Voir à http://www.rfi.fr/general/20111126-nudite-protester
Par François-Damien Bourgery
De l'Egypte avec Aliaa Elmahdy à la Chine d'Ai Weiwei, en passant par l'Europe et le mouvement féministe Femen, ils sont nombreux à se dénuder pour protester. Cette forme de contestation, autrefois essentiellement réservée aux mouvements écologistes, s'est peu à peu généralisée. Elle est même devenue pour beaucoup le seul moyen de sensibiliser le public à leur cause.
(Attention, certains liens renvoient vers des images pouvant choquer)
Finis les sit-in, défilés et autres mouvements de masse. Pour être entendu, il faut se mettre à nu. Aliaa Elmahdy http://arebelsdiary.blogspot.com/2011/10/nude-art.html?zx=db532ad82424605e l'a bien compris. Cette jeune blogueuse égyptienne au visage de poupée, qui se revendique « laïque, libérale, végétarienne et individualiste », a publié sur son site une photo d'elle en tenue d'Eve pour réclamer la libération de son ami Karim Amer. Relayé via Twitter, ce cliché, à lui seul, a propulsé la contestation égyptienne sur le devant de la scène médiatique aussi efficacement que les milliers de cris de la place Tahrir.
Cette forme de protestation, qui puise sa source dans les groupuscules anarchistes et libertaires de la fin du XIXe siècle et les mouvements pacifistes des années 1960-70, a longtemps été la particularité des militants écologistes. Le corps mis à nu révèle toute sa fragilité et renvoie à celle de la nature. En octobre 2009, 700 personnes se sont ainsi dénudées dans des vignes bourguignonnes (est de la France) sous l'objectif du photographe Spencer Tunick http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hL2ON02zu4WEnvuV2Jixp7SPaziA . Répondant à l'appel de l'association Greenpeace, ils voulaient alerter l'opinion sur les dangers du réchauffement climatique pour la viticulture. Ces volontaires « vont montrer comment la fragilité de leur corps est étroitement liée à la fragilité des écosystèmes », expliquait alors Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France.
La protestation nue est même devenue caractéristique de certains groupements. Le World Naked Bike Ride http://www.worldnakedbikeride.org/ organise ainsi régulièrement de grandes promenades cyclistes « à poil » dans les grandes villes de la planète. L'association de défense des animaux PETA http://www.peta.org/est aussi coutumière de ce type d'action, pour protester contre la corrida ou le port de vêtements en fourrure. « Plutôt nu qu'en fourrure », scandent ses activistes aux quatre coins du globe. L'actrice hollywoodienne Eva Mendes, notamment, leur a apporté son soutien.
Un appel à la liberté
Longtemps utilisée dans les pays démocratiques, cette méthode de contestation s'étend désormais au monde entier. Dans les régimes autoritaires, elle devient un symbole de défiance à l'ordre établi. L'exemple d'Aliaa Elmahdy en est la preuve, celui d'Ai Weiwei en est une autre. Quand cet artiste chinois a été accusé de « pornographie » par le gouvernement de Pékin pour avoir posé nu en compagnie de quatre jeunes femmes, une immense vague de soutien venue de tout le pays a déferlé sur internet. Des hommes et des femmes de tous âges, visage masqué ou dévoilé, se sont photographiés entièrement dévêtus. Sur les clichés, compilés sur le blog awfannude, http://awfannude.blogspot.com/ beaucoup brandissent un doigt d'honneur au régime chinois. « La nudité n'est pas de la pornographie », martèle le site. « Le fait que des gens protestent nus dans des pays comme l'Egypte ou la Chine montre que la nudité cristallise des aspirations à la démocratie ou à davantage de libertés individuelles », analyse Francine Barthe-Deloisy, auteure de Géographie de la nudité.
Alors qu'elle est souvent adoptée pour exprimer des revendications bien particulières, certains font au contraire de la nudité le fer de lance de toutes les causes. C'est le cas du mouvement féministe ukrainien Femen, créé en 1998. Depuis quelques années, ses militantes multiplient les coups d'éclat en manifestant seins nus : contre l'ingérence du Kremlin dans les affaires ukrainiennes ; contre la réforme des retraites ; ou encore contre la prostitution. Le mouvement a même fait des émules. En France, quatre activistes ont ainsi récemment joué les soubrettes http://www.lematin.ch/actu/monde/femen-dsk-descends-si-tu-es-un-homme-2011-10-31devant le domicile de l'ancien directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn. En Italie, plusieurs d'entre elles ont manifesté contre le Silvio Berlusconi, aujourd'hui ex-président du Conseil italien.
La nudité a un impact visuel extrêmement puissant.
Francine Barthe-Deloisy
« Avec Femen, nous avons inventé une façon unique de nous exprimer, basée sur la créativité, le courage, l'humour, l'efficacité, sans hésiter à choquer. Les gens ne s'intéresseraient pas à notre message si nous n'étions pas habillées de cette façon », justifiait à France 24 Anna Hutsol, la fondatrice du mouvement, en 2009.
Attirer les médias
Plus qu'une simple métaphore, une façon de défendre la cause animale ou de défier la morale, la nudité est surtout employée pour attirer l'attention des médias. « La nudité a un impact visuel extrêmement puissant », remarque Francine Barthe-Deloisy. Contrairement aux manifestations syndicales ou politiques dont la réussite se mesure au nombre de participants, les protestataires nus n'ont pas besoin d'être nombreux pour s'assurer une visibilité certaine. Car malgré l'omniprésence de corps dévêtus dans la publicité, le nu continue à interpeller, voire à choquer. « Ce sont deux types de nudité qui n'ont rien à voir, explique Francine Barthe-Deloisy. Le nu des publicités est un nu construit, travaillé, codifié. Les corps sont jeunes, minces et bronzés. Les corps des protestataires, en revanche, peuvent être ceux de tout le monde. Il y a de tout, des minces, des gros, des jeunes, des vieux, des poilus, des imberbes ». « En s'affichant ainsi, il font sauter un verrou universel », poursuit-elle.
En 2003, le quotidien Libération écrivait : « Ainsi l'effeuillage est-il inversement proportionnel à la force et à l'ampleur du mouvement. Ce n'est donc pas demain que défileront des bataillons d'enseignants nus ». Huit ans plus tard, signe que les mouvements de masse traditionnels ne font plus recette, un collectif de quinze professeurs français décide de poser dans le plus simple appareil contre « le dépouillement de l'école ». http://www.ecole-depouillee.net/ Dans un manifeste publié sur internet, ils dénoncent « l'abandon de l'Etat de sa mission de service public d'éducation ». Depuis septembre 2011, leur pétition a déjà rassemblé plus de 36 000 signatures.
Si se dénuder est devenu l'ultime recours pour mobiliser, on peut alors se demander ce qu'il adviendra lorsqu'il aura fini par lasser.
Tiens, ça me rappelle un sujet que j'avais lancé en juillet 2010,
un autre fait d'hiver en chine http://blog.lefigaro.fr/chine/2011/12/extreme-nudite.html
Il n'y a pas que les soutiens de l'artiste Ai Weiwei qui se dénudent en signe de protestation. La Chine se met elle aussi à l'interpellation publique par la nudité. Et la dernière histoire ne prête pas à sourire. Elle a été rapportée par le Nanfang Nongcun Bao (journal de la région rurale du sud). Le 27 novembre, les passants du district de Dianbai, dans la province sudiste du Guangdong, ont eu la surprise de voir déambuler dans la rue un homme et une femme, nus, avec deux petits enfants, tout aussi dénudés.
D'après la police locale, il s'agit d'un couple de migrants et de sa progéniture. Ils se trouvent dans l'impossibilité de payer une dette de 1 500 yuans (170 euros environ) à l'hôpital, après qu'un de leurs enfants, malade, ait été hospitalisé. Alors, ils se sont mis symboliquement nus dans la rue, pour demander de l'aide. Le couple gagne sa vie en récupérant des déchets. Venus de la province du Henan, ils n'ont pas de proches dans le Guangdong et donc personne à qui emprunter le moindre argent. Les images et l'histoire ont fait le tour du Web chinois. Depuis, l'Hôpital serait d'accord pour réduire les frais.
Un "fait d'hiver" as-tu écrit, Gilles?
Il ne devait pas encore être très froid, l'hiver 😉
Dans le même ordre d'idée voici un article que l'on peut lire sur nouvelobs.com
Le corps nu, nouvelle arme de contestation
Le corps s'exhibe. Sur le Net, partout dans le monde, la tendance est au déshabillage. Rigolos et militants sonnent la fin du vêtement.
Arrière, tartufes ! Ces derniers temps, le sein se porte haut, fer et surtout... dévoilé. La tendance est au "nude" extrême. Le corps nu s'expose comme une oeuvre, s'affirme comme la manière la plus sincère d'être au monde, s'impose comme l'étendard ultime de la contestation. Il y a d'abord Lady Gaga, la papesse pop, qui s'affichera nue en janvier prochain dans "Vanity Fair", athlétique et la nuque renversée, offerte mais toute puissante devant l'objectif de la photographe des stars Annie Leibovitz.
Il y a ensuite l'Egyptienne Aliaa Elmahdy la nouvelle scandaleuse, qui pose déshabillée sur son blog, mi-provocante mi-naturelle, en femme à la sexualité assumée. Ou enfin l'artiste chinois Ai Weiwei qui, sur un cliché, se met en scène en tenue d'Adam, entouré de quatre demoiselles dévêtues. Mais pourquoi diable tombent-ils tous la chemise ? Que signifie se mettre ainsi à nu ?
Accrocher le regard
"Pour se faire entendre, il faut se faire voir. Or le nu, d'autant plus quand il n'est pas esthétisé, interpelle toujours", note la sociologue Francine Barthe-Deloisy (1). Lady Gaga, qui n'en est plus à une excentricité près, éprouve le stade ultime du costume : le rien, si ce n'est le soyeux de sa peau. Inutile de chercher autre chose dans la démarche de la chanteuse. En Occident, le nu est festif narquois, même plus si provoc. Pas de quoi fouetter un chat, juste accrocher le regard. Effet plus garanti qu'avec n'importe quelle robe fendue ! Couverture du premier Causette.
En 2008, le tout nouveau magazine "Causette", féminin féministe, optait pour une première une gentiment gonflée en détournant un cliché connu de Mai-68 : en lieu et place d'un Cohn-Bendit hilare devant un CRS, Lénie Cherino, jeune comédienne, y souriait, tous seins dehors. "On était plus dans l'espièglerie que dans la provocation hyper engagée, se souvient-elle. C'était un sein décomplexé, celui d'une femme d'aujourd'hui, joyeuse et à l'aise avec sa nudité." Dans un de ses éditos, le journal a même osé la devise : "Quand la parole est aux bas du front, je dégaine mes tétons" !
Entre séduction et repoussoir
Aliaa nue. Pas un mince défi dans des sociétés plus patriarcales. Quand Aliaa l'Egyptienne expose ses attributs sur le Net, elle fait preuve d'un vrai courage. Elle porte des bas à gros pois noirs et des ballerines rouges, a piqué une fleur écarlate dans ses cheveux. "Elle n'est pas nue mais déshabillée or, en art, c'est le déshabillé qui crée le scandale car il évoque la liberté sexuelle, note Thomas Schlesser, historien de l'art (2). Le scandale naît aussi quand le spectateur ne parvient pas bien à décrypter l'image. C'est le cas avec Aliaa : elle porte du rouge, la couleur stimulante par excellence ; en même temps, elle ne sourit pas et son regard est neutre. Elle oscille entre séduction et repoussoir. Olympia, la demi-mondaine de Manet, avait choqué pour la même raison." Aliaa s'est ainsi attiré les foudres des ultras égyptiens, et aussi bien des encouragements : bien que pudiquement dissimulées derrière une banderole, des dizaines d'Israéliennes ont posé dévêtues par solidarité et en faveur du droit des femmes à disposer d'elles-mêmes.
Déstabiliser l'adversaire
Un combat qui, depuis 2008, anime aussi les Femen, pasionarias ukrainiennes désormais célèbres pour leurs coups d'éclats topless. Seins nus, longs cheveux blonds couronnés de fleurs multicolores, ces activistes se sont fait connaître en France en manifestant cet automne devant le domicile parisien de DSK. Leur objectif ? Dénoncer la prostitution en jouant avec le cliché de la jolie femme de l'Est, chair à plaisir. Mais aussi se battre pour la liberté politique, encore fragile dans les pays de l'ex-bloc soviétique. "Ce phénomène consistant à se dénuder prend place dans des pays en transition après des périodes autoritaires. Il accompagne naturellement le mouvement vers la démocratie", analyse Marilyn Yalom, historienne (3). Artiste chinois
La photo de l'artiste Ai Weiwei, comiquement intitulée "Un tigre et huit seins", a été qualifiée de "pornographique" par le régime de Pékin. D'autres Chinois plus libéraux lui ont, eux, emboîté le pas en posant nus dans des mises en scène plus ou moins farfelues : en rang d'oignons dans une parodie de photo de classe, ou en cage. Opposer son sein à l'autoritarisme, c'est aussi se montrer vulnérable, fragile comme un enfant et, ainsi, déstabiliser l'adversaire. La Commune de Paris a commencé quand des femmes de Montmartre se sont dépoitraillées devant des gardes versaillais qui ont fraternisé avec elles.
Comme un abandon
"Se mettre nu, c'est montrer que l'on n'a pas d'arme, que l'on est innocent et inoffensif", poursuit Thomas Schlesser. Le capitalisme vous dépouille ? Faites-le vous-même ! C'est l'autre bonne raison de jeter ses frusques aux orties. En marge du mouvement Occupy Wall Street, des rigolos ont imaginé une variante du bon vieux strip poker, la version "à poil les pauvres" : moins chaudement couverts que les nantis, les plus démunis se retrouvent plus vite les fesses à l'air. Se mettre nu, c'est se débarrasser de ses oripeaux, ce qui n'est pas forcément pour déplaire à qui en fait l'expérience. Ainsi Valérie Abécassis, journaliste de mode à "Elle", a posé dénudée au milieu de 1 200 hommes, femmes et enfants, pour les besoins d'une performance du photographe Spencer Tunick, le spécialiste des photos de nu collectif aux quatre coins du monde. "C'était dans la mer Morte, quel grand kif !, raconte-t-elle. Plus de vêtements, plus de marques : on n'était plus dans les apparences, c'était tellement libérateur, comme un abandon." Une mise à nu, en somme. Le message écologiste n'est pas loin. Etre nu, c'est revenir à l'état de nature. Au plus simple appareil.
(c) Cécile Deffontaines et Elodie Lepage - Le Nouvel Observateur
Je crois que nous (la société et nous les nudiens) utilisons la nudité comme une masque, comme une carte de visite, un drapeau, un symbole.
Je parle de mon expérience: ma nudité me vaut comme nudité de l'esprit, de l'âme; c'est l'image de tout le ballast de pensées et de conventions que j'ai jetés aux orties. Pour toujour. C'est le symbole du virage que j'ai fait dans ma vie: la recherche de l'essentiel. Cette recherche m'a découvert le naturime et le naturisme m'a confirmé dans ma choix, m'a donné le courage, m'a rassuré que je n'était pas fou, révolutionnaire, extrémiste, velléitaire.
Je vis la nudité come une réification du symbole [rendre le symbole une chose réelle, concrète]: je ne serais autant vrai, authentique, si je ne me verrais à poil, seul ou avec des autres.
Et pourtant je suis plus conscient des masques qu'on doit se mettre. Est-ce que le naturistes en se mettant à nu, , n'"exhibent" pas leur choix de vie?
Dans mon cas, il s'agit d'un militantisme tout à fait personnel, ma bien efficace.
Bonne Année
Nudivago - Vitto
