoir de l'érotisme ailleurs : dans les échanges de regard, dans les gestes."
Formidable, équivoque, étrange et sexy dans le rôle d'une soeur tiraillée par d'obscures pulsions, l'actrice poursuit : "Ce qui me séduit chez les frères Larrieu, c'est l'absence de provocation. Il n'y a pas de désir de livrer un message ; il y a juste une évidence incroyable. Chez eux, le corps n'est pas érotisé, ni un moyen de pouvoir. C'est le corps à l'état naturel. C'est pour cette raison qu'ils n'hésitent pas à montrer des hommes et des femmes nus qui sont statiques, allongés ou en train de courir, dans le plus simple appareil. Le corps n'est jamais là pour susciter une émotion particulière qui serait de l'ordre de la transgression. Dans cette mesure, je trouve intéressant leur rapport à la nudité. Certainement parce qu'elle est très désinhibée. Les frères Larrieu sont très respectueux et en même temps très dégagés de tout ça. Leur regard se révèle très sain."
Et à la question de savoir comment une comédienne assume une scène de sexe, la comédienne révèle : "Tourner ce genre de scènes est forcément difficile. Mais si on n'en fait pas une montagne, alors ça peut se passer dans de bonnes conditions et ça peut même être assez satisfaisant au final. Il ne faut pas oublier que ça reste du travail. Du travail fragile, mais du travail quand même. C'est comme lorsqu'on demande de "jouer le désir" : si on sent que le cinéaste n'y croit pas, qu'il est goguenard ou réclame cette scène avec beaucoup d'agressivité, ça devient plus compliqué. Je me souviens d'une scène de sexe que j'avais tournée dans Adultère, mode d'emploi, de Christine Pascal. J'avais dû me débrouiller toute seule, sans indication scénique et je n'y arrivais pas. Je me souviens que Christine m'avait dit à ce moment-là une phrase humiliante du genre "bah alors, t'as jamais appris à baiser ou quoi ?". C'était il y a plus de quinze ans maintenant. Dans Les derniers jours du monde, le film que nous avions réalisé avant L'amour est un crime parfait, je me suis lâchée de manière instinctive, sans réfléchir. Mais tout dépend avec qui on tourne la scène de sexe. Ce qui est sûr, c'est qu'on ne la joue pas à 20 ans comme on la joue à 40."
