Bravo pour cette exposition de statuts, qui représentaient des corps humains nus, mais qui en réalité ils ne l'étaient pas et surtout, bravo à tous les artistes qui ont faits ces sculptures, car sans eux l'exposition n'aurait pas eu lieu.
On ne sait plus qui est la sculpture et qui est le vivant : on a testé les visites nues au musée Maillol

Ce jeudi 10 novembre, à 18h, les derniers visiteurs de la journée ne vont pas tarder à quitter le musée Maillol. Au sous-sol, une dizaine de bénévoles de l’ANP (Association des naturistes de Paris) et de la FFN (Fédération française de naturisme), terrés dans une salle de conférence, s’apprête à accueillir, dans le plus simple appareil, des visiteurs invités également à tomber le maillot pour parcourir l’exposition « Hyperréalisme. Ceci n’est pas un corps ». Créée à Liège en 2019, passée ensuite par Bruxelles et Lyon, où les visites naturistes avaient déjà eu un franc succès, l’exposition est présentée à Paris jusqu’au 5 mars 2023.
Plus de 700 personnes se sont inscrites pour ces visites naturistes en nocturne jeudi 10, vendredi 11 et jeudi 17 novembre, à raison de trois créneaux par soirée. Tout est complet. « Ce qui est remarquable, c’est que, contrairement aux précédentes visites au Palais de Tokyo en 2018 et à la Cinémathèque en 2020 qui étaient gratuites, là, toutes ces personnes ont acheté leur billet », déclare Laurent Luft, président de l’ANP.

Pour la visite en avant-première ouverte à la presse, une quarantaine de curieux a répondu à l’appel. Encore habillés, tous attendent, confortablement installés, sur les banquettes du café du musée. À 18h10, les bénévoles en tenue d’Ève et d’Adam font irruption dans la pièce et tendent des sacs plastiques numérotés. Il est temps de se dénuder. Quelques journalistes se prêtent au jeu, y compris votre dévoué rédacteur.
Si certains sont encore un peu timides, Michel, 66 ans, retraité et naturiste depuis 1980, lui n’a aucun mal à se dévêtir. Il est même impatient de commencer la visite : « J’attends d’être surpris et de voir si, quelque part, nous allons faire partie des œuvres ». L’exposition donne à voir plus de quarante sculptures d’artistes internationaux qui représentent des hommes et des femmes avec un réalisme bluffant.
18h30. La visite commence. Les vrais corps et les faux corps tendent à se confondre. Avec la statue Caroline de Daniel Firman, l’illusion est parfaite. Appuyée contre un mur et le visage enfoui dans un sweat-shirt, la jeune femme semble plus vraie que nature. La confusion se dissipe. Il s’agit bien d’une sculpture, puisque celle-ci est habillée ! Ici et là, des participants prennent alors les mêmes poses que les œuvres. « L’espace d’un instant, on ne sait plus qui est la sculpture et qui est le vivant », s’amuse Eric Stefanut, responsable communication et réseaux sociaux de la FFN. Autour de nous, l’atmosphère s’est détendue. « Plus de la moitié des visiteurs, ce soir, ne sont pas naturistes. Ils effectuent leur première expérience de nudité sociale. C’est un défi personnel, mais ils se rendent très vite compte que c’est moins dur que ce qu’ils pensaient ».

« Elle a des rides, des cheveux blancs, la peau des bras qui tombe… Elle représente tout ce qui est beau dans le naturisme. »
Au deuxième niveau, là où l’exposition « Hyperréalisme » s’intègre dans l’exposition permanente consacrée à Aristide Maillol, deux jeunes femmes admirent Le Torse de l’Action enchaînée du sculpteur. Nathalie, 30 ans, qui travaille dans une agence de communication et sa sœur Sophie, 27 ans, avocate, ne sont pas des naturistes chevronnées. « Nous sommes allées aux créneaux horaires naturistes de la piscine Roger Le Gall quelques fois, mais c’est tout », explique Sophie. « Tous les gens à qui j’en ai parlé m’ont dit qu’ils ne pourraient jamais faire ça, continue Nathalie. C’est ça qui me donne d’autant plus envie de franchir le pas ». Sophie constate : « Finalement, on a l’impression d’oublier son corps et sa nudité. On ne voit que les corps autour de nous ». Dans la même salle, Julien Claudé-Pénégry, porte-parole de l’ANP, précise : « Se lancer dans ce type d’expérience, c’est se mettre en condition pour se confronter à l’autre. Il y a les premiers instants qui peuvent être délicats, puis la nudité disparaît et chacun fait corps avec la variété des corps ».

technique mixte • © Sam Jinks / Courtesy galerie Sullivan+Strumpf, Sydney / Institute for Cultural Exchange, Tübingen © ADAGP Paris 2022 pour les œuvres de ses membres
Vers la fin de l’exposition, on retrouve Laurent Luft près de l’œuvre de Sam Jinks, Woman and Child, une femme âgée aux yeux clos, habillée de blanc. « Elle a des rides, des cheveux blancs, la peau des bras qui tombe… Elle représente tout ce qui est beau dans le naturisme », nous dit-il, ému. « On ne peut qu’être sensible à la représentation du corps et de ses changements à travers le temps », ajoute Julien Claudé-Pénégry. Encore plus sensible lorsqu’on est nu.
Il est 19h30. Alors qu’on se rhabille, ravi de ces corps à corps, le porte-parole de l’ANP, lui, imagine déjà de nouveaux rendez-vous en nudité dans des institutions encore plus grandioses : « Pourquoi pas au musée Rodin, au Louvre, à la tour Eiffel ? ». En 2024, une grande exposition sur le naturisme verra le jour au Mucem, à Marseille, et il y a fort à parier que des visites nues seront organisées. Au musée Maillol, de nouveaux créneaux naturistes pourraient ouvrir d’ici la fin janvier. Avis aux moins frileux !
Arte:
https://www.arte.tv/fr/videos/112327-005-A/hyperrealisme-quand-le-musee-se-met-a-nu/
Hyperréalisme : quand le musée se met à nu Difficile de différencier statues et visiteurs lorsque les premières sont très réalistes et les seconds entièrement nus… À Lyon, puis au musée Maillol à Paris, des visites naturistes d'expositions hyperréalistes sont organisées. Alix Van Pée nous explique le concept.
Hyperréalisme : quand le musée se met à nu
28 Minutes (21/11/22)
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Et si on allait tous au musée à poil ?
publié le 19 novembre 2022
1 min
Alexandre Lacroix a visité l’exposition Hyperréalisme : ceci n’est pas un corps, présentée au musée Maillol, à Paris, dans le plus simple appareil. Il raconte cette expérience étonnante, qui a finalement davantage changé son regard sur l’art que sur les humains.
Il y a quelques jours, je me suis rendu au musée Maillol, à Paris, pour participer à une « visite nue » de l’exposition Hyperréalisme : ceci n’est pas un corps. Dans le sous-sol du musée, nous attendaient des bénévoles de l’Association des naturistes de Paris (ANP), à poil comme il se doit. Le dispositif était simple : on nous a tendu à chacun un sac plastique pour mettre nos affaires, toutes nos affaires, et à la consigne, on se voyait remettre un bracelet avec le numéro du sac, bracelet à porter autour du poignet, comme à la piscine. Et voilà, direction les salles où nous attendaient les statues et les corps des autres visiteurs. Cette promenade naturiste dans une exposition m’a inspiré quelques réflexions...
La journaliste de Kombini Constance Derouin qui avait d'ailleurs fait tout le reportage en étant nue elle aussi a sorti son montage assez bien fait d'ailleurs.
ou archivée ci-dessous
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Petit sondage culturel : qui a compris le texte de l'affiche "Ceci n'est pas un corps" ? 😊
Trop rapide, Jean-Mi ! J'aurais du préciser que toi ou Phile étiez exclus du jeu... 😀
On pourrait peut-être demander à Constance Derouin de nous fournir la version originale non censurée de cette vidéo afin de la présenter comme article en première page du site, avec un texte qu'elle pourrait aussi donner pour l'occasion (ou déjà rédigé pour un autre média). Je ne sais pas si c'est réaliste, ne serait-ce que pour les droits d'auteur, mais qui ne demande rien n'a rien!
Non je ne pense pas, car il y a eu des incompréhensions sur cette horaire naturiste filmé par les journalistes. Il semblerait que des journalistes aient souhaité participer nu(e)s mélangés aux autres participants mais paradoxalement sans que leur image ne soit diffusée.
Non, je l'ai su après que des journalistes et participants avaient demandé à ne pas être reconnus. Donc il ne s'agit pas de faire de pub outre mesure sur le fait que des journalistes aient été filmés et nus également lors de cet évènement.
C'est une crainte du musée et je ne sais si c'est véritablement ressenti comme une crainte de la part des journalistes concernés
Article de la revue elle du 01/12/2022
