21 août 2026

Chronique d’une Naissance

Dès 1927, les Naturistes de Provence ont non seulement réalisé un des tout premiers centres naturistes français près d’Aix-en-Provence, mais ont très vite pratiqué le naturisme en liberté, profitant de sites naturels exceptionnels comme le massif des calanques ou les îles du Frioul.

Chronique d’une naissance

Les randonueurs qui parcourent de nos jours le massif de la Sainte-Victoire à Aix-en-Provence ne se doutent peut-être pas que c’est au flanc de la mythique montagne de Cézanne qu’a été créé le tout premier centre naturiste provençal il y a plus de 80 ans.

La toute nouvelle Association Naturiste Phocéenne conduite par Bruno Saurez, qui regroupe les naturistes de Marseille et de sa région, s’inscrit dans une dynamique de renouveau du naturisme local. Cette pratique, particulièrement ancienne comme nous le révèle l’exploitation d’archives, remonte en réalité aux premières années du XXe siècle.

Archives du naturisme en Provence et dans les Calanques

Après plusieurs initiatives isolées, le premier véritable regroupement naturiste provençal eut lieu dans le cadre des sections régionales des ligues « Vivre » créées sous l’impulsion de Marcel Kienné de Mongeot. La toute première mention des Naturistes de Provence se trouve en effet dans le n°23 du 15 janvier 1928 de la revue Vivre Intégralement, fondée deux ans plus tôt. Il s’agit du compte rendu de la réunion qui a eu lieu le dimanche 18 décembre 1927 à Aix-en-Provence au Val des Pins, le nouveau Centre régional de la Ligue Vivre, un des tout premiers à voir le jour en province, avec Lyon et Strasbourg.

Publication d'époque de la revue Vivre Intégralement

Comme le rapporte le journal, à cette première réunion étaient présents une trentaine de ligueurs, abonnés de Vivre et sympathisants, venus de Marseille et d’Aix :

« Après lecture du programme de la ligue Vivre tel qu’il a été publié dans la revue du 15 novembre, sous la signature du docteur Viard, Mme et M. Meunier ont très aimablement mis à la disposition des ligueurs et sympathisants leur propriété du Val des Pins, pour tâcher d’y fonder un Centre Régional, où l’on pourrait trouver les moyens matériels et moraux de s’instruire dans le naturisme et de le mettre en pratique : bibliothèque, installations pour l’héliothérapie, la culture physique, l’hydrothérapie, etc… et, à l’occasion, conférenciers de Paris. »

Un échange de vues eut alors lieu, à la suite duquel furent prises à l’unanimité les deux résolutions suivantes :

  1. Former immédiatement le noyau initiateur de ce centre régional. Ce noyau, composé de douze personnes entre ligueurs, abonnés et sympathisants, comprend cinq dames ou demoiselles, des professeurs de l’Université, des employés, dessinateurs, étudiants, etc.
  2. Adresser un questionnaire de suivi à toutes les personnes touchées par la première convocation pour valider les adhésions futures et fixer les prochaines réunions.

Le manifeste de la Ligue de Régénérescence

Le programme lu ce jour-là venait de paraître dans le n°21 du 15 novembre 1927 de la Revue Vivre Intégralement. Sous le titre « La Ligue de Régénérescence Physique et Mentale », le Docteur M. Viard y présentait la genèse du mouvement :

« Au mois de mars 1926, M. de Mongeot créait avec quelques collaborateurs la revue mensuelle illustrée Vivre (…). Les articles publiés rappellent à chaque instant les grandes lois qui président au développement intégral de l’être humain.

Nous ne nous contentons pas de dire à nos adeptes : il faut évoluer, il faut vivre selon les lois de la nature ! Nous enseignons comment on arrive à ces résultats. Convaincus que le progrès social dépend des efforts et de l’évolution de chaque individu, nous restons ainsi en dehors de toute doctrine politique, religieuse ou philosophique. »

Dès lors, les publications mensuelles de la revue relateront très régulièrement l’essor de la communauté provençale.

Coupures de presse historiques - Gymnastique et héliothérapie
Chroniques de la vie au Val des Pins

Chronologie des premières réunions (1928)

Janvier 1928 : Une quinzaine de participants se retrouvent. Après une partie de médecine-ball en pente, le groupe valide l’utilisation d’une serre désaffectée comme vestiaire pour les séances d’hélioculture (bains de soleil), et commence à planifier la transformation d’un bassin-réservoir en piscine.

Février 1928 : Un déjeuner végétarien réunit d’abord les membres, assis « à la turque » en plein air. S’ensuit une partie de médecine-ball en slip sur la terrasse ensoleillée. Les membres valident la création d’un solarium et décident de verser une cotisation de 5 francs par mois pour financer les travaux de clôture et de camouflage.

Avril 1928 : Malgré un temps maussade, un jeune éducateur physique présente la Méthode Naturelle de Georges Hébert. La journée se termine par l’inauguration officielle du bassin de natation.

Documents d'archives sur la méthode naturelle et les bains de soleil

Mai 1928 : Une vingtaine de ligueurs assistent à une causerie du Dr Buttner sur « les microbes et la vie », suivie d’exercices physiques et de plongeons dans le bassin.

L’ère du Docteur Fenouil et le naturisme en liberté (1929)

C’est au début de l’année 1929 qu’apparaît le Docteur Fenouil, un pharmacien marseillais dont le dynamisme va profondément modifier la pratique locale. Sous son impulsion, le mouvement sort de ses murs pour s’ouvrir au grand espace : c’est le début des excursions en pleine nature et l’émancipation progressive vers les îles du Frioul.

La transition s’opère au fil des mois d’été :

  • 16 juin 1929 : Première grande randonnée nue. Sous la conduite d’un guide, des naturistes marseillais explorent des vallons totalement déserts dans les environs de Marseille.
  • 23 juin 1929 : Retour temporaire au Val des Pins pour une session de 6 à 7 heures de nu intégral sous un soleil radieux, rythmée par des jeux de ballon.
  • Septembre 1929 : Le docteur Fenouil négocie des créneaux exclusifs pour les naturistes dans la future piscine publique en construction à Marseille (comprenant terrasse sablée et solarium ultra-violet).
  • 22 septembre 1929 : Une excursion d’envergure rassemble des locaux et des membres de sociétés naturistes étrangères. Le groupe quitte Marseille à 7 heures du matin pour rejoindre des criques sauvages.
Randonnée naturiste historique dans les Calanques de Marseille

Dans ces criques solitaires, loin des regards, les naturistes marseillais goûtent aux joies du nu intégral en pleine liberté pendant plus de huit heures d’affilée, posant les bases de ce qui deviendra la grande tradition du naturisme phocéen.

Groupe de pionniers du naturisme provençal
En 1929, à droite : le Docteur Fenouil.
Pionniers naturistes sur les rochers de Provence
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Évaluation de l'article

souleou83

nous somme un couple de 32 ans beatrice et 38 ans franck on a decouvert le naturisme aux antilles il y a 2 ans et depuis on reste accros

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11 Commentaires
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XavNancy
22 octobre 2011 11h28

:=! Bravo Bruno et à toutes celles et à tous ceux qui participe à cette dynamique association Phocéenne.

En outre, j’ai trouvé ces infos fort intéressantes, en particulier, au niveau de la volonté de prosélytisme vers l’extérieur affichée et clairement exprimé à l’époque. En effet, en comparaison avec beaucoup de réactions lues ici et là sur le forum Vivrenu, on serait plutôt dans une tendance inverse, à savoir : ne pas choquer, rester dans les centres et les clubs, etc. … sauf exceptions …

Bon continuation de rédaction 😉

Merci

Xav

BrunoSaurez
23 octobre 2011 11h55

Merci Xavier, mais ce n’est pas moi qu’il faut remercier pour ce magnifique article mais Gérard d’Hyères.

Celui grâce auquel, je récupère presque toutes les archives concernant l’ histoire du naturisme de la région Marseillaise.

Cet article me fait découvrir un passé que j’ignorais, formidable découverte ! :=! :=!

Amicalement,
Bruno

Christian13
23 octobre 2011 16h29

Bonjour tt le monde.

A la suite de ce groupe si sympathique de pionniers, une extension de la pratique naturiste a été impulsée par les conférences et publications du Docteur Joseph Poucel, médecin marseillais très aimé, l’un des « pères » du naturisme français.

Après le petit archipel du Frioul, le naturisme de l’agglomération marseillaise et villes voisines s’est centré dès 1929 sur les calanques. Il y était pratiqué partout par petits groupes, excepté à proximité des cabanons.

En ce sens, les sorties naturistes dans la calanque de Port-Pin ne sont nullement une intrusion chez les textiles, mais la réactivation d’une longue pratique antérieure.

La fréquentation naturiste dans les calanques avait subi une forte baisse à partir des années 70, principalement à cause de l’énorme pollution générée par le tout-à l’égout rejetant au coeur du littoral des calanques toute la merde non traitée de près d’un million d’habitants ( « l’anus de Marseille », disait le grand Alain Bombard).
A cela s’ajoutait la création excessive de parkings rapprochés attirant des cohortes de textiles faibles marcheurs (plus on est proche des parkings, plus importante est l’intolérance à l’égard des naturistes), et le développement d’une navigation de plaisance souvent de bas niveau sportif et comportemental.

Cependant le naturisme n’avait jamais complètement disparu, ceux qui n’avaient pas abandonné se rabattaient sur la petite calanque des Pierres Tombées, à peu près épargnée par la pollution les jours de brise d’Est.

Maintenant qu’existe une station d’épuration, incomplète mais cantonnant la pollution à une zone beaucoup plus restreinte, le naturisme peut reprendre sa place.

BrunoSaurez
23 octobre 2011 16h45

Xavier : « En effet, en comparaison avec beaucoup de réactions lues ici et là sur le forum Vivrenu, on serait plutôt dans une tendance inverse, à savoir : ne pas choquer, rester dans les centres et les clubs, etc. … sauf exceptions …  »

Exactement Xavier, la majorité des naturistes d’aujourd’hui sont trop frileux. Il y a de multiples exemples qui démontrent que les naturistes du début du XX° siècles étaient de fervents militants. En cela aussi c’étaient de véritables pionniers !

Mais c’était une autre époque et les paramètres aujourd’hui sont différents, les modes de vie aussi.
Ceci dit, pour moi, je pense qu’il est plus facile aujourd’hui d’être militants naturistes que dans les années 30…. 😉 Alors, pourquoi ne sommes nous pas plus nombreux ?

Amicalement,
Bruno

jfreeman
23 octobre 2011 20h28
Citation : BrunoSaurez Ceci dit, pour moi, je pense qu’il est plus facile aujourd’hui d’être militants naturistes que dans les années 30….
😉 Alors, pourquoi ne sommes nous pas plus nombreux ?
Amicalement,
Bruno

:# Ca reste une énigme ?

– L’argumentation professionnelle est souvent évoquée.
Et pourtant, personne n’a encore perdu son travail du simple fait de son militantisme naturiste.
– L’argumentation en relation avec législation est aussi évoquée.
Et pourtant, personne n’a encore été condamné dans le cadre de son militantisme naturiste (en groupe).

Ces milliers d’années de nudité honteuse ont visiblement laissées des traces tenaces dans les esprits.

XavNancy
25 octobre 2011 11h07
Citation : BrunoSaurez Ceci dit, pour moi, je pense qu’il est plus facile aujourd’hui d’être militants naturistes que dans les années 30….
😉 Alors, pourquoi ne sommes nous pas plus nombreux ?
Amicalement,
Bruno

Pour ma part, je pense que l’évolution de la société actuelle dans le sens d’un individualisme poussé est une des causes possibles : « je cherche mon bonheur à moi et si je l’ai trouvé, pourquoi chercher à en faire profiter les autres, je n’ai pas que ça à faire » …

On peut également le constater dans les difficultés du monde associatif en général pour trouver des bénévoles qui s’investissent.

D’un point de vue professionnel, il y a effectivement une réelle peur.
A ce sujet, je pense que la problématique n’est pas la protection de la vie privée sur Internet par exemple mais plutôt le jugement de telle ou telle activité n’ayant aucun lien avec les compétences professionnelles, par exemple. En clair, est-ce que sortir de la norme majoritaire vous empêche d’être compétent et reconnu dans votre boulot ? … la réponse est trop souvent oui même si vous êtes réellement compétent et reconnu comme tel …
Ah l’imaginaire collectif et le poids de la culture ! … :#

Pour ma part, comment garder pour moi le naturisme ?! … source inépuisable de bien-être et de reconnexion avec dame nature …

Bonne journée à toutes et à tous

Xav

JYL
JYL
26 octobre 2011 21h12

Merci d’avoir publié cet article très intéressant. Il me donne envie de traduire en mots et en actes mon bonheur de vivre nu. Il peut se révéler tout à fait exaltant de se conduire en pionnier : enthousiasme, passage à l’acte dans la bonne humeur et récit pour soi-même et les amis.
Encore merci pour ce transfert d’énergie positive !
Jyl

BrunoSaurez
28 octobre 2011 15h45

Pour continuer sur la lancée du passé naturiste de la région Marseillaise, l’association qui s’occupe de la restauration de l’hôpital Caroline a mis un texte sur le passé naturiste qu’a connu dans les années 30 l’archipel Marseillaise :

http://lazaret-caroline.fr/annees-30-une-escale-naturiste-sur-le-site-caroline/

L’association naturiste Phocéenne est citée dans ce texte.

L’ association des amis de Michel Robert Penchaud dépend en grande partie de la Mairie de Marseille.

amicalement,
Bruno

CH13
2 novembre 2011 10h06

L’autorisation du DR Fenouil pour permettre aux sympathisants de se joindre aux ligueurs lors d’une sortie m’a fait sourir..comme si l’accès à la libre culture, aux soins comme l’héliose s’obtenait par ordonnance

Autres temps, autres moeurs..

PhilE
4 novembre 2011 13h36

Christian, c’est quelque chose qui est bien montré dans la thèse d’Arnaud Baubérot, le besoin dans les années 30 de justifier le naturisme, par des considérations médicales le plus souvent.
Ensuite, les naturistes sont devenus plus hédonistes, « je suis nu parce que je trouve ça agréable », comme chantait Antoine « parce que ça me plait, oh yé ».

Il reste encore des traces de ce besoin de justification, comme de parler du contact avec la nature (en toute honnêteté, un maillot de bain ne change pas grand chose de ce côté là, on peut apprécier le calme d’une rivière en maillot, on peut accepter une plage qui ne soit pas surpeuplée tout en gardant un maillot), comme de parler de l’égalité sociale quand on est nu (« plus de classes sociales, tous égaux »), bien que ce soit archi-faux, un maillot de bain n’est pas tant que ça un « marqueur social », un sac de plage, une serviette, des lunettes de soleil, le sont en général beaucoup plus, et le ^pédégé porte à peu près le même maillot (mais pas les mêmes lunettes de soleil) que l’employé Lambda.

Il faut que les naturistes assument jusqu’au bout, on n’a pas de raison à donner, si ce n’est qu’on trouve ça agréable, et ça devrait suffire.
Même les arguments du genre « marques de maillot » révèlent une difficulté à assumer sa pratique naturiste sans avoir besoin de se justifier.

Jules2
27 mars 2012 18h27

😉 Quitte à être un peu provocateur, je dirais que le naturiste est un égoïste qui se met nu pour lui, parce qu’il aime ça. S’i est vu, il s’en fiche, du moment que c’est par des gens qui acceptent sa nudité; pour lui (ou pour elle), la nudité est normale et naturelle et il aime avoir son corps en totale liberté. Un maillot de bain, c’est peu de chose, mais baignez-vous avec ou sans, les sensations ne sont pas du tout le mêmes.

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