C'est en lisant l'article sur ce site "Justine, l'arnaque !", écrit par Gilles, ici :
https://www.vivrenu.com/2006/04/03/justine-larnaque/
que je me suis dit : du temps de Colette, il valait mieux prendre un pseudo d'homme pour être crédible et à ce jour, il vaut mieux se faire passer pour une femme pour faire du bloguimat ... faut-il s'en réjouir, hum ... j'en doute.
Tout cela m'a rappelé mon entrée dans le net, au tout début 2005. Une nuit à la télé, dans une émission underground de M6, une gamine au pseudo de Maïa Mazorette était interviewée, et brillait par les bêtises qu'elle balançait par brassées, notamment par un truc qui me fit voir rouge : "les femmes qui ont des enfants sont incapables de création".
Comme je venait d'avoir le net, je fonçais sur son "blog" (je ne savais même pas de quoi il s'agissait) avec la ferme intention de lui rendre ses politesses, mais hélas elle venait de le fermer aux commentaires. Je décidais donc de créer un blog dans l'esprit "rondju, alors comme ça on ne peut pas créer, grumpf ..." : Cendrinox était née.
A présent cette blogueuse écrit des scénars avec le dessineux Arthur de Pins dans un style girly et coquin, les "Péchés Mignons", a publié des albums et parait dans Fluide Glacial; comme quoi dire des conneries n'empêche pas forcément de faire carrière. Et puis, ce coup de pied virtuel qu'elle m'a donnée involontairement m'a ouvert un monde inespéré; donc je lui en suis plutôt reconnaissante.
Bref pour en revenir au sujet, très vite j'avais compris que se casser la nénette à bien écrire, à choisir des sujets intéressants ne m'apporterait jamais le bloguimat espéré (ben oui, j'assume : qui fait des efforts à créer souhaite être lu, non ?). Dans ces blogs à textes, il fallait être girly, geindre constamment pour un ongle cassé, raconter sa vie privée forcément truffée d'aventures éphémères (pour faire espérer le gogo), etc et si l'on était un peu vieillissante, le top était de raconter ses histoires extra-conjugales. Bien sûr je ne me retrouvais pas du tout dans ces imbécilités et Cendrinox restait fidèle à elle-même, notamment en m'orientant vers le milieu BlogBD, bien plus sain selon moi.
Un jour, vraiment excédée par un article dégoulinant de rose Barbie qui avait attiré une centaine de commentaires chez une blogueuse qui avait tout pigé du bloguimat, je tentais une expérience : je créais Tatiana, un fantasme rassurant et idéal. Un prénom à consonnance slave "tendance", une photo de jolie blondinette piquée dans ces sites de rencontres qui offrent de l'exotisme slave comme ailleurs on vend du bétail, une histoire triste d'institutrice orpheline (c'est rassurant, le métier d'instit ...) qui avait un passé de délinquante et qui venait de se faire plaquer par son petit ami. Je commençais le premier post un jour prétendu d'anniversaire (ça marche toujours, l'anniversaire !), un autre post en publiant des dessins d'enfants, les prétendus élèves de Tatiana qui étaient en fait les dessins de mes mômes, en tout trois ou quatre posts.
Résultats : avec ses pleurnicheries et son style mièvre, Tatiana avait en quatre jours déjà plus de visites que Cendrinox en un mois ... en plus, des blogueurs que je connaissais lui envoyaient des mp plus que fébriles ! C'est avec plaisir que le quatrième jour, je détruisais ce monstre.
Autrement dit, le gugusse qui a créé Justine devait connaitre parfaitement toutes les ficelles qui attirent les gogos virtuels, souvent non naturistes et qui espèrent un naturisme fantasmé. Son seul mérite réside dans ce savoir-faire, il faut quand même le reconnaitre ! Il n'y a "d'arnaque" que si l'on prend ce blog au premier degré; après tout, on n'a jamais accusé Choderlos de Laclos d'être un arnaqueur avec ses fausses lettres des "Liaisons Dangereuses". Le tout est de déterminer le degré d'intérêt littéraire.
Tu vois Gilles, quand tu as aimablement publié dans le mag de VN mon texte sur la randonnue, j'ai cru voir avec cette illustration de jolie blonde (et surtout sur les commentaires exclusivement axés non sur la qualité de mon texte, mais sur le fait de savoir si c'était moi, cette poulette) le fantôme de Tatiana ...
Mais bon, que le lecteur se rassure et que le gogo ne soit pas rassuré, mes publications sur Cendrinox ont trouvé depuis longtemps le ton qui me convient. Des anecdotes plus ou moins longues, basées sur une exploration réelle de l'univers décrit, mais le moins autobiographique possible. J'ai toujours trouvé qu'étaler sa vie privée et intime sur le net était vulgaire, et je n'en démords pas.
Ah ben mince ... du coup j'ai témoigné et je n'ai même pas proposé un débat ... Oui, je crois que c'est cette constante confusion à confondre auteur et texte qui pose problème dans l'écriture un peu travaillée en général.
Pour moi lorsqu'il y a effort de narration, l'important n'est pas tellement de savoir si l'auteur est vraiment ce qu'il prétend être quand il écrit à la première personne. L'important est ce qu'il écrit, la façon de le faire, etc.
