Notre poison quotidien (diffusé le mardi 15 mars à 20h40 sur ARTE)
Je mets en ligne la bande annonce qu'ARTE a réalisée pour présenter mon documentaire "Notre poison quotidien".
Dans cette enquête de deux ans, je me suis attachée à comprendre comment fonctionne la réglementation des poisons chimiques qui contaminent nos aliments :
pesticides, additifs et emballages alimentaires. Je dis bien "poisons" et "contaminent", car si ces substances ne présentaient pas de "risques" pour la santé humaine,
nous n'aurions pas besoin de réglementer leur usage.
D'ailleurs, depuis que ces produits ont envahi la chaîne alimentaire il y a un demi siècle, les pays dits "développés" ont créé des agences, dont la mission est d'"évaluer
le risque" et d'émettre des recommandations aux "gestionnaires du risque" que sont les politiques et les autorités publiques.
Les agences de réglementation sont notamment chargées de fixer la Dose Journalière Acceptable #encore appelée "Dose Journalière Admissible", mais je préfère utiliser
le terme utilisé par son inventeur, René Truhaut#) - la DJA - qui désigne la dose de poison que nous sommes censés pouvoir ingérer quotidiennement sans tomber malades.
J'ai passé beaucoup de temps à tenter de reconstituer la genèse de la DJA, qui s'est avéré une "boîte noire", pour reprendre l'expression du philosophe et sociologique
Bruno Latour. Dans son passionnant ouvrage La science en action , celui-ci explique comment une découverte originale - comme la double hélice de l'ADN ou l'ordinateur
Eclipse M V/8000 - , qui est le fruit d'un long processus de recherche expérimentale et théorique, devient un « objet stable froid » ou un « fait établi » , dont plus
personne - y compris les scientifiques qui s'en servent comme d'un outil - n'est en mesure de comprendre les « rouages internes » ni de « défaire les liens innombrables »
qui ont présidé à sa création. De manière similaire, le principe de la dose journalière acceptable auquel les toxicologues et les gestionnaires du risque chimique font sans
cesse référence est devenu une « connaissance tacite profondément encapsulée » dans la « pratique silencieuse de la science » qui « aurait pu être connue depuis des siècles ou donnée par Dieu dans les Dix commandements » tant son histoire se perd dans la nuit des temps.
« Le problème, m'a expliqué Erik Millstone, professeur de "Science Policy" à l'Université de Brighton, c'est que la DJA est une boîte noire très différente de celles que Bruno Latour prend pour exemples. En effet, si la double hélice de l'ADN est une réalité scientifique établie sur laquelle se sont appuyés d'autres chercheurs pour faire progresser la connaissance, par exemple, sur le génome humain, il est toujours possible, pour qui en a la capacité et le temps, de reconstituer les multiples étapes qui ont conduit Jim Watson et Francis Crick à faire cette découverte. Mais pour la DJA, il n'y a rien de semblable, car elle est le résultat d'une décision arbitraire érigée en concept pseudo-scientifique pour couvrir les industriels et protéger les politiciens qui ont besoin de se cacher derrière des experts pour justifier leur action. La dose journalière acceptable est un artefact indispensable pour ceux qui ont décidé qu'on avait le droit d'utiliser des produits chimiques toxiques y compris dans le processus de la production agro-alimentaire."
À dire vrai, j'aurais bien aimé qu'il en fût autrement car cela m'aurait rassurée. Mais mon enquête prouve effectivement que la DJA est un outil arbitraire et approximatif
qui, dans bien des cas, est totalément inopérant, et donc incapable de nous protéger contre les "risques chimiques"...
Marie Monique ROBIN
Source : http://robin.blog.arte.tv/category/notre-poison-quotidien/
A quelques jours de l'ouverture du Salon de l'agriculture, la justice accepte que France Nature Environnement
placarde dans le métro parisien ses affiches contre les OGM, les pesticides et les algues vertes.
😀 Rappel:
Notre poison quotidien | Diffusion de ce reportage sur Arte Mardi 15 Mars à 20h40
Merci pour le rappel.
Ce que dis le premier post est très intéressant.
Je crois me souvenir d'une histoire de dose de radioactivité admissible, relevée arbitrairement par ce qu'il n'était pas possible de la respecter... mais je ne me souviens plus pour quel évènement.
Quand le politique peut décider de ce que doit dire la science, c'est forcément dramatique.
Y'a des moments, je préfère même pas savoir ce que je bouffe 🙁
Un conseil : ne regardez surtout pas ce reportage
et continuez à vous intoxiquer avec insouciance...
Assiette tous risques : http://programmes.france3.fr/pieces-a-conviction/
Mais qu'est ce qu'on peut faire concretement???
Ok, chez soi, on peut bouffer bio, cultiver ses légumes, etc...
Mais ça nous arrive toujours de manger en cafetaria, ou à la cantoche au boulot...
Et là, on fait quoi???
On jeûne??? (remarque, par moment, vaudrait mieux 😉 )
Au Japon aussi, en ce moment, ils calculent leur DJA de contamination radioactive !
C'est juste un peu plus long et plus sournois chez nous pour l'instant ... en passant par l'alimentation.
Le comble de la malbouffe étant Mac Donald, je pense (enfin, c'est en tout cas à eux qu'on pense le plus souvent), quelques petites images assez fortes je trouve...
Comme dit Stéphane "manger bio, cultiver ses légumes" ....... oui mais même cela m'est impossible. J'habite à 4 km d'un gros incinérateur et sous le vent. La controverse est vive entre les chiffres communiqués par l'entreprise et ceux fournis par les opposants et écologistes qui ont fait analyser des légumes et se sont même fait prélever du sang aux fins de recherches de dioxines et autres salo..... Aucune commune mesure entre les deux. Pour l'exploitant, l'usine est aux normes, pour les opposants elle est dangeureuse pour la santé et les recours pour la faire fermer sont nombreux (et n'aboutissent pas, le lobby est tellement puissant).
Dans ces conditions, je me demande si ça vaut le coup de cultiver mes propres légumes pour ingurgiter les mêmes polluants. Bon, on pourra toujours dire que ça fait passer le temps !!
