La permissivité sexuelle actuelle ne contribue-t-elle pas à augmenter la méfiance d'une partie de la population à l'égard du naturisme en général ?
Question que je trouve pertinente, mais avec la réserve de savoir si notre société est réellement plus permissive en matière de liberté sexuelle.
Les relations sexuelles obtenues sans consentement (et évidemment les viols et les abus sexuels sur mineurs), les agressions sexuelles (y compris les mains aux fesses, les baisers volés), c'est aujourd'hui dénoncé et réprimé, alors qu'il semble que pendant des années on fermait les yeux, au catéchisme comme à TF1 ou au bureau du directeur de casting ou du sélectionneur.
Cette réserve émise, il est vrai que le "jamais avant le mariage" a disparu sauf chez les musulmanes, il est vrai que les parents considèrent comme normal que leur fils ou fille étudiants partent en vacances avec un ami ou une amie, partagent un logement etc.
Est-ce que le naturisme est lié à tout ça dans l'esprit des gens?
Oui, beaucoup de gens estiment qu'on se met nu uniquement pour se laver ou pour un rapport sexuel, donc vont considérer que si l'on se dénude à la plage ou dans un camping, c'est qu'on s'offre au premier venu ou qu'on est en chasse de partenaire. Les reportages sur le Cap d'Agde n'aident évidemment pas les gens à se débarrasser de cette idée. Cependant, je pense que la plupart des gens savent faire la part des choses et savent que le Cap c'est le Cap, et que les autres lieux naturistes ne sont pas du tout comme ça.
Pour moi, la principale crainte et le principal motif de rejet sont l'idée que des enfants sont choqués à la vue de personnes nues. Et Facebook et autres, qui mettent "contenu adulte" ou qui censurent toute nudité, même celle que l'esprit le plus obtus n'arriverait pas à considérer comme sexuelle, ne nous aide pas à débarrasser le public de cette idée.
Il est loin le temps où à la télé la nudité n'était pas floutée.
Pourtant, mais ce n'est pas contradictoire, c'est l'autre face d'une même pièce, la nudité, elle est généralisée: les stars de la chanson, du mannequinat, de la téléréalité, du cinéma, nous abreuvent d'images de nudité (même si c'est en petite culotte ou avec des étoiles sur les tétons, la "morale" est sauve), nudités très souvent sexuelles (position, regard), mais tout ça instaure dans l'idée du public que la nudité publique c'est réservé à celles qui ont un physique de top model mais pas à tout le monde, et que c'est une manière de se faire voir, de faire parler de soi.
De même, les jeunes qu'on "protège" des images de nudité, ils matent énormément de porno, et cela souvent dès l'école primaire, et ils s'échangent (j'ai quelque idée que l'échange est inégal, c'est à la fille qu'on demande d'envoyer de telles images) beaucoup de "nudes" comme ils disent. Mais ces jeunes qui envoient de telles images, et qui assez facilement auront des relations sexuelles (plus facilement que dans les décennies passées du moins), le naturisme? Surtout pas. Parce que la nudité, encore une fois elle est réservée aux rapports sexuels et à la salle de bain.
En une phrase, ce serait "on peut toucher, mais on ne peut pas voir".
Un contexte historique: quand l'Allemagne a été réunifiée, les Allemands de l'est, qui étaient habitués à la nudité (par exemple Angela Merkel), qui vivaient dans un pays où la nudité était absolument banale sur les plages, au bord des lacs, dans les piscines etc., ont découvert le porno, qui était absent en RDA. Un peu comme s'il y avait un effet de vases communicants, plus une société réprime la nudité, plus cette nudité est sexuelle. Mais je ne suis pas sûr en revanche qu'alléger les contraintes sexuelles, ça ait une réelle incidence sur le naturisme, ni en bien ni en mal.
Les obstacles pour pratiquer le naturisme, c'est l'image du corps, l'idée que c'est réservé aux physiques "parfaits", les complexes, et cette pudeur qu'on nous serine depuis la plus tendre enfance, la nudité étant associée à la honte et au ridicule. Et les raisons pour refuser le naturisme (parce qu'il y a des gens qui au grand jamais ne pratiqueraient le naturisme, mais n'ont rien contre le fait que d'autres le pratiquent, et ne sont pas offusqués par la vue de gens nus), c'est encore une fois cette crainte vis-à-vis des enfants. Pourtant, a-t-on jamais vu un enfant qui serait choqué de voir par exemple des gens bronzer ou se baigner nus? Des parents, oui, mais les enfants? C'est un sujet pourtant sensible, parce que si par exemple la FFn combat sur ce terrain en disant "arrêtez de nous dire que ça traumatise les enfants", certains qui partent au quart de tour vont nous accuser de cautionner les abus sexuels sur les enfants, et vont invoquer la "protection de l'enfance" pour réprimer toute nudité en-dehors des endroits dédiés.
Voilà le fruit de mes réflexions matinales.
Loquace le PhilE dès le matin: on voit que les accus ont été rechargés pendant la nuit !
En effet, l'enfant n'a jamais été choqué, voir étonné par la nudité. Par contre la nudité pour l'adolescent devient ambigüe . C'est pour cela que dans le club naturiste d'Angers par exemple, les adolescents ont la possibilité s'ils le veulent de porter un slip, alors que les adultes sont nus. Il est vrai aussi que la licence sexuelle s'avérait importante au 19ème et au début du 20ème mais était dissimulée. Notre grand souci actuel vient du fait que les médias informatiques sont accessibles à tous, grands et petits et nuisent de ce fait à ce que la nudité soit vécue "avec la légèreté du naturel".
Moi qui suis maintenant parfaitement à l'aise avec mon corps, je me souviens que vers 10-12 ans je fermais la porte de la salle de bain, et un jour je n'ai plus voulu que ma mère m'essuie après le bain et j'étais gêné qu'elle me voit nu. Pourtant il n'y avait aucune restriction à la maison, je voyais parfois mes parents nus et ma mère a seulement souri en voyant ma réaction et m'a simplement demandé pourquoi ("parce que!") avant de quitter la pièce. Pourtant il n'y avait pas Internet à l'époque, pas les réseaux sociaux, et actuellement encore je me demande ce qui m'avait pris. Peut-être qu'après tout il y a tout de même une sorte de "pudeur naturelle" pour les jeunes.
Oui, cette pudeur me semble tout à fait naturelle mais généralement provisoire si l'environnement familial est équilibré et décomplexé. On découvre avec surprise que son corps change du tout au tout en l'espace de 4 ou 5 ans ; ce n'est pas rien! As-tu lu le "Journal d'un corps " de Daniel Pennac ? Malgré son contexte particulier, ce livre explique beaucoup de choses et m'a éclairé sur mes angoisses d'adolescent.
Personnellement je n'ai jamais eu à n'importe quelle période de ma vie d'angoisses quelconques avec mon corps, en revanche je n'en étais pas totalement satisfait, pas assez ceci ou trop ça... Je me trouvais un peu trop enrobé! Ça s'est arrangé par la suite...
Souvent au cours de l'enfance, il y a des maladresses involontaires de l'entourage qui créent une angoisse au sujet de son corps. Si le même entourage s'en aperçoit à temps, cela peut être réparé. Tel a été mon cas
Bonjour.
Pour ma part, je n'ai jamais eu de soucis avec la nudité même à l'adolescence. Chez nous, à l'époque, il n'y avait pas de salle de bain et le bain se prenait dans la cuisine. Mes parents étant fermiers, c'était un passage continuel de personnes. L'été mon plus grand plaisir était de mettre un "baquet" au soleil dans la cour pour réchauffer l'eau en attendant que je m'y baigne.
Que de bons souvenirs!
André.
les Allemands de l'est, qui étaient habitués à la nudité (par exemple Angela Merkel)
Je ne mets pas en doute le fait qu'Angela Merkel ait été naturiste mais si ta preuve est la photo célèbre au bord de l'eau, ce n'est pas elle dessus. Elle est parue dans une revue allemande en 1962 alors qu'elle n'avait que 8 ans.
André
Comme le fil de la discussion est partie sur une autre direction que le suggérait le titre initial ("Naturisme et libertinage") je prends la liberté de le renommer en:
"Notre société est-elle plus permissive qu'avant en matière de liberté du corps?"
Si son auteur (Pathos) trouve une meilleure idée qu'il le fasse savoir car il ne peut pas le faire lui-même.
"La liberté du corps" La liberté c'est de pouvoir agir sans contrainte et la maîtrise c'est la capacité à dominer ses émotions ses pulsions. Ceci étant dit, la maîtrise est une détermination personnelle. Il me semble que notre société, dès lors que l'on ne se trouve pas dans une situation de pauvreté, nous offre de multiples moyens pour se maîtriser (psy. remboursés par la Sécurité sociale, possibilité d'accès à de multiples moyens de se mieux contrôler ( yoga, gymnastiques diverses, Tai-Ji, sports individuels et collectifs, naturisme
etc. Mais la liberté considérée comme une possibilité d'assouvir toutes ses pulsions, sexuelles inclues, devient tellement importante que beaucoup l'estiment sans limites. Dans ce dernier sens, oui , notre société est devenue plus permissive.
