« Nudités féminines. Images, pensées et sens du désir », de Laurence Pelletier : la nudité comme geste féministe
Laurence Pelletier convoque théoriciennes et artistes pour penser le corps féminin, par-delà la fascination dont il est l’objet.
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« Nudités féminines. Images, pensées et sens du désir », de Laurence Pelletier, Les Presses de l’université de Montréal, « Vigilant.e.s », 254 p., 29 €, numérique 18 €.
L’image d’une femme « dont les vêtements s’entrouvrent, se referment, tombent ou s’enlèvent » reste « l’une des plus anciennes et des plus communes qui traversent l’histoire des représentations », écrit Laurence Pelletier au début de Nudités féminines. Or, comme Simone de Beauvoir (1908-1986) le remarquait dans Le Deuxième Sexe (Gallimard, 1949), la tradition philosophique a fait de la femme l’Autre de l’homme et du sujet universel, la reléguant au mieux du côté de l’aporie, au pire du non-être. Dans cet essai aussi audacieux qu’exigeant, la chercheuse à l’Institut de recherche et d’études féministes, enseignante à l’université du Québec à Montréal, prend l’obsession pour la représentation de la nudité féminine comme point de départ d’une réflexion sur la signification, et le dépassement, de cette tradition philosophique de mise à distance des femmes.
Spécificité matérielle
La femme nue exerce ainsi, selon elle, une fascination ontologique sur les penseurs qui s’y confrontent : son apparition rend soudainement visible à l’homme l’existence de l’Autre, mais en tant que pur concept, sans lien avec la réalité des corps représentés. Si elle est « mise en scène du sexe », la nudité n’a donc « rien à voir avec le sexe ». En revanche, elle « réitère et reconduit une division sexuelle », en démontrant que « le savoir de la philosophie en passe
