27 septembre 2026
Plage des Brouis, n...
 

Plage des Brouis, nouvelle lecture.

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Premier message du sujet
(@Nadiragis)
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Quinze ans que j'arpente le cap Lardier. Au début, je le faisais en été. Chaleur sur le sentier ou, dans les cas de courage, nocturne sous le pin désormais protégé de fils tendus afin de protéger la flore. Plage déserte ou naturiste, au fur et à mesure de la journée. Nuits solitaires. Levers de soleil à se mettre à genoux. Et le reste à l'avenant.

Désormais, rando du sentier douanier oblige, on cohabite, textiles et sans.
A présent, j'ai reculé mes temps de présence dans la saison. Si ça continue je le ferai en décembre...

Mercredi 15 septembre, un touriste photographiait un « tout nu » sur un rocher. Ah le trophée !
Le mec, pour connaître l'endroit, je savais qu'il avait nagé et que vraisemblablement, il se reposait avant de reprendre la route à la nage vers la plage. Qu'il savourait la chaleur des rochers, la saveur de la nage dans ses muscles, la beauté des fonds, les sars, les posidonies. Mais non, de là haut, sur le sentier, un type l'avait pris dans l'objectif et le mitraillait, sans respect du droit à la vie privée. En plus il me bloquait la route.
« Alors, ai-je dit avec un charmant sourire sardonique, on photographie les hommes nus ? »
« Il est sur la commune, » m'a-t-il répondu.
« Je pense pas qu'il apprécie, il a envie d'être tranquille, de se reposer, c'est pas un zoo ici. »
M'a fait un grand sourire niais, je l'ai dépassé avec une petite foulée, malgré le dénivelé.
Arrivée sur la plage, j'ai attendu qu'il ait fini de se dilater la pupille pour me désaper.

Après, c'était bien, idyllique, une journée de septembre bénie des Dieux.
Une séparation intuitive, je suppose, entre nus et textiles, là où jadis, nous vivions libres, nus et avec nos chiens qui couraient sur la plage, quelques règles à respecter : pas se balader n'importe où, tenir les chiens au pied.
Quant au sentier jusqu'au cap Lardier et à la plage de la Briande, que j'ai fait au temps jadis nue, rhabillez-vous madame, c'est la cannebière.

Sur cette plage, j'ai soudain pris conscience d'un vieillissement de la population naturiste.
Toujours prompte à la sociologie lorsque je suis en vacance, j'ai compilé les dates. Les années 70. Des plus vieux que moi à cette époque. Fait une prière au ciel d'avoir leur forme à leur âge. Respect. Des nonagénaires aussi, bon sang, ça file l'espoir, la frite, le courage. Moi, quinqua, je me sentais en pleine fleur de l'âge. Pourtant, depuis mon premier bain à poil sur la plage municipale de La Ciotat, où nous allions ma copine et moi, à 12 ans, nager jusqu'aux bouées, de l'encre a coulé. Après, on s'est cantonnée au Liouquet.
Et j'ai vécu ma vie, en tous lieux, Pyrénées, Montagne Noire, Alpes de Haute-Provence, Corse , Méditerranée, nue, le plus souvent possible, en janvier, février, tous les mois de l'année, même dans la neige.
Par chez moi, y a un torrent que j'ai arpenté nue des années durant, mais voilà, il est sur Google, et des tas de gens le saccagent, en ne respectant rien, en laissant leurs détritus dans son lit, et demain, quand je voudrai respirer en octobre, je trouverai des sacs plastiques, des bouteilles, des basquets, un tas de saloperies. Et quand en Juillet, puisque je vis aussi bon sang dans ce lieu, je veux me promener et me mettre nue pour sentir le courant sur mon corps et nager à contre courant, je dois le faire habillée et partager mon espace avec des gens qui certes s'émerveillent, je leur concède, mais ne savent pas la puissance du lieu. Ne savent pas la puissance de la Provence, comme ceux qui y vivent la savent. Puissance et rudesse. Ne peuvent concevoir que nous sommes des autochtones avec leurs moeurs. Parfois naturistes. Et les autochtones le savent. Ceux que nous croisons régulièrement en enfilant un vêtement « au cas où », ceux qui arpentent, savent : nous arpentons eux et nous, nous aimons ce lieu, nous sommes tous nus, ils sont habillés, pas de problème.
Les autochtones amoureux de la nature ne sont jamais un problème. On finit par se connaître.

Pas les chasseurs, pas les touristes.
Et encore les chasseurs on sait y faire. Mais les touristes. Qui ne nous veulent pas sauvages. Juste provinciaux et ruraux. Qui sont prêts à faire des cacas nerveux, parce qu'au cul du monde, ils ont croisé quelqu'un à poil.
Ça s'appelle le tourisme de masse et le tourisme de masse parcourt des kilomètres accidentés qui étaient dévolus aux gens qui en veulent.
Alors ? Ils en veulent ?
Faut croire.
Faut voir les chemins qu'ils parcourent, les dénivelés qu'ils se tapent, dans des formes physiques où nous nous croyions les maîtres, tellement à les voir on se dit que s'ils font plus de 200 mètres ils vont devoir faire appel au SAMU.
Que nenni.
L'être humain est étonnant.
Là où je place une assistance respiratoire, ils se font le Queyras en tong, Le Valgaudemar en Nike (fait dans la liberté de la nudité en avril. Mais bien chaussée.)
Ils sont partout où nous étions.
Nous n'avons plus d'îlot, sauf à vivre en camp.
Très peu pour moi.
Mais peut-être devrions nous tenir nos lieux.
Pour moi : Plage des Brouis, Le Liouquet, Le Vanson, le Valgaudemar et tous les lieux où nous voulons être.
Plutôt que de chercher fébrilement là où nous pouvons exister, on pourrait faire une cartographie des lieux à tenir...
En guise de présentation.
J'ai besoin de prendre langue !


1 Réponse
Messages: 29
Assidu
(@amelot)
Membre
Inscription: Il y a 16 ans

Merci et bravo pour cette présentation, plus exhaustive que la mienne. Au plaisir de te lire encore. Sois donc la bienvenue ici.


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