Bonjour
Je vous conseille le film "Renoir" actuellement en salle.
Tout d'abord parce que c'est un très beau film (images superbes, jeu des acteurs, ambiances, musique etc...) et pour la naturel avec lequel l'actrice principale joue les scènes de pose nue.
Ce n'est pas du naturisme mais en plein hiver cela réchauffe un peu ces lumières de fin d'après-midi sur la côte méditerrannéenne...
Merci du tuyau ! 🙂
Probablement un peu dans la même veine (mais en noir et blanc et se déroulant durant la seconde guerre mondiale) : L'artiste et son modèle avec Jean Rochefort sort mercredi prochain
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=195621.html
Je suis allé voir "L'artiste et son modèle" et c'est effectivement dans la même veine que Renoir, avec une qualité d'image noir et blanc fantastique (les cadrages, les éclairages, les nuances de gris...). Un nu très naturel, moins voilé que dans Renoir : on connaissait le nu académique en peinture et en photo, ici c'est en film...
Pour ne rien gâcher les deux personnages principaux sont très attanchants et bien joués...
Personnellement, et mes propos n'engagent que moi, je suis totalement allergique à cette mise en scène des peintres au cinoche. D'autant plus avec Renoir père qui n'a rien apporté à l'évolution de l'art mais est devenu un produit purement kitch à voir apparaitre ses toiles en modèle réduit sur des boites de chocolat. L'impressionnisme est la forme d'art que préfère les français et pour cause, ils y voient une simple et copie conforme de la représentation d'un espace naturel. Quant aux nus de Renoir, ils sont d'un pédantisme académique navrant qui ne laisse aucune liberté aux modèles, contrairement à mes aminches expressionnistes du groupe « Die Brücke » qui étaient naturistes !
En revanche j'adore le fils Renoir qui a frayé avec le père Prévert des films superbes et révolutionnaires.
;-)Notre ami fdb préférerait-il Bouguereau ? 😉
Désolé, je sais qu'il y a insulte, mais je n'ai pas pu résister à celle la ! 😀
Franck, tout ça est un peu noir et blanc. Jean Renoir a beaucoup navigué, comme le rappelle la somme que lui a consacré récemment Pascal Mérigeau : http://passouline.blog.lemonde.fr/2012/11/05/jean-renoir-le-patron-un-opportuniste-aussi/
Le "pédantisme académique" d'Auguste Renoir, c'est nouveau ! Qu'à la rigueur on reproche ça (à tort) à Ingres, mais Renoir !...
Et pour relier le père et le fils, je vous conseille le gros bouquin que Jean a consacré à Auguste ("Pierre Auguste Renoir, mon père"). On y lit en particulier un passage où Jean décrit les baignades familiales à la rivière : tout le monde, parents, enfants, modèles, s'ébattant dans le plus simple appareil, et effarouchant les villageois !
Ce qui en revanche est très académique, malgré la beauté formelle des images, c'est le film (notamment sur la nudité) !
Désolé Jacques, je ne ressens pas du tout dans la peinture de Renoir la liesse que tu décris pourtant de sa vraie vie à nu, dans ses tableaux d'un style académique ampoulé. Ses modèles sont figés et constipés. De sa vie bourgeoise et bien rangée, on ressent dans son art sa condescendance avec les pratiques artistiques conformistes de son époque.
Alors que du côté de chez Ernst Ludwig Kirchner. Au départ (die Brücke) c'était un groupe constitué de jeunes étudiants la plupart en architecture, en révolte contre les pères et l'art du souverain. Lire leur programme :
« Ayant foi en une génération nouvelle de créateurs et de jouisseurs, nous appelons toute la jeunesse à se rassembler en tant que porteuse d'avenir.
Nous voulons une liberté d'action et de vie face aux puissances anciennes établies. Est des nôtres, celui qui traduit avec spontanéité et authenticité ce qui le pousse à créer. »
Programme de die Brücke, 1906, Ernst Ludwig Kirchner
Il se dégage de leur mode de vie en collectivité en atelier et dans la nature des Corps nus totalement libérés des carcans sociaux.
Comme sur Vivre Nu, la littérature a droit de citer, je te joins le passage à propos du tableau ci-dessous, qui m'a inspiré l'écriture de mon roman Dagmar
« Pour cette première journée, afin que les jeunes femmes se sentent à l'aise, et sachant par Erna que Dagmar adorait sa toile qu'elle avait baptisée « Couple en harmonie », Kirchner avait prévu de passer la journée au pied du phare.
Dagmar reconnut illico le clin d'oeil du peintre à son intention. Elle avait tellement intégré ce tableau, que la robe retroussée à mi-cuisse, elle identifia immédiatement le point de vue que l'artiste avait voulu donner. Elle écarta les mains, comme pour se créer le cadre.- C'est exactement à cet endroit.
Jubilant sur place, elle s'aspergeait.
- C'est fantastique, c'est fantastique !
Hanna n'en revenait pas.
- Je ne l'ai jamais visée dans cet état. D'habitude elle est assez réservée. Mes félicitations monsieur Kirchner. Pour la peine, je vous embrasse si Erna n'y voit pas d'objection.
Erna était trop occupée à se libérer du carcan de ses vêtements pour rejouer la scène en direct. Ernst Ludwig l'imitait et c'est ensemble main dans la main qu'ils progressèrent nus dans la mer.
- Arrêtez-vous. Oui n'avancez plus. Nous y sommes. Ne bougez plus. C'est parfait. Il manque un personnage. Une femme allongée derrière toi ma belle. Hanna était larguée. Ils étaient tous zinzins.
- Je suppose que le troisième personnage, c'est moi. Vous me dites si je dérange ?
- Mais non grande nigaude, désape-toi et couche-toi à plat ventre, les jambes et les bras croisés, la main droite masquant la bouche.
- Voilà, où ça exactement ?
- Encore plus à droite. Encore un peu. Stop. Ne bouge plus.
Dagmar trépignait de joie.
- C'est carrément fantastique. C'est dément. J'ai du mal à y croire. Les vagues, vos cheveux, vos regards amusés jusqu'à vos coeurs qui battent l'accord parfait. Je vous adore, je vous aime. C'est la toute première fois que je prononce ces paroles de ma courte existence. Venez, que je vous serre dans mes bras. J'ai tant besoin de tendresse et de chaleur humaine. Je n'aurai jamais pensé que l'art puisse donner autant à partager. Excusez-moi si je pleure, c'est l'émotion.
- Ils s'étreignirent tous les trois, alors qu'Hanna les rappelait à sa mémoire.
- Et moi, je compte pour du beurre peut-être ?
Dagmar échangea une oeillade avec l'homme de l'autre ville, l'homme du déclic artistique, juste avant qu'il ne plonge la tête la première.
Dagmar tremblante dans l'étoffe imbibée courut vers Hanna qui l'attendait.
- Eh bien frangine, tu claques des dents ? Si tu gardes tes habits, tu vas crever sur place. Enlève tout, je vais te sécher. Viens ma pauvresse. Moi aussi je t'aime. »
Copyright Dagmar éditions kirographaires
Chacun a le droit de préférer Kirchner à Renoir, ou inversement, et à ressentir une émotion devant les oeuvres de l'un et rester de marbre devant l'autre.
Pour "juger" de l'académisme ou non de Renoir, la seule source valable est de voir ce que l'Académie (ou, pour être plus précis, les tenants de l'académisme), à son époque en disait, et éventuellement comment lui-même se situait vis-à-vis d'elle.
L'académisme au cinéma, de son côté, n'a rien à voir. Autres temps, autres lieux, autres arts...
Chacun a le droit de préférer Kirchner à Renoir, ou inversement, et à ressentir une émotion devant les oeuvres de l'un et rester de marbre devant l'autre.
Pour "juger" de l'académisme ou non de Renoir, la seule source valable est de voir ce que l'Académie (ou, pour être plus précis, les tenants de l'académisme), à son époque en disait, et éventuellement comment lui-même se situait vis-à-vis d'elle.
L'académisme au cinéma, de son côté, n'a rien à voir. Autres temps, autres lieux, autres arts...
Ce que l'Académie disait de Renoir: pis que pendre.
Ce que Renoir disait de l'Académie, pas grand bien.
Un siècle après, on a bien sûr le droit de ne pas aimer Renoir, mais le traiter d'académique, ce n'est sans doute pas le terme le plus adéquat. :#
Académique Renoir dans la bouche de Kirchner qui s'attaquait aux normes en vigueur de l'art impressionniste complètement figé, en inventant avec ses aminches l'expressionnisme flamboyant qui sera ensuite décrié par les aminches Dada, ainsi va l'art dans sa perpétuelle évolution et révolution et tant mieux.....
