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TÉMOIGNAGE. « Aujourd’hui j’ai le complexe du maillot de bain » : comment Noël a adopté le naturisme
Quand on n’a pas été initié par sa famille, la découverte du naturisme se fait souvent par étapes, l’été. Pour Noël, c’est l’histoire d’une vie. Voici le premier épisode de notre série consacrée à ce mode de vie.
« Eh oui, la famille des culs culs tout nus s’est mise sur WhatsApp. » Sur sa photo de profil, Noël pose avec Émilie, sa compagne, tout nu et tout sourire au milieu d’un champ. Vu leur aisance, il est difficile d’imaginer qu’il y a encore cinq ans, ils ne s’étaient jamais dénudés dans un lieu dédié au naturisme. Comme beaucoup lorsqu’ils n’ont pas grandi dans ce milieu, Noël, 43 ans, a adopté ce mode de vie par étapes. « Comme une thérapie », après des traumatismes vécus petit.
Lire aussi : Le naturisme, un mode de vie qui se dévoile… Notre série en quatre épisodes
« J’ai grandi dans une famille très pudique. J’ai été abusé par mon oncle, ce qui m’a encore plus refermé. » Déjà « très timide », ce qui n’était pas accepté chez lui, Noël s’efface. « S’il y avait des gens assis dessus, je passais derrière les bancs, raconte-t-il. Et jamais je n’aurais porté un tee-shirt au-dessus du short, il fallait que je le rentre dedans, qu’on en voit le moins possible. » La période piscine au collège n’arrange rien. Impossible pour l’adolescent de se changer dans les vestiaires communs. « Donc j’ai été collé tous les jours de sport pendant quatre ans. »
« La nature a toujours été un lieu de ressource »
Quelques années plus tard, il découvre les sources chaudes de Rennes-les-Bains, en Occitanie, grâce à son meilleur ami allemand. Il s’y baigne la nuit, d’abord avec son maillot de bain. Sauf que l’eau est ferrugineuse, ce qui colore le maillot et noircit l’argent. « Ça foutait tous mes slips en l’air. » Il finit par ne plus en mettre. « Ça m’a pris un an, sachant qu’on y allait deux ou trois fois par mois. » Si ce rituel l’aide à reprendre confiance en lui, Noël sait aujourd’hui qu’il était encore loin de la philosophie naturiste, qui ne se résume pas à être à poil.
« Le naturisme, c’est vivre nu. Cela implique deux éléments : l’environnement naturel et la vie en communauté. Ce qui, pour moi, exclut plein de formes de nudité,...
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Voici le synopsis des 4 articles:
Le naturisme, un mode de vie qui se dévoile… Notre série en quatre épisodes
Le naturisme reste une pratique assez peu connue. Témoignages, règles… Durant cet été 2023, « Ouest-France » vous propose une série d’articles sur ce mode de vie sans fard.
La découverte du naturisme est souvent progressive. En France, première destination naturiste mondiale, ce mode de vie très codifié reste méconnu et peut être injustement confondu avec d’autres formes de nudité. Pour certains adultes, il a façonné leur rapport à eux-mêmes, aux autres et au monde. Dans notre série d’été en quatre épisodes, découvrez cet univers grâce aux témoignages de pratiquants.
Épisode 1 - TÉMOIGNAGE. « Aujourd’hui j’ai le complexe du maillot de bain » : comment Noël a adopté le naturisme
Quand on n’a pas été initié par sa famille, la découverte du naturisme se fait souvent par étapes, l’été. Pour Noël, c’est l’histoire d’une vie. Il témoigne, dans le premier épisode de notre série consacrée à ce mode de vie.
Épisode 2 - « On a observé comment les gens faisaient, il n’y a rien de compliqué » : naturisme, mode d’emploi - À paraître le 12 juillet
La France a beau être la première destination naturiste au monde, ce mode de vie reste méconnu et souvent assimilés à d’autres formes de nudité. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer à propos de cette contre-culture, dans les lieux qui y sont dédiés, tout est très codifié. Pour le deuxième épisode de notre série, tour d’horizon éthique et pratique.
Épisode 3 - ENTRETIEN. « Vous ne pouvez pas vous raconter d’histoire quand vous êtes nu face à quelqu’un » - À paraître le 13 juillet
Margaux Cassan, philosophe et écrivaine, a passé son enfance « nue et entourée de corps nus » dans un village naturiste du Vaucluse. Dans Vivre nu (2023, Grasset), l’autrice de 26 ans convoque ses souvenirs et analyse l’évolution de cette pratique, qui l’a aidée à se construire et s’accepter. Le troisième épisode de notre série.
Épisode 4 - TÉMOIGNAGES. « Voir tous ces corps a été libérateur » : ce que le naturisme a apporté à de jeunes adultes - À paraître le 14 juillet
Enfants, ils ont découvert le naturisme avec leurs parents, dans les campings et villages dédiés. Ados, ils se sont souvent éloignés de ce mode de vie, avant d’y revenir plus tard. Rencontre avec de jeunes adultes, qui racontent comment cette éducation a façonné leur rapport à eux-mêmes, aux autres et au monde. Le quatrième et dernier épisode de notre série.
Merci Benoît, les autres paraissent, si tu peux aussi nous les donner in extenso c'est super.
« On a observé comment les gens faisaient, il n’y a rien de compliqué » : naturisme, mode d’emploi
« A-t-on le droit de se balader plus ou moins nu dans la rue ou sur la plage ? Et chez soi ? » Chaque été, souvent à la suite d’un fait divers, reviennent les mêmes questions. La France a beau être la première destination naturiste au monde, ce mode de vie reste méconnu et souvent confondu avec d’autres formes de nudité.
Lire aussi : Le naturisme, un mode de vie qui se dévoile… Notre série en quatre épisodes
« Le naturisme, c’est vivre nu. Cela implique deux éléments : l’environnement naturel et la vie en communauté, définit Margaux Cassan, philosophe et autrice de Vivre nu (Grasset). Ce qui, pour moi, exclut plein de formes de nudité, comme la nudité revendicative des happenings politiques, la nudité seul(e) dans son jardin, qui s’apparente plus au nudisme ; ou encore les visites nues au musée. »
Sans définition, plein d’interprétations
Le naturisme est aussi souvent assimilé au délit d’exhibition sexuelle. « La simple nudité n’est plus du tout répréhensible en France depuis 1994, date à laquelle le délit d’attentat à la pudeur a été remplacé par celui d’exhibition sexuelle dans le Code pénal », retrace Jacques Frimon, vice-président de l’Association pour la promotion du naturisme en liberté (Apnel). C’est-à-dire, en dehors des lieux dédiés à ce mode de vie.
Créée en 2007, l’Apnel milite pour que l’article 222-32 du Code pénal, réprimant l’exhibition sexuelle, intégré dans le chapitre consacré aux agressions sexuelles, soit clarifié. « On peut être accusé d’exhibition sexuelle que l’on soit habillé ou nu. Ce qui prouve bien que le problème n’est pas la nudité, mais le comportement sexuel, cadre ce pharmacien retraité, pratiquant depuis 45 ans. Une question prioritaire de constitutionnalité a été déposée il y a dix ans mais elle n’a pas été transmise au Conseil constitutionnel. À croire que la justice connaît ce problème de définition, mais qu’elle ne veut pas s’en emparer. »
Un monde de liberté pourtant très codifié
De fait, le texte est encore apprécié différemment selon les forces de l’ordre. D’où le soutien juridique proposé par l’Apnel en cas d’interpellation. « On intervient surtout en cas d’accusation d’exhibition sexuelle. On aide une douzaine de naturistes chaque année, en payant leurs frais de justice au besoin », détaille le vice-président de l’association, qui vit grâce aux dons et cotisations de quelque 200 membres.
À une condition : que la personne interpellée accepte de raconter son histoire. « Ça permet de faire le tri, estime Jacques Frimon, par ailleurs fan de « randonue ». Un exhibitionniste n’aura pas du tout envie de s’exposer. » Contrairement aux naturistes, plutôt fiers de partager cette philosophie, qui favoriserait le respect de soi, des autres et de l’environnement. Encore faut-il en connaître les règles… Car paradoxalement, le naturisme, contre-culture prônant la liberté, est très codifié. La plupart des campings et villages ont d’ailleurs leur propre charte de conduite.
Journées sans maillot et réseaux sociaux
« Le naturisme ne se pratique pas, il se vit », précise d’emblée Viviane Tiar, présidente de la Fédération française de naturisme (FFN), qui organise chaque année plusieurs journées sans maillot pour se faire connaître. Créée en 1950, la FFN compte quelque 15 000 licenciés et représente plus de 2,5 millions d’adeptes, avec une majorité de plus de 50 ans. « Cela reste une pratique de « boomers », souligne le sociologue Christophe Colera, auteur de La nudité : pratiques et significations (éditions du Cygne). Même s’il y a un rajeunissement récent, il est relatif. »
Alors, comment connaître les usages sur ces sites lorsque l’on n’a pas été initié plus jeune ? Bien souvent, l’apprentissage des valeurs et des codes se fait en regardant les autres. Et aujourd’hui, grâce aux médias et aux réseaux sociaux. Avant de se lancer l’an dernier, Marylin, 50 ans, et Julien, 44 ans, ont vu plusieurs reportages « sur la TNT ». Et petit à petit, du nudisme, qu’ils pratiquaient chez eux au bord de la piscine, ils ont basculé vers le naturisme.
« On ne connaît pas vraiment de naturistes. Mais l’idée d’être plus proches de la nature, de se sentir vraiment libres… Ça nous parlait. Après avoir vu les reportages et en avoir discuté, on s’est dit pourquoi pas essayer sur une plage prévue pour ça, raconte le couple, ensemble depuis cinq ans. C’était vraiment d’un commun accord, on n’a pas eu à se convaincre l’un ou l’autre. »
« Rien de compliqué »
La seule réticence de Julien venait d’un problème dermato. « Ça me complexait pas mal, mais une fois les plaques traitées, on s’est lancés pendant nos vacances en septembre aux Sables-d’Olonne », s’amuse cet ex-gendarme. Restait à trouver les accès auxdites plages. « On a un peu galéré à trouver certaines zones naturistes sur les plages, se souvient-il. D’autant qu’on était hors saison et donc il n’y avait pas grand monde hormis de petits groupes de retraités. »
De quoi prendre ses marques en douceur : « Avant d’arriver, on se demandait comment on allait faire concrètement : est-ce qu’on passe le panneau habillés ou nus ? Est-ce qu’il y a un seuil d’intimité sur la plage ? On est sortis de la voiture habillés et sur place, on a observé comment les gens faisaient. En fait, il n’y a rien de compliqué. »
Le fait d’être nus face à d’autres n’a pas plus perturbé que ça le couple. « On n’a jamais été trop pudiques, mais on s’est demandés si on allait nous juger. Ça n’a pas été le cas, personne ne se regarde avec insistance. » Il n’y a que les « textiles », comprendre les non-naturistes, pour ne pas toujours être à l’aise aux abords de ces plages. « Les gens regardaient leurs pieds. » Pour Marylin et Julien, l’expérience est sans regrets, au contraire. « Ça a réglé la question du maillot de bain, il n’y avait jamais rien qui allait ! »
« Est-ce qu’on va oser ? »
Cet été, ils ont réservé une semaine en camping dans les Gorges du Verdon, « en pleine saison justement », pour se confronter aux autres. « L’année dernière, on n’a pas parlé à grand monde. Une dame nous a salués, c’est à peu près tout. Tandis que là, on va aller acheter le pain nus, faire une partie de pétanque… Il va falloir forcément se parler, ça va être un pas, s’interroge le couple. Est-ce qu’on va oser ? Est-ce qu’on va être à l’aise ? »
Et là encore, ils ont quelques questions pratiques. Faut-il être nus partout, par exemple ? « La piscine du camping est le seul lieu où il y a une obligation d’être nus, pour des raisons d’hygiène », répond Viviane Tiar, de la FFN. Sachant aussi qu’il y a une tolérance pour les enfants et les adolescents sur les sites. « Évidemment, on ne les force pas à être nus. »
Pour les adultes naturistes, se balader habillés sur un site naturiste peut être moins bien vu. Au point que cette « textilisation » inquiète de plus en plus la communauté, qui craint une perte des valeurs fondamentales. Ce sont « les naturistes qui ne prennent plus la peine de se dévêtir pour des raisons plus ou moins valables, note sur son site la Fédération des espaces naturistes (Fen). Soit par manque d’information des nouveaux arrivants, soit par le laisser-aller des anciens. »
Restent les usages, qui comme leur nom l’indique, s’apprennent plutôt sur place. « On n’a pas besoin de le dire entre nous, mais on aura toujours sur soi ce qu’on appelle un sous-cul, illustre Viviane Tiar. Généralement un paréo, pour des raisons d’hygiène et de respect de l’autre. » Aujourd’hui, les règles s’appliquent aussi au monde numérique, où les gens se lâchent souvent davantage que hors-ligne.
Ce qui pousse les sites naturistes et certains internautes, comme la journaliste Melanie Mendelewitsch sur son compte Instagram, à rappeler ce que dit déjà la loi. « Je vais à Ibiza depuis que je suis née. Le naturisme fait partie de l’ADN de l’île. Je ne suis pas naturiste, mais je respecte cet art de vivre et ça me paraît évident que les naturistes n’ont pas du tout envie de se retrouver exposés sur Instagram à leur insu par des touristes. Ça montre la totale méconnaissance du lieu où les gens partent en vacances. »
D’où les précautions de Julien et Marylin, qui ont voulu bien faire en demandant sur un groupe Facebook si le naturisme était autorisé avant de partir en Crète cet été. « On a eu tous les sons de cloche, donc on verra sur place », avise le couple, pressé d’être en congés. « C’est le seul moment où l’on peut être nus dehors, donc on a hâte. » La prochaine étape ensuite pour eux ? « Convaincre nos amis ! »
Je trouve que les illustrations sont superbes 😀
Un autre article est paru.
Merci d'avance à Benoît.
Et je souhaite un bon pont du 14 juillet à tous les sans-culotte.
Je pars dimanche en Bretagne.
N'hésitez pas à me dire bonjour si vous allez sur la plage du Lourtuais ou sur celle de Nantois.
Et je souhaite un bon pont du 14 juillet à tous les sans-culotte.
Et aux retraités tu ne souhaites rien ?
De toutes façons, ce n'est pas un pont, sauf pour ceux qui travaillent le samedi!
voilà @phile 😉
« Voir la diversité des corps a été libérateur » : ce que le naturisme a apporté à de jeunes adultes
Enfants, ils ont découvert le naturisme avec leurs parents, dans les campings et villages dédiés. Ados, ils se sont souvent éloignés de ce mode de vie, avant d’y revenir plus tard. Rencontre avec de jeunes adultes, qui racontent dans ce quatrième et dernier épisode de notre série consacrée au naturisme comment cette éducation a façonné leur rapport à eux-mêmes, aux autres et au monde.
Margaux Cassan a beau fouiller dans ses souvenirs d’enfance, elle a du mal à imaginer son oncle Anselme et sa tante Jeannette habillés. Enfant, elle les rejoignait chaque été dans un village naturiste du Vaucluse. Ce que la philosophe et autrice de 26 ans raconte dans Vivre nu (2023, Grasset), un récit intime, où se mêlent témoignage et documentaire.
Lire aussi : Le naturisme, un mode de vie qui se dévoile… Notre série en quatre épisodes
« La première fois que je suis allée à Bélézy, j’avais 2 ans. Je pouvais rentrer en petite section avec un an d’avance à condition de me passer de la couche avant le 1er septembre. Mes parents ont pensé que passer des vacances avec Anselme et Jeannette m’y aiderait. » Cet été-là, sa grand-mère parviendra à la faire aller sur le pot. Le début d’une longue série d’apprentissages au milieu de la nature.
« Je fréquentais les villages naturistes comme beaucoup d’enfants : pour moi, ça n’était même pas une question », raconte l’écrivaine, venue d’une famille « classique de naturistes » : issus de la « classe moyenne communiste, devenus hippies, fonctionnaires puis habitués des campings du Vaucluse ». « C’est une culture familiale qui m’a été transmise et qui me rendait très heureuse. »
Le rachat du village en question par un grand groupe propriétaire de campings donne l’idée à Margaux Cassan d’une réflexion « plus générale » sur ce mouvement, son histoire et son déclin en France. Même si le pays reste la première destination naturiste mondiale, des villages ferment chaque année. Et ses adeptes, en majorité des plus de 50 ans, ne rajeunissent pas.
« Pratique de boomers »
En 2019, 60 % des plus de 55 ans et 57 % des 35-44 ans interrogés dans le cadre d’une étude sur l’évolution des pratiques naturistes entre 2016 et 2019 déclaraient être déjà partis en vacances naturistes. Contre 28 % chez les 18-24 ans, toujours selon le même sondage pour le compte de Last mui « Cela reste une pratique de « boomers », souligne le sociologue Christophe Colera, auteur de La nudité : pratiques et significations (éditions du Cygne). Même s’il y a un rajeunissement récent dans les années précédent le Covid, il est relatif. »
Cette année, le rallye européen de la jeunesse naturiste (18-27 ans), organisé par la Fédération naturiste internationale, a eu lieu près de Nice (Alpes-Maritimes) durant le week-end de l’Ascension. Mais aucun jeune Français n’est venu. Et c’est justement pour attirer cette génération qu’Elwann, 17 ans, a relancé au printemps la commission jeunes de la Fédération française de naturisme (FFN), créée en 1950.
« Au gala de natation organisé par l’association des naturistes de Paris et la FFN en avril, on était trois jeunes alors que c’était un événement national. On s’est dit qu’il fallait faire quelque chose, relate Elwann, qui a rencontré trois autres ados naturistes en vacances l’été dernier. L’idée, est de faire connaître le naturisme à d’autres jeunes et de les faire s’y sentir bien. Parce que si on ne connaît pas notre art de vivre, ce n’est pas entre 15 et 20 ans qu’on essaiera. »
Amour de soi fragilisé
Même pour celles et ceux qui ont grandi entourés de corps nus, l’adolescence reste un passage durant lequel il est difficile d’afficher son corps en mutation. Comme beaucoup, Margaux Cassan s’est éloignée du naturisme à cette période. « L’amour de soi est fragilisé par nos transformations, écrit-elle. Les boutons, les appareils dentaires, le corps qui grandit plus vite que le sexe, les poils qui apparaissent par endroits, jamais là où l’on voudrait, la démarche dégingandée. »
Et lorsqu’on peut à peine regarder son propre corps, se montrer nu(e), qui plus est devant les membres de sa famille, paraît alors impensable. « Vous ne pouvez plus regarder le sexe de quelqu’un de votre famille comme si c’était son coude, estime l’autrice. Ce n’est pas que certaines parties du corps deviennent moins respectables, mais forcément, à cet âge-là, on sait que le sexe, les seins, changent de place. Et parce qu’ils changent de place, ils prennent toute la place. »
Sans compter la découverte du désir, le sien et celui des autres. « Dans mon cas, la difficulté a aussi été que je suis devenue un objet de désir, parfois chez des adultes, alors je ne l’avais pas souhaité, témoigne Margaux Cassan. Ça brise l’innocence, ça brise le rapport fluide qu’on avait aux autres et à la nature. »
Consciente du problème, la FFN indique qu’il y a une tolérance pour les adolescents qui peuvent ainsi déroger à la nudité, règle de base de la vie naturiste. Les chartes des sites naturistes consacrent un passage à cette question, autorisant ainsi les ados à se vêtir d’un paréo ou d’une serviette. Ce qui n’est pas forcément une solution opportune pour Margaux Cassan.
« Comme la nudité est de mise sur le site, si vous mettez une culotte ou un paréo, c’est encore pire, tout le monde vous regarde. Et adolescent, on a déjà l’impression que tout le monde nous regarde. C’est aussi pour ça que beaucoup cessent d’y aller. Mais souvent, on revient quand on considère que son corps est dans un état définitif. »
Remède à l’obsession d’un corps idéalisé
Avec le recul, ils sont plusieurs à dire que ce mode de vie les a aidés à s’accepter tels qu’ils sont. C’est le cas de Pauline (prénom d’emprunt), 20 ans, que sa mère a emmenée au camping naturiste derrière chez elles lorsqu’elle avait 13 ans. « C’était compliqué pour moi et je ne l’avais pas très bien vécu. Je n’y étais jamais retournée jusqu’à mes 16 ans. J’avais envie d’aller à la piscine, narre l’étudiante, danseuse et vidéaste. Ma relation à mon corps avait évolué et je commençais un peu plus à m’en foutre. »
Puis d’autres types de complexes sont arrivés vers ses 16-17 ans, intensifiés par les images de corps idéalisés sur les réseaux sociaux. À 18 ans, elle commence à travailler au camping en tant que saisonnière. Là, Pauline se retrouve confrontée au quotidien aux corps des uns et des autres, sans filtre. « Ayant toujours vécu avec les réseaux, ça a été très libérateur pour moi. Je regardais beaucoup le corps des femmes. La réalité m’a aussi aidée à prendre conscience qu’on ne se voit jamais objectivement. »
Elwann ne dit pas autre chose. Lui a découvert le naturisme en famille à ses 5 ans, au Club gymnique de l’Ouest, à Couëron (Loire-Atlantique), où il n’a jamais cessé d’aller. Aujourd’hui, sans être « trop gêné vis-à-vis de son corps », l’adolescent reste moins à l’aise avec son dos, « courbé en haut ». Mais personne ne lui en a jamais parlé. Alors il dit : « Si personne ne voit cette différence, est-ce qu’elle existe réellement ? Peut-être que oui elle existe, mais que tout le monde s’en fout. À moi de m’en foutre aussi. »
Relations plus « vraies »
Tous rapportent une ouverture d’esprit plus grande que chez les « textiles » grâce à la diversité des personnes rencontrées. Parfois, des conversations plus vraies aussi. « On a une autre vision de la vie, moins de préjugés aussi peut-être. Comme on se montre aux autres, on devient moins timide, juge Pierre, 22 ans, apprenti en mécanique agricole et habitué du CHM Montalivet (Nouvelle-Aquitaine). Quelque chose se débloque, on se fait confiance et ça ouvre des discussions plus vraies. »
Pour Margaux Cassan, c’est dû à l’effet de « lisseur social ». Soit l’idée que la nudité gomme la différence sociale entre les gens. « Vous ne pouvez pas tellement vous raconter d’histoire quand vous êtes nu face à quelqu’un. Et à ce que la nudité implique, notamment chez les hommes, qui se retrouvent dans une situation de vulnérabilité acceptée, chose ultra-rare dans notre société. Cette acceptation dit déjà beaucoup de choses de l’autre et crée un sentiment d’appartenance. À mon sens, c’est ce qui fait qu’on peut avoir des discussions authentiques. »
« Safe space » inattendu
Pour Pauline, ça a aussi été l’occasion de rencontrer des jeunes étrangers. « Il y a beaucoup d’Anglais, de Hollandais et d’Allemands où je vais. On parle sans qu’il n’y ait de lien avec la sexualité. Et ça repose. Le fait de savoir qu’on peut vivre nu entouré d’autres gens et que c’est complètement safe, plus safe que dans d’autres endroits où on est habillé, c’est inattendu et vraiment libérateur. »
@p..e..p..o Réponse à @Kilian Grèze ca y est la trend du naturisme est lancée sur titok desolee cest ma faute 😭🌱🌱 #naturiste #naturisme #naturista #fypシ゚viral ♬ You - Petit Biscuit
Le naturisme est aussi pour eux une façon de s’affirmer. Cela passe d’abord par expliquer ce qu’est le naturisme. Que ça soit au travers de la FFN comme Elwann, sur Tik Tok comme Pauline ou encore dans un livre comme Margaux Cassan, qui défend « l’esprit de sérieux » du naturisme. Chacun à leur façon, ils participent à la diffusion des valeurs du naturisme, comme le respect de soi, d’autrui et de l’environnement.
Autant de thèmes auxquels les générations Y et Z peuvent être sensibles. « Si vous parlez à des moins de 35 ans de sobriété, de déconsommation, de végétarisme… – qui sont au cœur des valeurs naturistes –, ça peut raccrocher politiquement des gens », pense Margaux Cassan. Pierre, lui, s’est décidé : il fera bientôt partie des quelque 15 000 licenciés de la FFN. « C’est une forme d’engagement pour préserver ce mode de vie. »
Cela reste une pratique de « boomers », souligne le sociologue Christophe Colera, auteur de La nudité : pratiques et significations (éditions du Cygne). Même s’il y a un rajeunissement récent dans les années précédent le Covid, il est relatif. »
Cette année, le rallye européen de la jeunesse naturiste (18-27 ans), organisé par la Fédération naturiste internationale, a eu lieu près de Nice (Alpes-Maritimes) durant le week-end de l’Ascension. Mais aucun jeune Français n’est venu.
Au gala de natation organisé par l’association des naturistes de Paris et la FFN en avril, on était trois jeunes alors que c’était un événement national.
Le constat est alarmant.
Pour Margaux Cassan, c’est dû à l’effet de « lisseur social ». Soit l’idée que la nudité gomme la différence sociale entre les gens. « Vous ne pouvez pas tellement vous raconter d’histoire quand vous êtes nu face à quelqu’un. Et à ce que la nudité implique, notamment chez les hommes, qui se retrouvent dans une situation de vulnérabilité acceptée, chose ultra-rare dans notre société. Cette acceptation dit déjà beaucoup de choses de l’autre et crée un sentiment d’appartenance. À mon sens, c’est ce qui fait qu’on peut avoir des discussions authentiques. »
Même si je suis un peu critique sur la "vision étriquée" de Margaux CASSAN (pour elle, le naturisme en liberté, c'est du nudisme), je dois reconnaître qu'elle vend bien son récit. Vendredi dernier, lors d'une randonue mixte (nat et non nat) avec bivouac, l'une des participantes textilistes m'a appris qu'elle avait lu son "best seller". Il l'avait séduite et conduite à s'inscrire à ma sortie pour entrer en contact avec des naturistes.
Mais, dès le départ, elle m'a cependant mis en garde : "il n'est pas question de me mettre nue en dehors des espaces clos"… Une demie heure plus tard, elle marchait nue avec nous 🤣
"Le naturisme est un mouvement politique" - article du 16 juillet paru dans Ouest France.
J'aime bien la réflexion de Margaux Cassan "Tous les grands mouvements politiques s'organisant autour de l'égalité sont en déclin. Le naturisme en pâtit car ce qui intéresse aujourd'hui, c'est plus la liberté individuelle que l'égalité collective"
et aussi "Ce que la nudité implique, notamment chez les hommes qui se retrouvent dans une situation de vulnérabilité acceptée".
Au sujet de Bélézy, elle déclare "le village n'a pas été transformé en village textile, mais il y a quand même une dénaturation du lieu, puisque pour des questions de rentabilité économique, il a été transformé, saccageant l'écrin de verdure qu'il était".
Comme je vais à Bélézy début août, qui sait ce qui a été transformé et dénature le site (est-ce des grands toboggans comme dans les autres campings Cap Fun ?) ?
