Le Figaro Magazine, ce n'est pourtant pas ce qu'on peut trouver de plus progressiste, mais je soupçonne qu'il y ait un(e) naturiste dans la Rédaction
«Tout le monde était à poil, j’ai suivi» : au bois de Vincennes à Paris, un lieu de retrouvailles pour les adeptes du nu intégral
@media (min-width:48em)" data-mrf-recirculation="standfirst">REPORTAGE - Pour les membres du Collectif naturiste urbain, toute la difficulté consiste à défendre l’idée du naturisme sans qu’elle soit confondue avec l’exhibitionnisme, le libertinage et la prédation.
En ce mois de mai, à Paris, la canicule s’est invitée bien trop tôt, écrasant la capitale sous une chape de chaleur étouffante. Pour les habitués de l’espace naturiste du bois de Vincennes, ce soleil de plomb a pourtant comme un air de revanche. Les dernières semaines de printemps n’ont guère été clémentes : pluie, fraîcheur, ciel gris et pelouses humides ne sont pas les conditions idéales pour venir communier avec la nature dans le plus simple appareil.
En cet après-midi brûlant, ils sont donc nombreux à avoir répondu à l’appel du grand beau temps. Ici, dans cette clairière située au cœur du bois, accolée à la réserve ornithologique, on vient prendre le soleil en nu intégral. Pas de clôture, les arbres et la végétation suffisent à délimiter la zone. Quelques panneaux, plantés çà et là, préviennent les promeneurs distraits de la nature du lieu et rappellent les règles à respecter. « La Ville de Paris, en association avec l’Association des naturistes de Paris et la Fédération française…
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«Tout le monde était à poil, j’ai suivi» : au bois de Vincennes à Paris, un lieu de retrouvailles pour les adeptes du nu intégral
@media (min-width:48em)">REPORTAGE - Pour les membres du Collectif naturiste urbain, toute la difficulté consiste à défendre l’idée du naturisme sans qu’elle soit confondue avec l’exhibitionnisme, le libertinage et la prédation.
En ce mois de mai, à Paris, la canicule s’est invitée bien trop tôt, écrasant la capitale sous une chape de chaleur étouffante. Pour les habitués de l’espace naturiste du bois de Vincennes, ce soleil de plomb a pourtant comme un air de revanche. Les dernières semaines de printemps n’ont guère été clémentes : pluie, fraîcheur, ciel gris et pelouses humides ne sont pas les conditions idéales pour venir communier avec la nature dans le plus simple appareil.
En cet après-midi brûlant, ils sont donc nombreux à avoir répondu à l’appel du grand beau temps. Ici, dans cette clairière située au cœur du bois, accolée à la réserve ornithologique, on vient prendre le soleil en nu intégral. Pas de clôture, les arbres et la végétation suffisent à délimiter la zone. Quelques panneaux, plantés çà et là, préviennent les promeneurs distraits de la nature du lieu et rappellent les règles à respecter. « La Ville de Paris, en association avec l’Association des naturistes de Paris et la Fédération française de naturisme, explique un fonctionnaire de la municipalité, a décidé depuis l’été 2016 l’ouverture aux beaux jours d’un espace dédié au naturisme dans le Bois de Vincennes, avec l’ambition de proposer un lieu apaisé, respectueux et encadré, permettant à chacune et chacun de pratiquer le naturisme dans de bonnes conditions, tout en préservant la tranquillité des autres usagers du bois. »
Le lieu est, depuis peu, encadré par le Collectif naturiste urbain. Son secrétaire, Yves-Ferdinand Bouvier, rappelle que l’accès y est libre, gratuit, sans nécessité de s’inscrire, mais soumis à une charte de bonne conduite. Les comportements à caractère sexuel, le voyeurisme et les photos non consenties y sont prohibés. L’homme insiste, le respect de ces règles et la sécurité du public font partie de « ses préoccupations majeures ».
« Se libérer du carcan du vêtement »
Grand défenseur de la cause naturiste à Paris, il doit aussi faire preuve, à chaque instant, de la vigilance d’un gardien de square. Car il le sait, l’équilibre et la tranquillité du lieu tiennent à peu de chose. « On veut que ça se passe bien et éviter les problèmes, explique-t-il, pour maintenir l’existence de cet espace. Mais c’est vrai, nous sommes confrontés à des problèmes de voyeurisme ou de comportements inappropriés. Cela tient aussi à l’emplacement lui-même. Nous sommes situés au cœur du bois de Vincennes, dans un secteur très passant, à proximité de zones connues pour la prostitution et le libertinage. Alors, évidemment, cela attire parfois certaines personnes mal intentionnées. »
Au milieu de cette assemblée dénudée, les personnes habillées détonnent. Les promeneurs distraits marquent parfois un temps d’arrêt, l’air interloqué, avant de comprendre et de poursuivre leur chemin. « Nous appelons ceux qui restent vêtus les “textiles”, s’amuse Yves-Ferdinand Bouvier. Ils réagissent de manière très différente lorsqu’ils passent par ici. Il y a beaucoup de familles : certains parents font comme si de rien n’était, d’autres demandent à leurs enfants de rebrousser chemin. C’est drôle. » Pour les membres du collectif, toute la difficulté consiste à défendre l’idée du naturisme sans qu’elle soit confondue avec l’exhibitionnisme, le libertinage et la prédation. « C’est un problème, il faut le dire. Très peu de femmes viennent, car elles peuvent être parfois importunées. Mais je milite pour qu’elles soient plus nombreuses. Je suis sûr que leur présence suffirait à faire fuir les pervers. »
Il y a beaucoup de passage et des hommes qui rôdent. Ils restent en périphérie, attendent que quelqu’un veuille bien répondre à leur sollicitation. Quand ils ont trouvé chaussure à leur pied, alors ils s’éloignent pour faire leur affaire
Yves-Ferdinand Bouvier, secrétaire du Collectif naturiste urbain
Non loin de là, à la lisière de la clairière, des silhouettes masculines, très habillées malgré la chaleur, stationnent entre les arbres. Ces hommes ne bronzent pas. Ils n’ont ni serviettes, ni livres, ni paniers de pique-nique. Ils piétinent, regardent, observent longuement, sans même prendre la peine de se cacher, ces corps nus livrés à leur lubricité. « C’est la réalité, consent Yves-Ferdinand Bouvier. Il y a beaucoup de passage et des hommes qui rôdent. Ils restent en périphérie, attendent que quelqu’un veuille bien répondre à leur sollicitation. Quand ils ont trouvé chaussure à leur pied, alors ils s’éloignent pour faire leur affaire. Mais on ne veut pas que cela se fasse ici. Un jour, un journaliste a décrit l’endroit comme un “supermarché du sexe”. J’étais furieux. Ce n’est pas vrai. Ici, on vient pour être nu, se libérer du carcan du vêtement, pas pour sexualiser les corps. Nous sommes obligés de composer avec cet environnement, c’est vrai, mais nous essayons d’intervenir lorsque les comportements sont très déplacés ou perturbent la tranquillité du public. »
Vincent confirme cette réalité. Ingénieur informatique à la retraite depuis trois mois, il est un habitué des lieux. Posé dans un coin tranquille de la clairière, il est occupé à dévorer un ouvrage très sérieux traitant de géopolitique au Moyen-Orient. Il raconte avoir été témoin de quelques comportements déplacés. « L’espace naturiste est fréquenté majoritairement par des homosexuels. Il y avait l’autre jour, à côté de moi, deux hommes qui pratiquaient une fellation. Ce n’est pas le lieu pour ça, je leur ai dit d’ailleurs. Moi, je viens pour profiter du soleil et bouquiner tranquillement. » Sur ces paroles, l’homme s’empare de sa serviette et de son livre pour s’installer un peu plus loin, au calme, loin du bruit des questions.
Attirer plus de femmes
Paule est l’une des rares femmes du collectif. Elle œuvre aux côtés d’Yves-Ferdinand pour veiller à maintenir la tranquillité des lieux, mais aussi pour tenter de faire venir plus de femmes. Professeure de danse, elle découvre en 1981 le naturisme lors d’un séjour sur l’île de Filicudi, en Italie. « Tout le monde était à poil, j’ai suivi », raconte-t-elle simplement. « Mais ici, pour les femmes, c’est plus compliqué. Elles peuvent être harcelées par des pervers. Bien sûr, dans ce cas, nous intervenons ou faisons en sorte qu’elles ne soient pas isolées, mais ce n’est pas facile de les convaincre. »
De son côté, Yves-Ferdinand Bouvier, artiste et écrivain, a découvert le naturisme à 15 ans, avec ses parents, sur des plages et dans des campings dédiés près de Royan ou au pied du mont Ventoux. À l’âge où le corps encombre et embarrasse, il explique que le naturisme, au contraire, l’a délesté de tous ses complexes. « J’ai kiffé, ça m’a libéré de mon corps. Aujourd’hui, quand je me déshabille, je dis que je mets mon manteau de joie. » Pour lui, se mettre nu, ce n’est pas s’exhiber, c’est au contraire se défaire du regard des autres, des signes sociaux, de ce vêtement qu’il considère comme une barrière.
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À l’évocation du Cap d’Agde, endroit connu dans le sud de la France pour la pratique naturiste, Yves-Ferdinand se crispe aussitôt. « Ne m’en parlez pas ! » s’emporte-t-il. Pour lui, ce lieu symbolise précisément la confusion qu’il combat. « C’est du libertinage, cela n’a rien à voir avec le naturisme. » Il se souvient qu’ici même, la clairière du bois de Vincennes a connu d’autres jours. « Il y a quelques années, des familles venaient. C’est très sain. »
En fin de journée, les serviettes se replient une à une, les corps se rhabillent laissant çà et là leur trace avec l’herbe couchée, la clairière se vide, car l’espace est interdit au naturisme à partir de 20 heures.
