Dans MARIANNE du 27/8 au 2/9 un article sur le naturisme, et sur le CHM Montalivet en particulier:
"Reportage de guerre: Irak ? Non, un camp de nudistes en France Irak? Non,Un camp de nudistes en France"
"Coups tordus au Paradis des naturistes"
Article très intéressant sur "l'opposition de certains résidents naturistes à la direction, le tout sur fond de calomnies, de soupçons d'abus de biens sociaux et de trafic d'armes" (je cite).
"Au creux des dunes, des banquiers, des avocats, des professeurs ont inventé un paradis égalitaire."
Tout nu et tout bronzé", comme dit la chanson. On se sent bien quand revient l'été. En ce mois d'août, sur la côte girondine, au Centre héliomarin de Montalivet (CHM), rassemblement naturiste le plus fréquenté d'Europe. Ils sont plus de 8 000 à s'épanouir en tenue d'Adam et d'Eve sur cette vaste plage de l'Atlantique. A jouer à la pétanque ou au tennis, à l'ombre des pins. Une nudité qui se porte néanmoins avec coquetterie. Ici un bibi délicatement incliné sur la tête protège une naïade, là une chaîne en or ou un piercing en pierreries étincelle au soleil.
Il y a longtemps que les exercices gymniques drastiques des pionniers de l'après-guerre, tout comme leurs survêtements de soirée bleus, ne font plus recette. Les résidents les plus zen méditent au dojo ou se relaxent dans des thermes flambant neufs. Les anciens s'offrent des massages shiatsu ou pratiquent le qi-gong. Les enfants ont pris d'assaut le club des Ecureuils.Des agents de sécurité traquent pédophiles et photographes indélicats. Une escouade de maîtres nageurs scrute les rouleaux d'écume plébiscités par les surfeurs.....)
Dès la tombée de la nuit, les résidents processionnent, un siège sous le bras, vers le cinéma de plein air. Une dizaine de restaurants et de boites de nuit accueillent une clientèle plutôt clairsemée. Au CHM, sur les banquettes balinaises du Playa, en dépit des rumeurs, l'échangisme s'arrête au numéro de téléphone. Le Médoc n'est pas le Cap d'Agde.
Au creux des dunes, des banquiers, des avocats, des professeurs d'université, des magistrats propriétaires de bungalows soignés se sont réinventé un paradis égalitaire et familial auxquels ils ont renoncé "dans le civil". Employés, petits fonctionnaires, ex-gauchistes ont investi dans caravanes et camping. A l'année, le CHM compte même une avenante princesse de sang bleu, Hedwige de Bourbon, épouse Caudie, dont le mari prétend être le frère de sang de Jacques Chirac. De fait, la ressemblance frappante dudit époux avec le président de la République se révèle saisissante... en dépit de son costume peu officiel.
Affrontement impitoyable
Au fils des ans, le centre naturiste est devenu la patrie estivale de très nombreux Allemands, Hollandais et Anglais qui constituent un bon tiers de la clientèle. Et pourtant... Dans une ambiance internationale de "respect de soi, des autres et de la nature", la devise naturiste, bien malin le visiteur qui d'entrée décèlerait les indices de la guerre implacable que se livrent depuis cinq ans les "culs nuls" (*) aux "textiles" de la direction, qui le leur rendent bien.
Un affrontement impitoyable qui ébranle jusqu'à la Fédération française de naturisme, la FFN, privée de la contribution du centre. "Nous avons tellement de clients contre nous", soupire José Monnier, l'actuel directeur, habitué du lieu depuis son enfance et marié à une ancienne hôtesse d'accueil du CHM.
Les Français se sont passionnés pour la série de TF1 "Dolmen". Si un producteur mettait en scène les joutes clochemerlesques de Montalivet, ses dossiers judiciaires nourris de dénonciations hallicinantes, de calomnies, de rumeurs de trafics d'armes, ils adoreraient ! Dans le rôle du "méchant présumé", ils découvriraient tout d'abord Didier Vacher, un homme d'affaires varois, ancien PDG de la Socnat, la société gestionnaire du CHM.
En 1999, ce négociateur immobilier rusé prenait par surprise le contrôle de la société Socnat en convainquant de petits porteurs éparpillés de lui revendre leur pouvoir. Une idée de génie ? Sur le papier, l'affaire parait juteuse. Avec ses amis, l'enthousiaste Vacher s'assure avec moins de 2 millions d'Euros d'investissement le contrôle d'un centre valorisé à plus de 15 millions. Cependant, prenant à rebrousse-poil les "culs nuls" (*) historiques du CHM, en recrutant des prestataires de services étrangers à la région, et en jonglant avec la comptabilité de ses sociétés, l'impétrant signait, sans e savoir, sa mort professionnelle. Au pays du naturisme, les plus retors ne sont pas forcément ceux qui portent costume...
Avant l'entrée du Varois, le CHM était pourtant paralysé par les luttes intestines, et ses salariés démotivés par la valse des PDG (six en moins de cinq ans). "Pensant rendre service, des élus de la région fréquentant le centre avaient pesé de tout leur poids pour lui éviter une coûteuse mise en conformité de son réseau d'assainissement, raconte Maurice Groues, président du syndicat d'actionnaires de la Socnat (317 adhérents) et, à ce titre, premier opposant de Vacher. Le rennouvellement du bail avec la commune posait problème. Nous étions menacés de fermeture."
En 1999, la tempête décime la moitié des arbres du camp. Grâce aux renforts musclés mobilisés par Vacher, les routes sont rapidement dégagées et la saison est sauvée. Mais les travaux s'avèrent très coûteux : 17 millions de francs au total. "Nous avons eu l'impression que nous n'avions pas payé que cela. On a refusé de nous présenter des justificatifs", poursuit un retraité. Le climat devient vite délérère.
Investissements grandioses
"Beau parleur, Didier Vacher nous faisait miroiter des investissements grandioses. raconte Manfred Moessner, le président des Amis allemands de Montalivet, Or, nous n'avions pas envie d'un CHM chicky-micky (jet-set). Dans le même temps, le PDG revendait à la Socnat, pour 5 millions de francs, le restaurant Hélio, acheté quelques mois plus tôt 2,5 millions. Nnous avons flairé des abus de biens sociaux."
Représentant de 150 familles allemandes, en majorité des propriétaires d'usines, des avocats et le plus gros importateur de fromages français en Allemagne, Manfred Moessner, professeur de droit fiscal comparé à Osnabrück, n'a rien d'un néophyte en affaires. Il conseille l'actuel gouvernement allemand sur sa réforme fiscale.
Didier Vacher, lui, a beau justifier le prix de revente du restaurant par un nettoyage de sa comptabilité, il ne convainc guère ses interlocuteurs. Le syndicat d'actionnaires du CHM saisit en 2000 la Commission des opérations en Bourse (COB) afin d'obtenir l'annulation de la prise de pouvoir. Il est finalement débouté. Mais les opposants les plus déterminés refusent d'accepter leur défaite.
"Cessez de nous emmerder avec vos manigances de mafieux. Souhaitons que vos combines finissent par vous retomber sur la gueule s'il y a une justice humaine ou divine", clame une missive envoyée au CHM.
Il est question de menaces, d'intimidations, de pratiques mafieuses et même de Bob Denard !
Quelques irréductibles se tournent alors vers la justice pénale. Le 20 janvier 2000, un courrier anonyme signé du "collectif actionnaires/personnel/clients de la Socnat" dénonce la prise de pouvoir de Vacher et s'interroge sur l'origine des fonds qui ont permis au PDG de payer en espèces les actions de la Socnat.
Les signataires évoquent la création de sociétés-écrans. Et piment leur missive de soupçons inattendus : d'anciens mercenaires (Bob Denard, notamment) se seraient livrés à "des manoeuvres d'intimidation, de chantage, de racket à l'égard notamment des opposants à cette OPA".
Stigmatisant les propos de "tueurs" des dirigeants, ils dénoncent la complicité du maire de Montalivet. Ces mises en cause virulentes sont par ailleurs assorties d'allusions plus matoises : "Des renseignements pris auprès des RG et des services fiscaux laissent transparaitre qu'il s'agirait d'une vaste organisation souterraine qui utilise des fonds occultes dont les racines sont sur a Méditerranée." Le décor est planté.
Entre en scène le gérant d'une entreprise de réparation, Dominique Meunier, évincé du CHM par la nouvelle direction après avoir, des années durant, travaillé chez les naturistes. Ce petit patron s'affirme victime de menaces verbales, d'atteinte à ses biens et à sa personne. De fait, il en veut surtout aux pratiques "anti-concurrentielles" de Vacher, lequel préfère travailler avec son ami Bruno Mallet, patron de Cap Services, une société dont il est proche. Devant les policiers, Meunier enfonce le clou : la Socnat blanchirait de l'argent pouvant en partie servir à "financer l'achat de matériels militaires pour le compte de Bob Denard".
Il fait également témoigner l'ancienne propriétaire du restaurant Hélio, racheté par Vacher, laquelle se plaint de ne pas avoir été réglée en totalité du montant de la vente de son commerce. En réalité, les 400 000 Francs manquants correspondent à des retenues de charges sociales...
Une fois la machine judiciaire lancée, le dossier enfle. L'ex-patron est dans le collimateur de la justice.
Une fois la machine judiciaire lancée, le dossier enfle démesurément. Les gendarmes tentent de repérer par hélicoptère des caches d'armes. Des hangars sont localisés et attribués au CHM. Erreur, le propriétaire hâtivement désigné n'est pas le bon, et les lieux sont vides. D'anciens militaires ont bien aidé au dégagement du CHM après la tempête, et Bob Denard a festoyé à plusieurs reprises sur le site. Quoi d'étonnant ? Il est né à quelques kilomètres de Montalivet et ne manque pas d'amis dans la région. Le reste ne serait que rumeurs. Concernant la Socnat, des experts judiciaires concluent toutefois à d'éventuels abus de biens sociaux de Vacher, de l'ordre de 1,2 millions d'Euros. De son côté, Tracfin, l'organisme tricolore charger de pister les blanchiments d'argent, épluche le passé immobilier du marchand de biens et s'intéresse à ses cagnottes suisses.
Aiguillonné par la justice, le fisc joue sa propre partition. A propos d'une transaction de terrains en Provence, l'administration réclame bientôt à Vacher la bagatelle de ... 22 millions d'Euros (145 millions de Francs). Le 30 janvier 2002, le PDG de la Socnat finit par être arrêté et placé en garde à vue.
La juge Marie-Noëlle Billaud le met en examen pour blanchîment et escroquerie en bande organisée, abus de biens sociaux, abus de confiance et recel. Son épouse et sa belle-mère sont également inciminées. Les origines varoises, les économies suisses de l'homme d'affaires ne plaident guère en sa faveur : incarcéré deux mois à Gradignan, Vacher est soumis à un controle judiciaire très strict. Il doit verser 120 000 Euros de caution et supporter le gel de ses actions. Surtout, il est pénalisé par une interdiction d'exercer tout acte de gestion. En somme, il ne peut plus travailler. Une sévérité excessive à l'égard d'un présumé innocent ? Ce traitement n'empêche pas la juge de sollicter auprès de son client un autographe de Johnny Halliday, que Vacher a fréquenté sur le Paris-Dakar !
Au CHM, la mise à l'ombre provisoire du PDG et de son directeur, Jean-Marc Rubbio, déclenche l'enthousiasme des opposants. "Le CHM aux naturistes. Les mafieux en prison, le vent tourne", martèle un courrier vengeur. Un tract engage même les salariés à se méfier des "employeurs truands" et les appelle à ne pas jouer les "collabos".
Dans ce contexte, les avocats parisiens de Vacher décident en 2004 de tenter une manoeeuvre risquée. En étudiant la liste des clients du centre, ils se sont en effet aperçus qu'une magistrate de Bordeaux était membre de l'Association des propriétaires de bungalows (APB), qu'un substitut signataire de pièces du dossier fréquentait le centre et que la fille du procureur travaillait dans un cabinet d'avocats de Rouen assurant la défense de la Fédération française de naturisme, avec laquelle Didier Vacher est en guerre depuis que le CHM a adhéré à une organisation européenne concurrente (O.N.E.).
Ils tentent alors d'obtenir la délocalisation du dossier. Le nouveau juge d'instruction en charge de l'enquête, Alain Gaudino, prend-il ombrage de cette défiance ? A peine débouté, Didier Vacher est de nouveau incarcéré, à la demande du juge, au mois de juillet, pour non-respect de son contrôle judiciaire. Il a eu l'insouciance de signer un chèque... à ses avocats.
Juriste subtil et inflexible, le magistrat s'appuie ensuite sur le nouveau texte de la loi Perben 2 réprimant la criminalité organisée pour saisir une séance de 300 000 Euros sur une SCI gérée par l'épouse de l'ancien PDG, au motif que dernier encourt une amende de 750 000 Euros. Madame se voit ainsi privée, un temps, de sa maison. Cet acte de procédure audacieux vient d'être invalidé par la court d'appel de Bordeaux.
Dans la foulée, Didier Vacher a eu la bonne surprise de voir le fisc réviser sérieusement à la baisse ses prétentions. L'administration lui réclamait 22 millions d'Euros. Il ne déboursera finalement que... 873,69 Euros ! Dans les affaires, mieux vaut avoir les nerfs solides !
Son dossier en voie de règlement, le PDG honni de la Socnat attend son procès, qui pourrait se tenir en janvier 2006. Le débat public suffira-t-il à apurer le conflit entre "culs nuls" (je cite) et propriétaires du CHM ? Rien n'est moins sûr. Car ce choc des cultures entre affairistes et naturistes promet de nouvelles vagues. En effet, le nouveau PDG, François Cros, est bel et bien déterminé à "capitaliser" sur sa prise de pouvoir, en multipliant les partenariats de ses sociétés personnelles avec la Socnat. Importateur de bungalows de Pologne, propriétaire de commerce sur le CHM, ce bâtisseur de châteaux en Gironde envisage déjà moult opérations immobilières avec le centre naturiste.
Ces externalisations systématiques induiront-elles des surfacturations ? Le patron se défend, bien sûr, de vouloir tondre ses brebis. Pour accroître la rentabilité du CHM, il taille tout de même dans la masse salariale et ne fait pas mystère de ses intentions d'augmenter de quelques centaines d'euros les redevances annuelles des propriétaires de bungalows.
D'ores et déà, les sentes bordées de pins, les galeries marchandes du CHM bruissent de reproches à propos de nouveaux abus de biens sociaux. "Individualistes, les naturistes sont prompts à propager des rumeurs", reconnait, malgré tout, Manfred Moessner. François Cros veut doter le CHM d'un gigantesque Aqualand de 700 m2 agrémenté de toboggans.
Nous ne supportons pas qu'on nous dise: 'Si vous n'êtes pas contents, levez le camp'
Or, si les naturistes du centre ont appécié la réfection des routes, les rénovations des sanitaires, les plus traditionnalistes se défient de ce projet d'envergure. "Nous n'avons pas besoin de cet équipement, tranche Maurice Groues. Nous préférerions une grande piscine chauffée à l'énergie solaire." Les "culs nuls" (*) rêvent de tri sélectif, d'éoliennes, d'électricité solaire... "Nous ne supportons pas qu'on nous dise: 'Si vous n'êtes pas contents, levez le camp !'", s'emporte le professeur de comptabilité Christian Simon, président de l'Association des propriétaires de bungalows et militant de la FFN.
La direction du CHM, elle, amasse les profits : 700 000 Euros de résultat net en 2004.
Pas de contre-pouvoir
Soucieux de défendre leur paradis, tous découvrent que face aux règles capitalistes, il est difficile d'ériger des contre-pouvoirs. Ils ne se découragent pas pour autant. Les Allemands veulent obtenir de la Socnat un contrat de sous-location en bonne et due forme.
Le syndicat d'actionnaires milite pour plus de transparence et un changement de commissaires aux comptes.
Pleine d'allant, Son Altesse royale la princesse Hedwidge de Bourbon Caudie, dont Françoise Cros aimerait tant se débarasser, vient de prendre la tête d'une nouvelle contestation de commerçants. Ralliés à son panache blond, ces derniers viennent devant huissiers le calcul de leurs loyers.
Rendez-vous au prochain épisode...
(*) "culs nuls" : texto dans l'article de Marianne 😮
Je viens de voir que dans la revue Marianne un article parlait des problèmes du centre de Montalivet.
Je le lis dans l'avion ce matin en rentrant de vacances, et je le trouve sur "Vivre nu" à peine arrivé ! Quelle réactivité !
La princesse de sang en question a tout l'air d'avoir un pedigree pas si net que ça, soit dit en passant :
http://www.presidentielles.net/alaune/index.php?id_article=41
:paf
Encore plus rigolo et surréaliste, le site officiel de la candidate : http://arabianhorse.ifrance.com/arabianhorse/election.htm
Je l'avais signalé à l'époque sur nat-fr, me semble-t-il...
