À travers le monde, la nudité est culturelle: un corps, mille regards
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Des cyclistes tout nus dans les rues de Londres ce dimanche matin pour un défilé écologiste… Ils entendent ainsi dénoncer la place de la voiture dans la ville et la vulnérabilité des deux-roues. Le World Naked Bike Ride se veut écologiste mais revendique également la nudité comme un geste de liberté. La nudité justement n'a pas la même signification selon les cultures. Le corps nu peut donc être – quand il est autorisé ou toléré – un acte militant, mais aussi une pratique de loisirs parfaitement banalisée, ou encore un héritage culturel. C'est le tour du monde des correspondants que nous vous proposons cette semaine.

Louis de Funès aurait pu tourner une version allemande du Gendarme de Saint-Tropez. Car outre-Rhin les nudistes ne s’ébattent pas seulement dans des lieux discrets mais bronzent en plein centre-ville dans un parc au soleil. Les touristes pudibonds se frottent les yeux et se demandent où est la caméra cachée.
L’explication tient en trois lettres, FKK ou « Freikörperkultur ». Cette culture du corps libre se développe à la fin du XIXᵉ siècle. L’industrialisation va de pair avec le développement d’un habitat urbain où les conditions d’hygiène laissent à désirer. Retrouver
le lien avec la nature dans le plus simple appareil doit fortifier les corps, mais c’est au-delà une philosophie de vie. Des associations se créent, des lieux pour les nudistes au bord de la mer notamment se développent. Mais aujourd’hui, les nudistes convaincus ont pris de la bouteille. La tradition de naturisme vieillit. Les plus jeunes boudent les clubs FKK et les sections des plages où les maillots de bain sont proscrits.
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« L’élite japonaise fit de ces fêtes des corps nus des rites honteux »
Au Japon, la nudité n'est rien de plus naturel ! Selon les mythes fondateurs du Japon, c’est par une danse érotique que les dieux firent sortir de sa grotte la déesse du soleil qui s’y était retirée, plongeant le monde dans l’obscurité. On dit qu'à l’origine les « onsen », en français « des bains thermaux », furent des lieux sacrés du culte shinto dispensant l’eau chaude des dieux. La pratique de purifier le corps s’y développa.
Le Japon est le pays des « fêtes des corps nus », des « onsen » où la nudité est obligatoire ; des lutteurs de sumo dont seules les parties intimes sont dissimulées. La nudité au Japon s’inscrit dans des rites de purification liés au Shinto, la religion première des Japonais qui vénère la nature sous toutes ses formes.
Une petite serviette sert à protéger sa pudeur. Les « fêtes des corps nus » rassemblent, en hiver, dans des temples, des centaines d’hommes grelottant, revêtus d’un simple cache-sexe. Les femmes ne sont plus exclues de ces rites parfois millénaires. Pour l’écrivain Yukio Mishima, ces fêtes sacrées de la nudité reflètent la croyance ancienne selon laquelle « l’homme est pur et sacré ».
Mishima voyait dans ces fêtes un refus du Japon de capituler devant les conceptions occidentales de la nudité. En s’ouvrant sur l’Occident, « l’élite japonaise fit de ces fêtes des corps nus des rites honteux qu’il fallait cacher aux étrangers comme si le Japon souffrait d’un complexe de non-culpabilité de la nudité », ajoute Mishima. La nudité au Japon se découvre toujours sans les inhibitions chrétiennes sur le corps.
En Inde, le nudisme est une tradition spirituelle millénaire
L'Inde, un pays où, comme au Japon, la nudité n’est ni une provocation politique, ni une revendication individuelle. Mais une réalité du sacré… Voyageons à Prayagraj. Pour les hindous, cette ville du Nord située au confluent du Gange et de la Yamuna est considérée parmi les lieux les plus sacrés du pays. Pour l'étranger de passage, la nudité des Naga Sadhus est souvent un choc visuel. On associe ces moines à une forme d'excentricité radicale, surtout lors du gigantesque festival du Kumbh Mela. Pourtant, pour les Indiens, cette pratique appelée Digambara (littéralement vêtu de ciel) s'inscrit dans une tradition spirituelle millénaire.
Pour ceux qui la suivent, il relève d'un détachement absolu. Le vêtement étant un marqueur social particulièrement fort en Inde, s'en défaire revient à abandonner volontairement son identité civile, son statut et sa place dans la hiérarchie sociale.
Le corps des ascètes, recouvert de bhasma, cendres considérées sacrées, symbolise alors le triomphe de l'esprit sur la matière et la mort sociale du sadhu. Croisés jusque dans les villes, ces moines sans le moindre habit peuvent déranger, mais ils demeurent une réalité spirituelle largement acceptée en Inde.
