Pour ce journal britannique, la France s’impose comme un haut lieu du naturisme. Mais, après un récent fait divers dramatique, il apparaît que la cohabitation entre ses adeptes et les voyeurs, ou encore les libertins, n’est pas si facile. Au point que les rapports avec les autorités locales se tendent.
Le fort de Seclin, qui fait partie de la place forte de Lille et remonte à la fin du XIXe siècle, est populaire depuis longtemps auprès des passionnés d’histoire française. Cet été, le site a toutefois eu la visite d’un groupe hors du commun : des personnes nues qui venaient en pèlerinage. Car c’est ici, dans les années 1930, à l’époque où cette fortification était une caserne militaire, que le père du naturisme français, Albert Lecocq, a rencontré sa future épouse, Christiane. Tous deux participaient à une séance de gymnastique dénudée, qui avait été autorisée par le commandant des lieux, contre toute attente. Par la suite, le couple a créé, en 1950, le premier centre de vacances naturiste au monde, le Centre Hélio-Marin, à Vendays-Montalivet, près de Bordeaux.
Plus de soixante-dix ans plus tard, le mouvement qu’ils ont créé est en plein boom en France, en particulier chez les jeunes. Les nouveaux adeptes sont notamment des écologistes et des personnes qui, après les confinements liés au Covid-19, désirent un retour à la nature. Mais de nos jours, les naturistes ne se contentent pas de bronzer sur les plages ensoleillées : ils jouent nus au golf ou à la pétanque, et se dévêtent pour aller au bowling ou visiter des musées, des sites patrimoniaux, des restaurants et des discothèques.
“Tout ce qu’on peut faire habillé, on pourrait le faire nu”, résume Viviane Tiar, 58 ans et présidente de la Fédération française de naturisme, qui croule sous les propositions de journées spéciales suggérées par des organismes culturels et sportifs. “Ils se rendent compte qu’on aime jouer au golf, alors ils nous ont proposé ça. Il y a aussi des visites de musées et nous avons même été contactés par un zoo”, ajoute-t-elle. Le zoo d’Upie, dans la Drôme, ouvre aux naturistes le mardi soir pendant une partie de l’été.
“Terrorisme naturiste”
Si la Fédération compte seulement 15 000 adhérents, la France est devenue la destination de choix pour celles et ceux qui souhaitent vivre “au naturel”*. Selon une enquête de 2015, près de 2,6 millions de Français se rendent régulièrement dans des centres naturistes, un chiffre auquel il faut ajouter des touristes venus d’Allemagne et de Scandinavie. Et au printemps 2022, une campagne publicitaire dans le métro parisien a prôné la “liberté, égalité, nudité”*.
Fin juillet, cette communauté a toutefois fait les gros titres en France pour une tout autre raison, après qu’un homme de 46 ans a été tué par balles lors d’une altercation avec un naturiste de 75 ans, sur une plage du Grand Parc de Miribel-Jonage, près de Lyon. Selon la presse locale, la victime se masturbait devant une femme sur la plage quand un habitué du site s’est interposé pour lui ordonner de s’interrompre. La situation a dégénéré. [L’auteur des coups de feu] a été arrêté et affirme que les tirs étaient accidentels.
Les personnes qui fréquentent la plage de Miribel-Jonage se plaignent souvent des incursions des “textiles”* – nom donné à ceux qui portent un maillot de bain – venus mater leur nudité. “Presque quotidiennement des gens s’approchent des femmes et commencent à se toucher, mais on les repère rapidement, explique un homme appelé Patrice à un journal local. Dans ces cas-là, tout le monde leur crie ‘Dégage !’ et ils partent tout honteux.”
Il y a aussi des tensions ailleurs, notamment au cap d’Agde, un paradis naturiste du Languedoc depuis les années 1960. Là-bas, les naturistes s’opposent de longue date aux “libertins”*, qu’ils accusent d’utiliser la nudité comme prétexte pour avoir des rapports sexuels en public. En 2009, plusieurs clubs échangistes de ce village ont été incendiés, ce que la police avait qualifié de “terrorisme naturiste”.
Les liens des naturistes avec les pouvoirs publics ne sont pas toujours paisibles non plus. Les organisateurs du “Tour de France tout nu”, une version non officielle de la course cycliste, ont été interdits de passage dans certains centres-villes par les préfets. Et il y a chaque année des affaires de promeneurs nus qui sont arrêtés pour outrage à la pudeur. Dans une lettre ouverte aux candidats à la présidentielle de 2022, la fédération de Viviane Tiar a plaidé pour davantage de soutien aux naturistes et demandé des évolutions législatives afin de mettre un terme aux poursuites judiciaires.
Elle fait valoir que le problème vient d’un malentendu fondamental. “Nous devons continuer à répéter que le naturisme est une philosophie qui a pour but de vivre proche de la nature, qui repose sur l’écologie et l’environnement. Ça n’a rien à voir avec la débauche ou le sexe.”
*En français dans le texte.
Ajout de gilles : la source https://www.courrierinternational.com/article/tendances-la-france-paradis-perdu-des-nudistes
On ne s'excitera pas sur le "outrage à la pudeur" qui est possiblement dû à la traduction (?)
Chouette article.
Où comment monter en épingle quelques faits divers pour en faire un article aguicheur.
La France n'a vraiment rien d'un "paradis perdu des nudistes".
Bien au contraire, le naturisme français n'a jamais été aussi communiquant, dynamique et revendicatif.
Parler de "terrorisme naturiste"... Faut peut-être pas pousser le nudien dans les orties !
Là-bas, les naturistes s’opposent de longue date aux “libertins”*,
ça fait longtemps que les "naturistes" qui persistent à aller au Cap d'Agde ont baissé les bras et s'accomodent des libertins.
En 2009, plusieurs clubs échangistes de ce village ont été incendiés, ce que la police avait qualifié de “terrorisme naturiste”.
Les naturistes n'y sont pour rien car c'est oublier, un peu vite, que des gangs mafieux rivaux blanchissent des capitaux, en investissant dans ce type de clubs au Cap d'Agde.
