Bonsoir à tous,
Eh oui ! J'ai volontairement employé le mot provocateur de "voyeurisme", mais j'ai pris soin, vous l'aurez noté, de l'entourer de guillemets. Et je vais m'atteler à vous expliquer en quoi ce "voyeurisme"-là a un quelconque rapport avec notre cher naturisme.
En lisant dans le forum la partie, très fournie, consacrée aux narrations des "premières fois" des uns et des autres, j'ai pu voir combien ces premières expériences pouvaient être différentes, tant par le souvenir qu'elles laissent que par le ressenti que les personnes ont éprouvé sur le moment. Il y a ceux pour lesquels ça a été une grande découverte, qu'ils ont pu goûter pleinement, et qui les ont convertis - souvent définitivement - au naturisme. Il y en a d'autres pour qui ça s'est moins bien passé, qui ont moyennement aimé l'expérience, et qui devront attendre des mois voire des années pour essayer à nouveau. Et puis il y a tout ceux à qui ce premier essai a laissé un très sale souvenir - pour quelque raison que ce soit - et qui ne voudront plus jamais plus essayer ni même en entendre parler (et ceux-là, je les plains très sincèrement, car ils ne connaissent pas le bonheur qui leur passe à côté !).
Mais dans tous les cas, il y a eu cette fameuse première fois, avec ce que ça implique de barrière psychologique qu'il faut franchir. Et là encore, tous les cas existent. Il y a les veinards, ceux qui ont grandi dans un milieu familial naturiste, et qui ne se sont donc jamais posé de question tant cela leur semble naturels. Ce sont, en quelque sorte, les Obélix du naturisme. Ils sont tombés dedans étant petits, et... vous connaissez l'histoire. Et puis, il y a les autres, la très grande majorité, ceux qui ont ressenti de moment de doute, d'incertitude, d'anxiété, de peur, appelez cela comme vous voulez : il y a tous les degrés intermédiaires entre la simple appréhension et la peur panique. Tous cela, donc, se sont inévitablement posé des questions, en gros toujours la même : "Comment vais-je être perçu(e) par les autres, moi qui suis nu(e), moi qui "expose" au regard d'autrui cette petite parcelle de moi que l'habitude, la coutume, la culture veut qu'on cache d'habitude prudemment ?"
A ce stade de mon raisonnement, si vous êtes toujours là, vous devez vous demander ce que le "voyeurisme" vient faire là-dedans... J'y viens, j'y viens, ne vous en faites pas !
La peur, quel que soit son degré, liée à cette question, me semble évidemment directement imputable à la notion de comparaison. En gros : "Comment va-t-on me jauger (et éventuellement juger) par rapport aux autres ?". Et c'est tout à fait naturel. Depuis que l'Homme est Homme, il a de tout temps fait des comparaisons, il passe même son temps, consciemment ou non, à comparer les choses ou les idées entre elles. Et tant mieux ! Tant mieux ! C'est de cette notion fondamentale que découlent plus ou moins directement le concept de science, et par là-même toutes les Sciences. Ca a donc du bon. Mais en l'occurrence, l'idée qu'on puisse faire une quelconque comparaison constitue un sérieux frein pour bon nombre de candidats à l'expérience du naturisme (ou en tout cas la nudité qu'elle implique).
Alors pourquoi ne pas utiliser cette propension à comparer à son profit plutôt qu'à son détriment ? En d'autres termes, pourquoi ne pas tourner la comparaison dans un sens plus constructif que destructif ? Je m'explique : puisque l'idée que l'on puisse être comparé à tel ou telle peut sembler inquiétante ou franchement effrayante, je suis convaincu qu'il est préférable d'effectuer la ou les comparaison(s) soi-même afin de se rassurer. Et c'est là qu'une certaine forme de "voyeurisme" (toujours entre guillemets) peut aider au naturisme. Mais, bien sûr, un "voyeurisme" sain, constructif, sans aucune arrière-pensée. Si l'on prend la peine de voir, c'est-à-dire d'observer, de regarder les gens autour de soi, et de les comparer entre eux, que verra-t-on ? On verra des gens nus, bien sûr, mais aussi généralement heureux de l'être, comme si, avec leurs vêtements, ils s'étaient du même coup débarrassés de tous leurs soucis. Mais on verra surtout des gens à la fois semblables, puisque tous conçus sur le même modèle (enfin, disons, sur les deux mêmes modèles), et à la fois très différents. Il y aura des grands, des petits, des gros, des maigres, des musclés, des avachis, des blonds, des bruns, des chevelus, des chauves, des jeunes, des vieux... et je pourrais continuer la liste pendant des pages et des pages. Et une fois qu'on aura pris la peine d'observer attentivement ses contemporains, de se faire ses propres comparaisons, et d'y réfléchir un tant soit peu, on sera forcé de se rendre à l'évidence : on est, d'une façon ou d'une autre, comme tout le monde. Et par conséquent, il n'y a aucune crainte à avoir à oser le naturisme, à vivre son naturisme, à être naturiste.
Je sais bien que tous les avis sont dans la nature, et que tout le monde ne sera pas d'accord avec mon analyse. C'est d'ailleurs bien le but d'un forum : que chacun puisse s'y exprimer. Alors n'hésitez pas à répondre : je serai intéressé de lire vos commentaires et votre façon de voir les choses. Et, si jamais cette réflexion pouvait aider ne serait-ce qu'une seule personne à franchir le pas, j'en serais vraiment ravi.
Fanzi
Message édité par : Fanzi73
C'est pas du voyeurisme, camarade,c e que tu décris, c'est de l'empathie. C'est la capacité à observer son environnement, sa situation, l'attitude des autres, et à adapter son propre comportement en conséquence, même si ça remet quelque peu en question ses confortables préjug... euh, certitudes.
C'est accessoirement la différence entre un touriste odieux qui passe son temps à râler parce qu'à la maison c'est tellement mieux (le F.E.V. est un bon exemple, mais n'a pas le monopole), et un visiteur respectueux des lieux qu'il visite et des gens qui y vivent.
Bonsoir,
Selon moi, ce que l'on fait en s'approchant d'un groupe relève plus de l'imitation et de la prise de confiance en soi
qu'au voyeurisme.
Dans le voyeurisme, il y a quelque chose de malsain qui ne conduit pas au naturisme.
Je comprends très bien ce que tu as voulu dire, Fanzi73.
Je crois que nous regardons les autres d'abord pour nous rassurer. En effet, dans notre tête (en tous cas, dans la mienne), nous sommes souvent trop comme si, pas assez comme ça, n'est-ce pas? De voir qu'il y en a d'autres à notre image ou qui ont des caractéristiques physiques qui seraient pour nous inhibantes pour la pratique du naturisme, et, qu'en plus, tout le monde s'en fout, est certes très appaisant et rassurant.
Cela ne nous empêche pas pour autant d'admirer les corps des autres, surtout s'ils rassemblent tout ce que nous aurions aimé retrouver sur le nôtre! Je crois qu'il n'y a rien de malsain à cela. Mais moi, ce ne sont pas ceux-là qui m'émeuvent le plus. Ceux qui appellent mon respect et mon admiration, ce sont ceux qui respirent le bonheur et la sérénité en dépit de leur âge, de leurs imperfections physiques, de leurs handicaps. Quand je les regarde, je me dis que le naturisme est vraiment une philosophie de vie égalitaire, qu'au fond, tout le monde a droit de le pratiquer et que c'est très bien ainsi.
Quand je suis au milieu de tous ces gens, je me sens bien, je suis pleinement moi-même, épanoui et libre, et je me considère privilégié de pouvoir partager avec eux ma nudité, comme ils me font cadeau de la leur.
tiens, c'est ce que j'ai toujours dit! ce a quoi il m'a été dit qu'un naturiste ne voit pas ! il s'en fiche pas mal !
le fait qu'on s'en fiche pas mal est une chose vrai ! mais qu'on dise pas qu'on ne voit pas, je ne parle pas que du kiki !
mais si j'ai un voisin qui n'a pas ma bedaine, ça me rassure et je me dit que je pourrais la perdre, et j'entamerais facilement la discution sur le sujet ! (c'est d'ailleurs aussi le cas chez les textiles) bon si le gars me raconte qu'il fait200 pompes et 30h de musculations par jours, accompagné d'un regime, je reprend un anti-depresseur et je vais me coucher ! 🙁 mais s'il me parle d'un regime avec du confit de canard,ou d'un petit cognac là je sens qu'on va etre copain ! 😀
Dans le voyeurisme, il y a quelque chose de malsain qui ne conduit pas au naturisme.
Eh oui, tout à fait d'accord.
C'est justement à cause de cette notion de malsain qui y est liée que j'ai pris la précaution d'entourer le mot de guillemets.
D'ailleurs j'ai dit que je parlais d'un "voyeurisme" sain, dénué de toute arrière-pensée, etc... J'utilise donc ce mot dans son sens le plus littéral, le plus étymologique : le fait de voir, regarder, observer. Rien de plus !
Fanzi
Je trouve que ce débat est tout à fait fondamental, et que fanzi a le mérité de l'évoquer sous un angle qui sort de la pudibonderie habituelle. Il serait quand même domage qu'on puisse ici faire l'impasse sur ce que Freud nommait la "pulsion scopique" et qui intéresse directement l'expérience du naturisme.
Nous sommes en permanence immergé dans le monde du visible : le monde se découvre à nous par la vision mais nous sommes aussi perpétuellement visibles et offerts aux yeux de l'autre. Notre image nous échappe, elle appartient à l'autre qui la dévoile et qui la fait exister (voir Sartre et Merleau-Ponty). Du fait de cette immersion permanente dans le règne du visible, qui structure le rapport que l'on entretien avec nous-même et notre corps, il serait illusoire de vouloir s'y soustraire. Ainsi, et de nombreux témoignages sur ce site disent la même chose, lorsque je me met nue dans une crique dans l'endroit le plus désert des Cyclades, ma solitude n'empêche que je me sente observée, et à ce moment là, même la falaise a des yeux. La pudeur qui me saisie à ce moment là, n'a pas son origine dans le refoulement d'une quelconque perversion mais bien dans la structure du psychisme humain.
Je suis fondamentalement d'accord avec fanzi quand il indique que la perception du corps de l'autre nu sur une plage peut aider à se soustraire - temporairement - aux dictats esthétiques de notre société occidentale, qui passe son temps, par la médiation de la production d'images normatives (cinéma, pub, tv, etc.) à nous rappeller ce qu'est un corps présentable, ce qu'est un "beau" corps (c'est à dire un corps qui fait vendre).
La plage et la grande démocratie de ses corps nus, sans doute par ce qu'il n'y a pas de corps dans défaut, pourrait être une des plus belles façon d'illustrer des rapports non-hiérarchisés entre les hommes, où tous sont situés sur le même pieds d'égalité. Mais il est tout aussi vrai que par rapport aux images qui nous sont présentées habituellement, la plage offre la possibilité de voir les organes sexuels, certes suppris dans leur existence physiologique et non sexuelle, mais qui tranche avec les règles habituelles de présentation en société.
Freud a bien mis en évidence combien cette pulsion scopique est soumise a une dialectique, qui fait alterner la place du sujet et de l'objet selon une dynamique actif - passif. Ainsi, on peut dire que je suis "voyeuse", c'est à dire que j'assume un certain plaisir médié par le regard, quand je me promène dans un musée ou que je fais une randonnée dans les montagnes pyrénéennes, et que je m'attarde pour profiter d'un Titien ou d'un coucher de soleil sur un pic énneigé. Et je suis "exhibitionniste" quand je mets ma jupe préférée pour me sentir la plus belle dans le regard de mon mec. En conséquence, il serait hypocrite de nier qu'il existe un certain plaisir à se mettre nu et à regarder d'autre personne nu autour de soi. Et comme le rappelle d-e, le fait de regarder un corps d'adulte nu pour savoir "comment il est fait" est une étape essentielle de la construction d'un jeune humain.
En conséquence l'expérience de tout naturiste a fondamentalement à voir l'exhibitionnisme et le voyeurisme, mais à condition qu'on les comprenennent non à partir de leur connotation pénale ou pathologique, mais bien comme des dimensions essentielles du psychisme humain.
Très intéressant . :=!
Ça nous change du rasage et des piercings .
😀 😀 😀 😀
En ce qui me concerne, quand j'étais jeune (moins de 14 ans, car après, j'ai été "converti"), j'avais à la fois envie et peur d'être nu.
Mais je n'avais absolument pas peur d'être jaugé ou jugé, je n'avais pas peur non plus d'être regardé (cette peur, je l'avais quelques années plus tôt, mais quand j'ai eu envie d'enlever mon maillot, je n'avais plus peur qu'on me voie).
La peur que j'avais, c'était de faire quelque chose de "pas bien". La peur qu'on me crie dessus, qu'on me traite de je ne sais quoi.
Mais j'ai essayé quand même. Eh bien, non, personne ne m'a fait de remarques.
Si, quelques années plus tard, une bande de cons, famille bidochon, est venue nous insulter. J'étais avec une amie, ce qui ne les a pas empêchés (le plouc à casquette) de me traiter de pédé. Les femmes étaient en revanche silencieuses.
Eh bien, au lieu de m'écraser, je me suis levé, et suis allé à leur rencontre.
Il y avait écrit à la peinture sur les rochers "plage naturiste", alors, sûr de mon bon droit, je m'avance vers eux, et leur ai demandé pourquoi ils étaient venus là?
Je leur ai demandé en quoi la nudité les gênait tant que ça.
- C'est dégueulasse, m'a dit le plouc. Ah bon? j'ai dit, dans ce cas, comment avez vous fait pour avoir trois enfants?
J'ai ajouté "si vous trouvez ça dégueulasse, c'est que vous avez vraiment un problème, et en plus, vous êtes masochiste, car vous êtes vous-mêmes venus regarder.
Le mec est parti en bougonnant, et sa femme, son amie, et ses enfants (deux adolescentes et un gamin) étaient super gênées.
J'ai pu le faire parce qu'il y avait une grand inscription "plage naturiste".
D'où la nécessité que le naturisme ne soit pas seulement toléré, mais pleinement autorisé, 100% légal, et pas seulement sur quelques rares portions de plage.
Il doit être autorisé comme sont autorisés les seins nus : ce n'est pas parce que seins nus n'est plus de l'exhibition sexuelle que les gens se promènent pour autant seins nus en ville ou dans le métro.
Il doit donc en être de même pour la nudité, parce qu'à partir du jour où les seins nus ont été légaux, on a vu disparaître (ils n'ont pas disparu, mais au moins sont-ils devenus silencieux) ceux qui hurlaient que c'était provoquant et qu'il ne fallait pas que les enfants puissent voir ça.
Je dévie un peu du sujet initial, mais je crois qu'un des freins pricipaux à la pratique de la nudité est la peur d'être dans une certaine illégalité. Même si ce n'est pas interdit (et l'article 222-32 du Code pénal n'interdit que l'exhibition sexuelle), même s'il est de nombreux endroits où l'on peut se mettre nu sans encourir des ennuis, le fait que ça ne soit que toléré fait que beaucoup s'abstiennent, de peur de choquer par exemple. Attitude qui les honore, mais du jour où l'on dirait "c'est autorisé", eh bien beaucoup (femmes notamment) se diraient "eh bien puisqu'on peut, alors je vais le faire".
La peur de la comparaison, ai-je un plus petit pénis, des seins plus ceci ou plus cela, elle joue sans doute chez certaines personnes, mais ça ne me semble pas la peur principale.
Bravo Fanzi73: tu traduis en tout point mon opinion. :=! :=! :=! :=!
Sans l'existence de centres naturistes organisés, ma femme aurait cessé depuis longtemps de se montrer nue aux autres. Nous allions sur des plages où le nudisme était toléré, et là elle en a eu très vite assez de se faire ouvertement mater depuis la digue, ou la falaise, par des individus ne cachant même pas leur voyeurisme (Anglet, Hendaye, Meschers, Royan, etc.). C'est comme ça que nous avons découvert l'ambiance de respect et de tolérance qui règne dans la plupart des centres naturistes (à l'exception notoire du cap d'Agde). Merci aux voyeurs, sans eux nous serions probablement dans l'ignorance concernant le naturisme tel qu'il se pratique dans les espaces dédiés.
