@jfreeman personnellement, je ne suis absolument pas surpris en ce qui concerne le côté pas progressiste du tout des mélenchonistes.
Déjà du temps où j'étais étudiant, on nous enseignait que ce qu'on appelle le "libéralisme culturel" (acceptation de l'homosexualité, de la liberté de moeurs, vestimentaire etc.) était le fait des classes les plus éduquées et disposant d'un certain niveau de revenus, habitant plutôt les grandes villes. Mélenchon ne vise pas cette catégorie de population (ou du moins, c'est la catégorie qui vote le moins pour lui).
Rappelons-nous aussi qu'avec Jadot, Hamon et d'autres, il avait pris part le 10 novembre 2019 à une manifestation "contre l'islamophobie", où étaient dénoncées "les lois laïques liberticides" (le PS et le PCF avaient refusé d'y participer).
Il y a toujours eu deux gauches (au moins), et du temps de sa splendeur, quand le PCF faisait 25%, Jeannette Vermeersch, conjointe de Maurice Thorez Secrétaire Général du PCF, qualifiait l'homosexualité de "perversion bourgeoise". L'Humanité avait en 1969 dénoncé la mode des seins nus qui commençait à apparaitre sur certaines plages de la Côte d'Azur.
Le PCF a bien changé, qui a accueilli un stand naturiste à la Fête de l'Humanité; mais en grande partie, LFI est l'héritier de ce courant de la gauche protestataire qu'incarnait autrefois le PCF, qui aujourd'hui "pèse" entre 2 et 3% de l'électorat. Les revendications féministes, par exemple, le PCF ne les soutenait pas, c'était un truc de bourgeoises, on accusait le féminisme de diviser la classe ouvrière. En 1956, le PCF s'était opposé à un projet de loi (défendu par Françoise Giroud) de légalisation de la contraception. Dans l'Humanité, le contrôle des naissances est qualifié de vice et d'égoïsme. Jacques Derogy, qui avait défendu la contraception, sera exclu du PCF.
Le libéralisme culturel, c'est surtout au centre-gauche qu'on le trouve; c'était vrai il y a 40 ans, c'est toujours vrai aujourd'hui. La droite est traditionnellement plus conservatrice sur les questions de moeurs, et la gauche radicale considère que le combat social est prioritaire. La France est un cas un peu particulier, en ce sens que c'est ce qu'il reste de la droite classique, à savoir L.R., qui incarnera, plus que l'extrême-droite, la défense du conservatisme (manifs pour tous par exemple, ou opposition au suicide médicalement assisté, à la PMA, défense du catholicisme). Dans les autres pays européens, c'est plutôt l'extrême-droite qui défendra les idées réactionnaires en matière de moeurs; c'est le cas en Espagne, en Grèce, en Pologne, aux Etats-Unis.
Je vais tempérer ce que j'ai écrit ci-dessus: dans chacun des partis, dans chacune des diverses catégories socio-culturelles, on trouvera bien sûr de tout. Un sans-diplôme de famille musulmane pourra bien sûr défendre le naturisme, et un polytechnicien y être farouchement opposé. Mais globalement, dans chacun des groupes, les proportions ne sont pas les mêmes, et ce n'est pas sur la gauche radicale qu'il faut compter pour faire avancer la cause naturiste (comme d'autres causes en matière de moeurs): soit ils sont contre (soit parce qu'ils sont musulmans, soit pour ne pas risquer de froisser ces derniers), soit ils n'ont rien contre, mais ce n'est pas leur combat.
Regardez qui a critiqué la loi qui permettait de sanctionner les médecins acceptant de délivrer des certificats de virginité, qui a dit que cela allait stigmatiser certaines populations.