La nue . Théophile GAUTHIER
A l'horizon monte une nue,
Sculptant sa forme dans l'azur:
On dirait une vierge nue
Émergeant d'un lac au flot pur.
Debout dans sa conque nacrée,
Elle vogue sur le bleu clair.
Comme une Aphrodite éthérée,
Faite de l'écume de l'air;
On voit onder en molles poses
Son torse au contour incertain,
Et l'aurore répand des roses
Sur son épaule de satin.
Ses blancheurs de marbre et de neige
Se fondent amoureusement
Comme, au clair-obscur du Corrège
Le corps d'Antiope dormant.
Elle plane dans la lumière
Plus haut que l'Alpe ou l'Apennin;
A son corps, en vain retenue,
Sur l'aile de la passion,
Mon âme vole à cette nue
Et l'embrasse comme Ixion.
La raison dit : « Vague fumée,
Où l'on croit voir ce qu'on rêva,
Ombre au gré du vent déformée,
Bulle qui crève et qui s'en va ! »
Le sentiment répond : « Qu'importe!
Qu'est-ce, après tout que la beauté,
Spectre charmant qu'un souffle emporte
Et qui n'est rien, ayant été !
A l'Idéal ouvre ton âme;
Mets dans ton coeur beaucoup de ciel,
Aime une nue, aime une femme,
Mais aime ! - C'est l'essentiel ! »
si pour vous aussi, les mots,
vrais,
purs,
respectés
sont un régal au travers de leurs auteurs,
rejoignez moi et
nourrissez alors cette rubrique...
vos textes coup de coeur,
les quelques vers qui vous habitent,
votre prose de référence....
habillons le nu.
" Puissiez-vous accueillir le soleil et le vent avec plus de votre peau,
et moins de vos vêtements.
Car la main de la vie est dans le soleil,
et son souffle est dans le vent "
Kahlil Gibran
écrivain, peintre, et poète libanais né en 1883
" Le nu est la sincérité du corps...
une honnêteté que les gens habillés ne peuvent avoir "
Jacinto Benavente
auteur espagnol né en 1866
prix Nobel de littérature en 1922
" Femme nue, femme noire...
Vêtue de ta couleur qui est vie, et de ta forme qui est beauté.... "
Leopold Sedar Senghor
poète Sénégalais
né en 1906
" Si nous n'étions pas aveuglés par la sotte habitude,
nous nous apercevrions que le corps humain
n'est vraiment sain et beau que dans sa nudité "
Mohandas Karamchand Gandhi
dit le Mahatma
fondateur de l'Inde moderne
né en 1869
De manière provoquante: (1)
" En nu tout ce qui n'est pas beau est obscène "
Robert Bresson. Cinéaste.
(1) mériterait une dissertation.
"L'amour a la vertu de dénuder non point les deux amants l'un face à l'autre, mais chacun face à soi-même."
Césare PAVESE
Elle court toute nue dans la rue
elle est à toi si tu l'as vue
la poésie, la poésie...
http://www.jofroi.com/chansons/marchersurunfil/poesie.htm
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Merci nuage, pour cette pause poésie
poésie de saison, bercée par les sanglots longs des violons de ...
Un texte de Pavese déjà publié ici mais tant pis... il est trop beau! même en VF.
ATAVISME
Caché par les volets, l'enfant respire au frais,
tout en fixant la rue. Par la fente lumineuse,
on voit les pavés sous le soleil. personne ne marche
dans la rue. L'enfant voudrait sortir tout nu
- la rue est à tout le monde - et se perdre dans le soleil.
C'est interdit en ville. Mais pas à la campagne,
s'il n'y avait au-dessus de la tête la profondeur du ciel
qui atterre et déprime. Il y a l'herbe froide
qui chatouille les pieds, mais les arbres au regard
immobile, les troncs et les buissons sont autant d'yeux sévères
pour un corps blême et faible, qui frissonne.
Même l'herbe est étrange et le toucher répugne.
Mais la rue est déserte. Si quelqu'un y passait,
depuis l'ombre l'enfant oserait le fixer
et dire que tous dissimulent un corps.
c'est un cheval qui passe, ses muscles sont saillants,
et les pavés résonnent. Cela fait très longtemps
que le cheval s'en va, tout nu et sans pudeur, au soleil:
au point même qu'il marche au milieu de la rue. L'enfant
aimerait être fort et bronzé comme lui, et tirer
au besoin sa charrette: alors, il oserait se montrer.
Puisque l'on a un corps, il faut bien qu'on le voie. L'enfant
se demande si tout le monde a un corps. Le petit vieux ridé
qui passait ce matin ne peut avoir un corps
à ce point triste et pâle, il ne peut rien avoir
qui soit si déprimant. Et même les adultes
ou les mères qui donnent le sein au nouveau-né,
ne sont pas non plus nus. Seulement les enfants ont un corps.
l'enfant n'ose pas se regarder dans l'ombre,
et pourtant il sait bien que pour devenir un homme
il devra se perdre dans le soleil et se faire aux regards du ciel.
Dans l'eau de la claire fontaine
Elle se baignait toute nue.
Une saute de vent soudaine
Jeta ses habits dans les nues.
En détresse, elle me fit signe,
Pour la vêtir, d'aller chercher
Des monceaux de feuilles de vigne,
Fleurs de lis ou fleurs d'oranger.
Avec des pétales de roses,
Un bout de corsage lui fit.
La belle n'était pas bien grosse
Une seule rose a suffit.
Avec le pampre de la vigne,
Un bout de cotillon lui fit,
Mais la belle était si petite
Qu'une seule feuille a suffi.
Elle me tendit ses bras, ses lèvres,
Comme pour me remercier...
Je les pris avec tant de fièvre
Qu'ell' fut toute déshabillée.
Le jeu dut plaire à l'ingénue,
Car, à la fontaine souvent,
Ell' s'alla baigner toute nue
En priant Dieu qu'il fit du vent,
Qu'il fit du vent...
Georges Brassens.
En ce Samedi soir, ce Magret de canard pommes salardaise et son Crémant de Bourgogne, me fait retrouver ces lignes :

A suivre 😉
