Par Recueilli par Sophie Manelli / ALP
Publié le 21/11/2025 à 12h00.

Régis Schlagdenhauffen a réalisé une enquête inédite sur les condamnations pour « impudicité » en France depuis 1810, le long de la frontière très mouvante entre les « bonnes mœurs » et les comportements réprouvés. Il pointe le risque d’un resserrement des libertés

Régis Schlagdenhauffen est maître de conférences à l’École des hautes études sociales. Spécialisé dans les questions de genre, de sexe et d’orientations sexuelles, il est l’auteur de « Sexualités impudiques » (1), dans lequel il relève, selon les époques, le contrôle social qui s’exerce à travers la sexualité.

Régis Schlagdenhauffen.
Régis Schlagdenhauffen.

Éditions de L’Aube

Votre enquête est une plongée dans deux siècles de décisions judiciaires pour outrage public à la pudeur, ce qui représente plus de 400 000 condamnations ? Que cherchez-vous dans ce maquis inexploré ?

J’étais intrigué par la notion d’outrage public à la pudeur, très peu étudiée, qui semblait recouvrir des pratiques très variées. Pourquoi dans les années 1960, un couple était-il condamné parce qu’il faisait l’amour dans sa voiture, à l’abri des regards, alors qu’à cette même époque, un patron qui avait agressé sexuellement sa jeune apprentie avait été relaxé ? Au fil de mon étude, j’ai compris que la pudeur, et l’impudeur, avaient une fonction sociale, celle de définir ce qui est autorisé et ce qui est interdit en matière de sexualité ; et par là, de protéger la norme sociale.

Les outrages à la pudeur présentent la particularité de constituer des délits sans victimes »

 

Qu’est-ce que la pudeur ?

La définition est très variable selon les époques et les sociétés. Montrer ses pieds ou ses doigts de pieds en Chine était le comble de l’impudeur. Mais la constante, c’est que la pudeur est toujours associée plus ou moins directement à la sexualité, à des parties du corps sexualisées. Les outrages à la pudeur présentent la particularité de constituer des délits sans victimes : le préjudice recherché ne s’attache pas à une personne physique, c’est la société qui serait outragée.

Vous dites que c’est à la Renaissance qu’a été inventée la notion de sexualité impudique. Sommes-nous plus pudibonds au XXIe siècle que sous Louis XI ?

Au Moyen Âge, la sexualité faisait quasiment partie de la vie publique. Les gens se baignaient nus, dans des bains publics mixtes.. Petit à petit, il y a eu une prise de conscience...

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