17 juillet 2026

Corse Matin

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PhilE
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"J'étais pétrifiée, liquéfiée" : leur premier pas vers la liberté du naturisme en Corse

Publié le 05/07/26 à 08:20

Ils n'étaient pas naturistes… Jusqu'à ce qu'ils le deviennent. Tous les pratiquants ont deux choses en commun : ils conseillent à tout le monde d'essayer, et pour rien au monde ils ne reviendraient en arrière.

Emmanuelle Hebmann avait 42 ans quand elle est arrivée à Riva Bella. Ancienne praticienne de shiatsu, elle cherchait alors un emploi et la thalassothérapie venait d'ouvrir ses portes : "Je me suis présentée, se souvient-elle, et Marie-Noëlle Pasqual m'a expliqué que certains clients demandaient à être massés nus. J'ai demandé ''mais qui est nu ?'' car pour moi, c'était inenvisageable !" Il ne lui faudra finalement que quelques jours "pour découvrir le bonheur de se baigner" dans le plus simple appareil.

Comme elle, Robin, Jo ou Sylvie étaient autrefois des "textiles", sans lien avec le monde du naturisme, sans envie particulière de s'en approcher, voire avec un léger a priori négatif.

"J'étais pétrifiée, liquéfiée. Mais en réalité, ça ne dure qu'une seconde"

Robin Nichele, 30 ans et ingénieur dans le bâtiment en avait même "un peu peur". La première fois qu'il met les pieds à Riva Bella, en 2020, c'est parce qu'il a rencontré quelqu'un qui y travaille pour la saison.

Et ce dont il se souvient d'abord, c'est la solitude des lieux : "L'endroit est reculé, il n'y a pas de réseau téléphonique, la nature est partout. La première fois que je suis arrivé devant la barrière à l'entrée, il y avait plein de personnes nues et je me suis un peu demandé où j'étais tombé… Mais la gêne ne dure pas. Je me rappelle même qu'au bout d'un moment, je me sentais gêné parce que j'étais le seul habillé. Je me sentais comme un intrus."

Puis vient le moment où, pour la première fois, il faut tomber la chemise. Et le reste. Pour tous, c'est un cap à franchir : "On a peur du regard des autres, peur d'être dévisagé, jugé…, liste Emmanuelle, car ce n'est pas naturel. Personnellement j'étais pétrifiée, liquéfiée. Mais en réalité, ça ne dure qu'une seconde. Ça a l'air insurmontable, alors que ça se surmonte très vite. Et après, c'est une grande liberté."

"Je vois mon corps différemment, et plus comme un objectif à atteindre"

Certains mettent plus de temps que d'autres - invité sur l'île du Levant par un ami, Jo, 70 ans, mettra trois jours - mais une fois le pas franchi, aucun ne parle de revenir en arrière : "Il y a un avant et un après, décrypte Robin, et finalement, tu te rends compte qu'il ne se passe rien de spécial. Ce ne sont que des familles avec leurs enfants, des couples ou des amis qui profitent de leurs vacances." Exposé à la vue de tous, le corps en est du même coup désacralisé et désexualisé. "Et très vite, on oublie que les gens sont nus."

Pour le jeune homme, le naturisme a aussi des vertus psychologiques : "Les gens se montrent et s'acceptent tels qu'ils sont. J'ai été marqué par une dame qui avait visiblement eu un cancer du sein. Pour moi, c'était une leçon." Longtemps complexé, Robin a désormais "laissé tout ça de côté" : "Je vois mon corps différemment, et plus comme un objectif à atteindre. Quand j'enlève le poids de mes vêtements, j'enlève aussi le poids du regard des autres."

Une pratique qui demeure générationnelle

Être nus en société c'est aussi, de l'avis de Jo et Sylvie, être égaux "car la nudité fait disparaître les classes sociales". Dans leur plus simple appareil, les hommes et les femmes ne sont plus que cela : des hommes et des femmes.

Reste que la pratique demeure générationnelle : "Je pense que la jeunesse n'est pas prête à cela, conjecture Jo. Les jeunes sont pudiques, alors que les seniors franchissent le pas plus facilement."

Et quand ce pas est franchi, c'est pour de bon : "Nous revenons à Riva Bella tous les ans, appuie Sylvie. Aujourd'hui, je me force à aller sur les plages textiles, quand nous sommes invités par des amis notamment, mais j'ai beaucoup de mal à garder un maillot de bain."

"C'est un milieu très respectueux, ajoute Emmanuelle, où les gens sont discrets et courtois. Vous n'entendrez jamais de radio qui braille ou de gens qui s'engueulent."

"Je ne suis pas un ayatollah du naturisme, conclut Robin, mais sincèrement, je ne trouve rien de négatif à en dire."

Et les Corses dans tout ça ?

Il va de soi que, depuis le tract de Jean-Dominique Guelfi en 1958-59, le regard de la société insulaire sur le naturisme a évolué. Les Corses en sont-ils des adeptes pour autant ? "Il y en a, s'exclament Jo et Sylvie, mais ils ne le disent pas !" Eux ont 70 et 65 ans, sont Bastiais et pratiquants depuis plus de vingt ans. "On en connaît plusieurs, poursuit Jo, et il nous arrive même de nous retrouver à Riva Bella, le dimanche, quand il fait beau." Sylvie nuance : dans son entourage, professionnel notamment, le sujet suscite encore étonnement et curiosité. La sexagénaire n'en demeure pas moins catégorique : "Il faut essayer."

À Riva Bella, justement, la clientèle insulaire naturiste ne cesse d'augmenter : "Au départ, retrace Marie-Claire Gaddoni, nos clients étaient presque exclusivement des étrangers.Il y avait quelques Corses, mais ils se comptaient sur les doigts d'une main. À l’heure actuelle, la clientèle locale représente 15 % du total, et ce chiffre est en constante augmentation."


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De la "nouvelle Sodome" aux bungalows de luxe : l'incroyable saga du naturisme en Corse

Par Morgane Quilichini mquilichini@corsematin.com

Publié le 04/07/26 à 07:45

L'histoire du naturisme en Corse commence dans les années 1950. Aujourd'hui, plusieurs établissements sont consacrés à cette pratique.

L'histoire du naturisme en Corse commence dans les années 1950. Aujourd'hui, plusieurs établissements sont consacrés à cette pratique.

Morgane Quilichini

La Corse a vu arriver ses premiers naturistes, entre la fin des années 1950 et le début de la décennie suivante. D'abord totalement rejeté par la population, ce tourisme différent s'est peu à peu intégré dans le paysage insulaire. Aujourd'hui, plusieurs établissements lui sont consacrés et des milliers d'adeptes s'y retrouvent chaque année.

En 1958-1959, c'est à travers un tract sobrement intitulé "Le scandale mis à nu par les nudistes eux-mêmes" qu'un certain Jean-Dominique Guelfi partage avec le public sa découverte. Celle d'un numéro du magazine "gynéco-naturiste", La Vie au Soleil, dans lequel se trouve "un plan d'avenir" comportant la création "de quatre nouvelles plages nudistes" ainsi que "le projet d'édification d'une véritable cité où tous les nudistes du monde viendront vivre et faire construire une maison".

Avec force majuscules et points d'exclamation, Jean-Dominique Guelfi interpelle ses lecteurs : "Comment ne pas comprendre que le jour où, par malheur, la nouvelle Sodome serait édifiée, la belle Corse, avec tout ce qui fait son originalité, serait morte à jamais ?"

La grandiloquence du texte peut aujourd'hui prêter à sourire, mais elle témoigne d'une ambiance et surtout, de l'accueil que la société corse a réservé aux premiers naturistes qui se sont aventurés sur nos plages à partir des années 1950.

Le projet autour de Cavallo, "centre mondial du naturisme"

Depuis Paris où il enseigne en tant que professeur en Staps à l'Université Paris-Cité, Bernard Andrieu travaille sur le sujet du naturisme et sur son histoire. Et il le reconnaît bien volontiers, la toute première vague "était un projet ''colonial'' de gens qui venaient de Paris, de Marseille et des rapatriés d'Algérie, où l'on trouvait des plages naturistes".

"La première fois que l'on parle de la Corse dans La Vie au Soleil, c'est en 1953 à propos des Agriates que l'on compare à l'île du Levant. Les conditions matérielles dans lesquelles l'on pratique le naturisme sont alors très dégradées, et l'on n'a pas l'eau courante."

À la fin de cette décennie et au commencement de la suivante, l'un des "hot spot" du naturisme en Corse se nomme Cavallo. Et si l'habitat y demeure "extrêmement rustique", des projets un peu fous y sont pourtant portés, comme celui d'y dessaler l'eau de mer et d'y créer "un centre mondial du naturisme". Le tout sera un échec et Cavallo fermera ses portes en 1960, pour se tourner vers une autre destinée.

Mais la vague continue de déferler sur l'île et elle se heurte à une autre "protestataire, tant sur le plan culturel que politique" et à la question sensible de l'achat de terrains pour y aménager des villages vacances.

La nudité rejetée par une société insulaire qui crie à "l'incitation luxurieuse"

"À cette époque, rappelle Bernard Andrieu, les naturistes sont attaqués à coups de peinture." Au sein de notre société insulaire profondément religieuse, la nudité en public n'est pas acceptable. Jean-Dominique Guelfi le crie dans son tract : "Nous le savons bien, les nudistes se moquent de tout. Que leur importent les lois ou règlements ! Ils les bafouent comme ils déshabillent les femmes ! À ce propos, leur publication elle-même (La Vie au Soleil, ndlr) étale l'aveu outrageant de cette férocité. On y trouve sur la couverture, reproduites en couleurs, à côté du nom de la Corse (quelle honte !) les photos de femmes complètement nues (nu intégral) qui ne sont ni plus ni moins qu'une incitation luxurieuse."

Il faudra attendre les années 1960-1965 pour que le vent tourne, que les mentalités évoluent et qu'un virage s'opère. C'est à cette époque que certains campings dits "textiles" deviennent naturistes.

Riva Bella, sur la commune de Linguizzetta, en est l'un des plus anciens, fondé par Noël et Arlette Pasqual à la toute fin des années 1950 : "Au départ, raconte leur fille Marie-Claire Gaddoni, nous avions une clientèle locale mais qui était sujette aux aléas, notamment climatiques. Alors en 1965, nous sommes passés naturistes. Le site, isolé et loin de la route, s'y prêtait et des naturistes venaient déjà camper dans les dunes. Pour nous, c'était une clientèle plus sûre et régulière. Au début, le naturisme n'était pas accepté par la société, mais les Corses sont des gens intelligents, et ils ont fini par se rendre compte que cette population était agréable et discrète."

Des cabanes spartiates aux bungalows de luxe

À cette époque également, "les Allemands viennent massivement, reprend Bernard Andrieu. Des circuits en bus partent exprès de Munich.

Et les responsables économiques et politiques en Corse commencent à voir le marché, et la question de l'aménagement est posée".

 

Le naturisme à ses débuts, portant bien son nom, se pratique au contact étroit de la nature.

Le naturisme à ses débuts, portant bien son nom, se pratique au contact étroit de la nature. Document Riva Bella
 
Ce potentiel économique, d'autres que les Pasqual le flaireront, notamment sur la Plaine orientale où se trouvent aujourd'hui la majorité des établissements dédiés : Villata, Bagheera, Corsicana, etc. Dans le sud, c'est La Chiappa. Le marché se structure au sein de la Fédération française du naturisme (FFN). Et petit à petit, la pratique monte en gamme.
 
De cabanes spartiates plantées dans le sable, on passe à des logements confortables, puis de luxe. Les installations se modernisent, de multiples services sont proposés (thalasso, animations, activités physiques, restauration…). Et la clientèle évolue : "Aujourd'hui, analyse Marie-Claire Gaddoni, la clientèle naturiste est surtout composée de gens issus des professions libérales et médicales, avec un certain niveau social et un pouvoir d'achat assez élevé, qui recherchent un tourisme plus lent et une certaine douceur de vivre."
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(@thometmyri)
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voici un article qui fait plaisir à lire. En effet essayer c est l adopter ! A quand votre tour?

 


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