21 mars 2026

Hérault Tribune

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PhilE
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Société — l'Agglo Hérault Méditerranée

Au cœur du village naturiste du Cap d’Agde : la vision de Yvonne et René, naturistes depuis 57 ans

Depuis plus d’un demi-siècle, Yvonne et René vivent le naturisme comme une philosophie, un art de vivre où se conjuguent liberté, respect de soi et harmonie avec la nature. Résidents fidèles du village naturiste du Cap d’Agde, ils ont vu ce lieu emblématique évoluer au fil des décennies, sans jamais perdre de vue l’essentiel... un espace où l’on peut être soi-même, au plus proche des éléments, affranchi des artifices et des contraintes sociales.

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Témoins engagés d’une époque où le naturisme portait en lui une véritable idée de liberté, ils nous livrent ici, avec sincérité, leur vision de cette pratique, leur attachement profond au Cap, leurs souvenirs, et leur inquiétude parfois face à certaines dérives. Une parole nourrie d’expérience et de convictions, qui rappelle combien le naturisme authentique est un choix de vie bien plus qu’un simple mode de vacances. Rencontre.

L'entrée du village naturiste du Cap d'Agde ©EG Hérault Tribune

L’entrée du village naturiste du Cap d’Agde ©EG Hérault Tribune

Depuis quand pratiquez-vous le naturisme, et comment avez-vous découvert le Cap d’Agde ?

Nous sommes naturistes depuis 57 ans. Cela a commencé dans les années 60, par curiosité, puis très vite par conviction. À l’époque, nous allions dans des centres comme Montalivet, sur la côte atlantique. Mais l’Atlantique, c’est beau, sauvage, authentique, mais parfois rude : dès le 15 août, il y fait plus frais, l’air devient humide, le vent se lève. En 1970, nous avons entendu parler d’un petit camping naturiste du côté de la Méditerranée, tenu par les frères Oltra. Nous y sommes allés sur un coup de tête, à la mi-août, en espérant trouver un peu de chaleur. Et là, en sortant de la voiture, une bouffée d’air chaud nous a saisis. C’était un choc, mais dans le bon sens : l’impression immédiate d’être dans un autre monde. À l’époque, ce n’était encore qu’un terrain sablonneux avec des vignes et quelques caravanes, pas d’immeubles, pas de routes goudronnées, mais déjà un esprit d’ouverture et une atmosphère extraordinaire. 

Comment êtes-vous devenus adeptes ?

Nous étions dans un endroit où il y avait une toute petite piscine, et il faisait très chaud ce jour-là. On a été tentés de se baigner… et c’est là, pour la première fois, qu’on s’est baignés nus dans une piscine. On a alors réalisé quelque chose de très simple : quand on prend un bain chez soi, dans la baignoire, on ne garde pas son slip ! Certaines personnes nous demandent comment expliquer le naturisme. On leur répond : “Prends ton bain en maillot. Est-ce que tu prends ta douche avec ton soutien-gorge et ton slip ? Ton bain aussi ? Et encore moins avec un t-shirt, bien sûr !” Quand on plonge nu dans une piscine, on ressent, sans même le chercher, une sensation de liberté, un vrai lien avec la nature, à l’état naturel. Et ça, on l’a découvert en 1970. On avait 23 ans. C’est arrivé un peu par hasard : on avait fait une petite halte sur notre itinéraire pour passer la nuit. Et on s’est dit : “Tiens, on vient peut-être de découvrir une autre façon de vivre.” C’était un 31 août, l’année de notre mariage, le dernier jour de nos vacances.

D’ailleurs, une petite anecdote de l’époque ?

Quand on a lu pour la première fois le journal naturiste, La Vie au Soleil, on a remarqué que les sexes étaient systématiquement cachés. Toutes les photos affichaient un petit rectangle noir pour dissimuler les parties intimes. Et comme on n’y connaissait absolument rien à ce moment-là, on s’est dit : “Mais alors, dans les autres centres naturistes, les gens portent tous un petit cache noir ?” On s’est renseignés, et on a compris que c’était simplement parce que la revue, vendue dans les maisons de la presse, n’avait pas le droit de montrer des sexes en photo. C’est pour vous dire à quel point on était naïfs à l’époque ! C’était vraiment le tout début pour nous. D’ailleurs, à la plage de Montalivet, des gens faisaient même la police pour empêcher les voyeurs.

Quand avez-vous décidé de devenir propriétaires au Cap d’Agde ?

En 1982. Nous venions chaque été avec notre caravane, puis nous avons découvert Hélio Village, qui venait d’être construit. C’était une petite résidence, composée d’une trentaine de villas, bien intégrée dans l’environnement. Deux étaient encore disponibles. Nous avons visité, réfléchi… et nous nous sommes décidés rapidement. C’était pour nous une évidence : ici, nous pourrions vivre nus, dans un cadre agréable, sur une longue période de l’année, sans subir les limites météorologiques de l’Atlantique.

Qu’est-ce qui vous a le plus séduit dans ce lieu à l’époque ?

Au-delà du climat, c’était l’ambiance humaine. Il y avait un vrai respect de la nudité et de la convivialité. On venait pour être soi-même, sans jugement, dans un rapport simple au corps et à la nature. Les familles se saluaient, les enfants jouaient sur le sable, les repas se faisaient dehors, souvent partagés. Le petit centre commercial de l’époque vendait l’essentiel, et le soir, il y avait la guinguette avec les accordéons. C’était joyeux, vivant, bon enfant.

Comment avez-vous vu évoluer le village naturiste au fil des décennies ?

L’évolution a été progressive, mais marquée. Au début, dans les années 80, le village s’est structuré avec des immeubles sont sortis de terre (Port Ambonne, Port Nature, Héliopolis…), mais toujours avec cette idée de créer un quartier naturiste à part entière, avec ses commerces, sa pharmacie, son marché. Puis, dans les années 90, l’offre s’est diversifiée, plus de commerces, plus de restaurants, une économie touristique florissante. C’était encore très lié au naturisme. C’est vraiment dans les années 2000 que les choses ont commencé à changer. D’abord, avec l’arrivée massive de touristes non naturistes, attirés par la réputation sulfureuse du lieu. Ensuite, par la prolifération des établissements orientés “libertinage”, qui ont commencé à occuper de plus en plus d’espace, bars, discothèques, saunas, boutiques érotiques. Ce n’est pas un jugement moral, chacun vit sa vie comme il veut, mais ce n’était plus du naturisme, c’était autre chose. Et petit à petit, cela a brouillé l’image du Cap. C’est bien qu’il y ait des commerces, mais certaines boutiques, comme celles qui vendent des vêtements, vont complètement à l’encontre de l’esprit naturel du lieu. Quand on a été ici pendant les vingt premières années, ça n’existait pas. Et puis un jour, un commerce a commencé à proposer des petits articles en dentelle, parfois fluo… pour moi c’est un « pousse au viol » …Franchement, ça dénature l’ambiance.

Quartier de Port Ambonne du village naturiste du Cap d'Agde ©EG Hérault Tribune

Quartier de Port Ambonne du village naturiste du Cap d’Agde ©EG Hérault Tribune

Le Cap d’Agde est-il encore un « vrai » lieu naturiste aujourd’hui ?

Oui, il l’est encore. On estime qu’en été, environ 30 000 à 40 000 personnes fréquentent le village, dont une bonne moitié sont encore de vrais naturistes, respectueux des règles, pratiquant la nudité comme mode de vie. Mais la cohabitation avec ceux qui viennent pour d’autres raisons est parfois difficile. Certains ne se déshabillent jamais, même sur la plage, alors que c’est censé être obligatoire. D’autres profitent des lieux pour organiser des fêtes privées, avec du bruit jusqu’au petit matin. Certains sont là pour dépenser leur argent et se croient tout permis. Sur ce qu’on appelle la baie des Cochons, vous verrez qu’il y a là environ 2 000 farfelus qui passent leurs nuits en boîte, se saoulent, pratiquent l’échangisme, etc. Je les qualifierais principalement de touristes de courte durée, ils ne viennent que pour une semaine, juste pour, comme ils disent, “s’éclater”. C’est dommage, ce n’est pas l’esprit naturiste ça…

Et dans votre quotidien, comment vivez-vous cette transformation ?

Nous vivons à notre rythme, selon nos valeurs. Le matin, nous partons marcher sur la plage à l’aube, à peine le soleil levé. Il n’y a presque personne, c’est un moment magique. Ensuite, un peu de natation, le marché le jeudi, puis jardinage ou lecture. Le problème ici, c’est que les prix sont complètement délirants, sauf le pain. Le kilo de tomates, c’est 5 euros et un melon va être à 4,50 euros.  donc nous allons au marché d’Agde où cela coûte trois fois moins cher. Le naturisme, pour nous, c’est aussi un état d’esprit, vivre simplement, au plus près de la nature, sans artifice. Mais nous avons dû nous adapter, par exemple le soir, nous évitons les restaurants du village, car ils sont devenus des vitrines de mode, où même les naturistes se sentent obligés de porter des tenues “sexy” pour ne pas paraître décalés. Nous ne nous reconnaissons plus dans ces codes.

Comment gérez-vous la cohabitation avec les fêtards ou les touristes “éphémères” ?

Nous avons établi une règle simple, chacun vit comme il l’entend, mais dans le respect de l’autre. Eux vivent la nuit, nous vivons le jour. Nous n’allons pas les empêcher de sortir en boîte, mais en retour, nous leur demandons de ne pas transformer notre terrasse en “after” à 6 heures du matin. Quand cela dépasse les bornes, nous intervenons, calmement mais fermement. Il faut savoir poser des limites. Ce village est aussi le nôtre, nous y vivons depuis plus de 40 ans, ce n’est pas qu’un lieu de passage.

Votre famille partage-t-elle votre attachement au Cap d’Agde ?

Oui, complètement. Nos enfants sont venus ici très jeunes, et aujourd’hui, notre petite-fille de 20 ans continue de passer l’été avec nous. Elle connaît les règles, les valeurs, elle a grandi dans cet environnement. C’est une forme de transmission, non pas imposée, mais naturelle. Côté amis, c’est plus délicat. Beaucoup ont une image biaisée du village, confondant naturisme et libertinage. Il faut expliquer, démystifier. Mais certains restent bloqués sur leurs préjugés… peut être à cause des médias aussi. 

Envisagez-vous de vivre ici toute l’année ?

C’est une possibilité. Déjà, depuis que nous sommes à la retraite, nous passons ici six à huit mois par an. Nous avons même testé l’hiver, et nous avons été conquis par le calme, le soleil, les balades, l’air marin… Cela nous change de notre région d’origine où la pluie est omniprésente. Avec l’âge et les petits soucis de santé qui viennent, on se dit que le moment est venu de profiter pleinement. Ce lieu nous apaise, nous rend heureux.

Que souhaiteriez-vous pour l’avenir du village ?

Qu’il retrouve son esprit d’origine. Pas nécessairement un retour en arrière, mais un recentrage pour redonner toute sa place à la nudité respectueuse, à la simplicité, à la convivialité. Et pourquoi pas, établir des règles plus claires comme par exemple, imposer la nudité sur certaines plages, interdire les vêtements provocants dans certains secteurs, ou limiter le bruit nocturne. Nous ne sommes pas nostalgiques, mais nous pensons que ce lieu a une âme, et qu’il ne faut pas la vendre à n’importe quel prix.

Est-ce qu’il y a un souvenir, une histoire marquante que vous avez vécue ici ?

Oh oui, il y en a beaucoup, mais si on devait en choisir un, ce serait peut-être celui-là… Vous voyez, chaque matin, on commence la journée par une petite marche le long de la mer. C’est un rituel, un moment paisible, notre moment. Mais il n’y a pas que ça. Ce que peu de gens savent, c’est qu’ici, sur cette plage, nous avons écrit des livres. Des ouvrages de géométrie, de haut niveau. Ils ont été traduits dans plusieurs langues, dont le japonais… Et devinez où ils ont été pensés, conçus, rédigés ? Sur le sable, face à la mer. Pendant que d’autres faisaient la sieste ou lisaient un roman, nous, on travaillait sur des démonstrations mathématiques, nus, en pleine nature. Pour nous, cela résume tout : le naturisme et les mathématiques, ce sont nos deux grandes passions. Et les deux se rejoignent ici, dans ce lieu unique. À travers ces deux passions, on pourrait presque raconter toute notre vie.

Plage du village naturiste du Cap d'Agde ©EG Hérault Tribune

Plage du village naturiste du Cap d’Agde ©EG Hérault Tribune

 

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