BBC Horizon : Peut-on désapprendre la honte de la nudité ?
REPORTAGE TV — Horizon, l’émission de vulgarisation scientifique la plus regardée au Royaume-Uni et diffusée sans interruption depuis 1964, n’hésite pas à s’aventurer hors des sentiers battus de la science stricte. En explorant les domaines de la médecine, de la sociologie, voire de la psychologie, ce programme de la BBC s’efforce de répondre à une question précise par un documentaire approfondi de 60 minutes.
En mars 2009, la chaîne BBC 2 a diffusé à une heure de grande écoute un épisode fascinant intitulé « What’s the problem with nudity? » (Quel est le problème avec la nudité ?). Son but : comprendre pourquoi l’être humain, seul mammifère terrestre naturellement « nu », éprouve une telle honte à l’idée d’exposer son corps.
Un héritage biologique ou une pruderie sociale ?
Le documentaire aborde des éléments purement scientifiques. L’anthropologue Nina Jablonski y explique notamment que la perte de notre pelage a donné à l’être humain un immense avantage évolutif : transpirer librement et réguler sa température, permettant ainsi le développement d’un cerveau plus volumineux sans risque de surchauffe.
Mais le cœur du programme pose une question sociologique forte : « Il fut un temps où nous étions tout à fait à l’aise à nous promener nus. Pourquoi avons-nous aujourd’hui tellement honte d’être vus sans vêtements ? Est-ce profondément ancré dans la nature humaine, ou est-ce une pruderie héritée du XIXe siècle ? »
L’expérience sociale : 8 cobayes face à leurs inhibitions
L’intérêt principal de l’émission réside dans l’expérience menée avec huit volontaires (hommes et femmes, âgés de 25 à 50 ans), dont aucun n’était naturiste au préalable. Guidés par des psychologues, ils se sont prêtés à une série d’exercices conçus pour tester leurs limites et désamorcer leur gêne.
Étape 1 : Le miroir sans tain
À leur arrivée, quatre volontaires sont invités, un par un, à se déshabiller seuls dans une pièce face à un miroir en pied. Après quelques minutes de nudité solitaire, l’équipe leur révèle que ce miroir était sans tain, et qu’un autre participant (qui allait devenir leur binôme) les observait.
Si certains réagissent peu, la gêne est physique et mesurable. Kath, l’une des participantes, avoue qu’elle aurait « voulu que le sol s’ouvre sous ses pieds. » L’expérience prouve médicalement l’existence de la honte de la nudité : observateurs comme observés affichent un rythme cardiaque accéléré, une rougeur faciale et une tension artérielle en hausse.


Étape 2 : La cartographie de la pudeur
Pour la seconde expérience, les rôles s’inversent. Les quatre premiers (rhabillés) doivent déshabiller de leurs propres mains les quatre « voyeurs ». On y lit des sourires forcés et une réticence évidente.
L’exercice va plus loin : ils doivent ensuite peindre le corps de leur binôme avec un code couleur bien précis :
- Vert : Les zones du corps qu’ils peignent sans aucune difficulté émotionnelle.
- Jaune : Les zones qu’ils trouvent difficiles à toucher.
- Rouge : Les parties intimes exigeant un effort psychologique intense.
Les corps deviennent alors une carte vivante des inhibitions sociétales. Un cobaye refuse de peindre les parties génitales de son modèle, un autre (une femme peignant une autre femme) dessine un véritable bikini jaune avec des touches de rouge. À l’inverse, Kath, qui avait paniqué derrière le miroir, semble avoir perdu ses verrous psychologiques et recouvre son partenaire de vert intégral.



Le dénouement : l’acceptation sociale de la nudité
Le dernier jour de l’expérience, les barrières sont tombées. Une petite réception est organisée dans les locaux. Tous les participants y assistent nus, bavardant naturellement avec un verre à la main, croquant des canapés au saumon comme s’ils portaient tous un costume de soirée. La nudité est devenue d’une absolue banalité.

Le défi final est surprenant : au moment de rentrer chez eux, l’équipe leur propose de rejoindre leurs taxis directement dans la rue, nus, face à un pub où des clients sont installés en terrasse. Six des huit volontaires relèvent le défi sans hésitation, sprintant joyeusement sur le trottoir londonien.

Visionner le documentaire BBC Horizon
Conclusion : la honte s’apprend (et peut donc se désapprendre)
Que retenir de cette expérience ? Les naturistes y verront l’évidence d’une réalité qu’ils pratiquent au quotidien : la pudeur est une construction relative, et vivre nu dans un climat de bienveillance est non seulement possible, mais extrêmement libérateur.
Phil, l’un des participants, résume d’ailleurs parfaitement ce changement de paradigme :
« Une chose qui me restera de cette expérience, c’est comme il est facile de se lier avec des inconnus dans ce qui devrait paraître comme un environnement totalement artificiel dans lequel, d’après nos normes sociales, nous ne devrions absolument pas être à l’aise. »
— Phil, participant de l’émission
Il est important de souligner le traitement médiatique courageux de la BBC : ce programme a été diffusé à 21h sur une grande chaîne britannique, en assumant une totale transparence (aucun floutage n’a été appliqué aux images). Finalement, l’émission confirme un des postulats du naturisme : tant que tout le monde est sur un pied d’égalité, le risque d’offense disparaît, et la liberté prend le dessus.
Pour aller plus loin
- Émission : BBC 2, Horizon, épisode « What’s the problem with nudity? » (mars 2009).
- Page de visionnage sur Vivrenu.com
- Rejoindre la discussion sur le forum

Je trouve ce reportage intéressant.
Il est certain qu’il y a une honte face à la nudité, a cause de l’éducation reçue qui a fondé en nous le sentiment honteux quant à etre nu devant les autres.
Par contre, quand tout le monde est nu, il faut voir dans ce reportage que le naturel revient au galop, meme si les personnes cobayes avaient l’air géné au début, maintenant qu’ils sont tous nus et qu’ils se « connaissent » la honte a disparue. De là à dire qu’ils tenteront l’experience du naturisme par la suite, il y a encore du chemin, mais au moins, on peut considérer qu’etre nu collectivement fait quasiment automatiquement tomber la honte et la gene a la vue d’un corps dénudé.
Et c’est une bonne chose que la nudité ne soit pas flouté, ça prouve une certaine ouverture d’esprit, et apres tout, on montre bien quotidiennement des meurtres et des scenes de violence dans les journaux et les films, et qui eux, n’ont rien de naturel…
Un commentaire sur le sujet et les images non floutées que la télévision française ne semble pas près de nous proposer. Pourtant hier soir sur la 2 quelques images d’époque illustrant l’esprit 68 montraient fugitivement des nudités naturelles.
Une question tout de même concernant les cobayes de l’émission britannique : que leur avait-on dit pour les recruter ? Ont-ils accepté par avance la possibilité d’apparaître nus ? Et dans ce cas la façon dont ils ont réagi n’est évidemment pas représentative du public moyen. Sinon, j’ai un peu de mal à croire que des téléspectateurs ordinaires, absolument pas avertis de ce à quoi ils s’exposent acceptent dès leur entrée dans les studios de se déshabiller entièrement, même dans une pièce où ils sont seuls, sans savoir pour quoi faire.
Si une telle émission peut amener le public à penser que la nudité n’est pas si difficile à accepter, c’est tant mieux, mais ça sent le bidonnage à plein nez. Avez-vous remarqué qu’on ne voit pas ou presque pas de traces de maillots ?
J’ai eu la même réaction que papygb en voyant ce reportage.
Comment ont été recrutées ces personnes. Je doute vraiment qu’elles avaient une réelle appréhension face à la nudité. Elles devaient savoir la teneur du reportage, la diffusion prévue à une heure de grande écoute. Il me semble difficile d’accepter (alors qu’on vient de se déshabiller pour la première fois devant une camera et d’apprendre qu’on été observé derrière une glace sans tain) de remonter dans la salle où se trouve le reste du groupe habillé. Et les 4 premiers restent nus au milieu des autres lors des tests sur les choix de photos ! Les 4 autres acceptent de se laisser déshabiller entièrement par un inconnu puis peindre tout le corps avec la caméra qui film en gros plan ! Enfin 8 sur 10 acceptent de sortir nus pendre le taxi dans les rue de Londres. Après 20 ans de naturisme, je ne le ferais pas.
Le reportage est intéressant mais semble aussi en partie bidonné.
André
Salut,
J’ai lu attentivement le recit ecrit car la video meme si je l’ai regarde, je parle pas anglais.
Meme si les cobayes ont ete recrute en ayant une certaine idee de ce qu’il pourrait leur arriver. Ils etaient deja volontaires pour une experience, et la en general il y a pas foulle.
Apres etre nu en societe est diferente, selon les origines des gens, une suedoise sera moins gene qu’une portugaise. Mais je trouve se reportage interesant quand meme. Mais la nudite non sexuelle doit etre dedramatise, pour moi cela eviterai beaucoups de complexes et les gens s’accepterai certainement plus facilement.
En fait, l’émission ne militait pas pour dédramatiser la nudité : pas la moindre allusion au naturisme dans le programme. Il s’agissait simplement de répondre à la question posée par le titre du programme : « Peut-on désapprendre la honte de la nudité ? », c’est à dire vérifier que la pudeur n’est pas un fait naturel, inné (et donc impossible ou très difficile à faire disparaître) mais culturel, appris (et donc qu’il est possible de la faire disparaître si les circonstances s’y prêtent).
L’émission parvient fermement à la conclusion que la pudeur est d’origine culturelle, et donc qu’on peut la faire disparaître dans certains cas avec un peu de pratique.
Même s’il est tout à fait possible que les expériences soient, au moins en partie, « bidonnées », la conclusion à laquelle parvient l’émission est, en soi, que les auteurs du programme le veuillent ou non, une explication et une justification du naturisme.
À propos du choix des cobayes : il faut quand même remarquer que deux d’entre eux n’ont pas accepté de rejoindre leur taxi nus – et faire remarquer, en même temps, comme l’écrit Balou, que courir s’engouffrer nu dans son taxi n’est pas en soi naturiste, et que bien des naturistes refuseraient de le faire.
Remarquer aussi qu’on ne suit pas vraiment la totalité des 8 cobayes tout le temps, en particulier dans les interviews ; certains ont de toute évidence préféré rester plus discrets que d’autres, ce qui pourrait montrer que certains ont mal supporté les expériences.
Effectivement, accepter aussi facilement cette expérience montre soit une vraie ouverture d’esprit, soit une façon de « manipuler » les cobayes assez bien réalisée. En tous les cas, c’est amusant et pédagogique comme démarche
Bonsoir,
Ayant regardé l’emission attentivement (merci Gilles) et comprenant très bien l’anglais, le reportage n’est pas bidoné. Ils expliquent très clairement qu’ils ont recruté des volontaires qui savaient que l’expérience comprenait de la nudité et qu’ils acceptaient d’être filmé nus. Quand on est volontaire pour une étude scientifique, il faut toujours répondre à un questionnaire et accepter les conditions au préalable.
L’expérience avait pour but de savoir si la pudeur était innée ou acquise. Ils ont prouvé scientifiquement que c’était acquis.
Ce que nous savions déjà 😉
A bientôt, pour de nouvelles expériences !
Jerome (Bruxelles)
Ils expliquent très clairement qu’ils ont recruté des volontaires qui savaient que l’expérience comprenait de la nudité et qu’ils acceptaient d’être filmé nus. Ce que nous savions déjà 😉
Jerome (Bruxelles)
Ces volontaires n’avaient donc pas grand chose à « désapprendre » en fait de pudeur et « l’expérience » ne prouve donc rien.
Mais évidemment nous savons tous que la pudeur liée aux organes sexuels est culturelle et peut se désapprendre … tant qu’elle est restée dans des limites raisonnables. Quand elle est allée jusqu’à une véritable phobie de la nudité le désapprentissage relève du traitement psychiatrique.
Comment vous faites pour avoir la vidéo, car lorsque je clique sur « voir la vidéo », je tombe sur une page bizarre où je n’ai pas trouvé le lien recherché !!!
Le lien est tout en bas
Oui, je l’ai bien vu, mais c’est quand je clique dessus, je tombe sur une page bizarre avec plein de liens dont un tombe sur le site « Tousnus », mais je n’ai pas réussi à voir la vidéo en question !!!
Phil, une fois que tu es sur la page qui comporte un lien vers TousNus, il faut vraiment aller tout en bas de la page, comme l’écrit Gilles : faire défiler la page vers le bas jusqu’à ce qu’on arrive à sa limite inférieure. C’est là, et seulement là, que se découvre un iien indiqué « Voir ou télécharger la video », et c’est celui-ci qui envoie sur la page Free où est hébergée la vidéo, page sur laquelle il faut de nouveau cliquer un lien pour télécharger le document.
Merci, j’ai réussi à la télécharger, mais je n’ai qu’une partie : la fin de la vidéo étant un bout de safari !
Phil, je ne vois vraiment pas comment la video aurait pu se mélanger à une autre…
Regarde bien la video jusqu’au bout (en accéléré, par exemple) : une bonne partie de l’émission était commentée depuis la brousse africaine et portait sur l’évolution de l’homme et de sa pilosité ; c’est sans doute ce que tu as pris pour un safari ? Plus loin, l’émission revient au studio et aux cobayes.
jacques69
En fait, c’est le téléchargement qui avait planté, donc je n’avais pas la totalité.
Je l’ai retéléchargé et je l’ai bien eu en entier.
Je ne suis pas sûr qu’on aurait eu les mêmes réactions avec un autre groupe, donc je n’accorde pas un caractère scientfique à ce reportage, car une expérience ne peut se prétendre scientifique que si elle est reproductible en donnant les mêmes résultats.
Ceci dit, je suis persuadé sans expérience qu’on peut désapprendre la honte liée à la nudité, qui est sans doute un héritage du dix-neuvième siècle !
Cette émission est passée mercredi à 23 h sur la chaine allemande Vox….avec en médaillon BBC..Je n’ai pas tout compris car c’était en allemand. 🙂