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Les naturistes de Préverenges vivent heureux et scrupuleux
Alors que la pratique a récemment fait parler d’elle à Zurich ou sur les bords du lac de Neuchâtel, le Camping Club Léman ne tolère pas les écarts de conduite.
Publié aujourd’hui à 06h57

- Le Camping Club Léman célèbre ses 90 ans d’existence à Préverenges.
- Le club applique des règles strictes avec vérification des casiers judiciaires.
- De nouveaux jeunes couples trentenaires redécouvrent l’attrait du naturisme.
- L’ambiance familiale et bienveillante règne dans cet écrin de verdure préservé.
Si le comportement des naturistes a fait enfler la polémique à Yvonand et ailleurs cet été, le calme semble infini devant la porte bleue qui préserve des regards le discret Camping Club Léman de Préverenges.
Une fois ouverte, c’est un autre monde qui s’offre à nous: un écrin de verdure baigné de soleil. Des corps nus s’y reposent, paisibles, allongés sur des transats. Un premier instant de surprise nous traverse, bien légitime quand on n’est pas familier du naturisme. Mais très vite, c’est nous, les «textiles», qui semblons détonner dans ce tableau vivant. Le sourire de bienvenue, les regards sereins, tout concourt à nous mettre à l’aise.
Le Camping Club Léman vient de célébrer ses 90 ans, installé à Préverenges vingt ans après sa création, lové le long de la Venoge. Aujourd’hui, il fait partie des trois seuls campings naturistes de Suisse romande, aux côtés du centre naturiste de Thielle (NE) et du Club Gymnique Lumière de Veyrier (GE).
Le lieu respire la convivialité, mais surtout, l’esprit de famille. En déambulant dans les allées, on croise des visages de tous âges. Jérémy Ansermoz, trentenaire souriant, se souvient: «J’ai passé de nombreuses vacances ici avec mes grands-parents. Et maintenant, je reviens avec ma famille.»
Un mode de vie qui, après quelques années plus calmes, connaît un regain d’intérêt en Europe. «On sent un nouvel élan. La semaine dernière encore, deux jeunes couples dans la trentaine sont venus passer quelques jours ici», confie Pierre-Eric Houmard, président du club.
Le havre de Préverenges traversé par les générations

Il rit en évoquant ses collègues, à qui il a récemment parlé de ses séjours naturistes: «Depuis, ils me taquinent gentiment.» Un autre membre, plus discret, raconte avec amusement comment, autrefois, il recommandait à ses enfants de dire qu’ils portaient des maillots américains laissant traverser les UV. De quoi expliquer l’absence de la moindre trace de bronzage…
Mais si l’atmosphère est détendue, le CCL n’en demeure pas moins rigoureux sur certaines règles. L’actualité rappelle que tout le monde ne respecte pas l’esprit naturiste. À Yvonand, une plage autrefois prisée a interdit la nudité. À Zurich, la Werdinsel, bastion naturiste depuis cinquante ans, est aujourd’hui pointée du doigt pour des «comportements problématiques».
Tolérance zéro au Camping Club Léman
Au CCL, pas de place pour les dérives: l’entrée est conditionnée à un extrait de casier judiciaire. «Il est hors de question d’accueillir quelqu’un qui a commis des délits de mœurs», tranche Pierre-Eric Houmard, le président du club.
Une exigence assumée: «Dans les médias, on ne voit que le côté négatif du naturisme. Avec des gens qui se comportent mal. Du coup, certaines personnes peuvent avoir une mauvaise image de nous. Mais ici, on est assez pointus au niveau des règles. Tout le monde se surveille mutuellement.»

Et ce sérieux ne date pas d’hier. «À l’époque, les membres du comité allaient chez les gens qui voulaient nous rejoindre pour contrôler qu’ils étaient de bonne fréquentation», se rappelle, amusé, un membre du comité.
Des pratiques rigoureuses, qui ne sont pas sans rappeler certaines vieilles traditions suisses. Depuis, les règles se sont adoucies, mais l’esprit de vigilance demeure. Pour autant, rien de pesant ne flotte sur le site. L’ambiance y est agréable, sereine, presque irréelle. Les arbres offrent leur ombre généreuse, la piscine invite à la détente et les conversations se mêlent au bruissement du vent.
À Préverenges, la nudité décomplexée
«Ici, personne ne se juge. On oublie la condition sociale, mais aussi les corps marqués», confie un autre membre du comité. L’hiver venu, les habitués se retrouvent encore, pour entretenir les lieux, pour prolonger le lien. Le naturisme, tel qu’il est vécu ici, va bien au-delà de la simple nudité: il devient une philosophie, une manière d’habiter le monde autrement.
«Beaucoup de gens sont complexés par leur physique et ne vont plus à la plage. Quand ils s’essaient au naturisme, ils se rendent compte qu’ils sont plus à l’aise nus», affirme Pierre-Eric Houmard. Une remarque qui fait réfléchir. Car à bien y penser, les maillots de bain ne masquent-ils pas davantage qu’ils ne révèlent?
Au bord de la piscine, Jean-Marie Wirths, un habitué, clôt le débat sur le ton de la plaisanterie: «Le naturisme, ça ne se raconte pas, ça se vit.» On passera notre tour… du moins pour cette fois.
Nous avons séjourné dans ce club.
Il est vrai qu'il faut montrer patte blanche pour y entrer. Mais une fois à l'intérieur de ce site remarquable, l'accueil est très convivial et il y a de nombreux moments festifs. Un bar permet de consommer toutes sortes de boisons à des prix bien inférieurs de ceux pratiqués en Suisse.
Certaines règles du club sont étranges et datent de sa création comme l'obligation de s'isoler (tente, caravane ou vestiaire) pour se déshabiller.
L'accès au lac n'est qu'à quelques mètres à l'extérieur, mais malheureusement il n'y a pas de plage naturiste.
