(Québec) Rehaussé par le majestueux décor à ciel ouvert du cloître des Célestins, Un peu de tendresse, bordel de merde!, du chorégraphe québécois Dave Saint-Pierre, devrait donner un second souffle au 63e Festival d'Avignon, un peu ankylosé par les récits de guerre et les tragédies grecques qui se sont succédé depuis deux semaines.
Quoi de mieux d'une bande de délurés, nus comme des vers et munis de perruques blondes, pour bousculer les conventions? Lorsque, d'entrée de jeu, les danseurs du second volet du triptyque Sociologie et autres utopies contemporaines de Dave Saint-Pierre envahissent les gradins et s'assoient carrément sur les spectateurs, le ton est lancé! En faisant éclater le quatrième mur, ils contaminent le public de leur folie, de leur fièvre d'être touchés, aimés, possédés, et sont prêts à se commettre dans une série de chorégraphies sur le désordre amoureux.
Habité par l'urgence de créer, sans détours et sans tabous, Dave Saint-Pierre prend tout de même le temps de cultiver ses amitiés et de faire de ses collaborateurs des complices privilégiés. L'un deux, Emmanuel Schwartz, a accepté de prendre quelques minutes pour discuter d'Un peu de tendresse..., en l'absence du chorégraphe, qui lutte toujours contre une grave maladie pulmonaire.
L'acteur de formation a accepté d'être danseur dans La pornographie des âmes (le premier volet du triptyque). «Dans les créations de Dave, on s'use le corps, littéralement... Mais comme on sait que c'est une nécessité absolue pour lui, on accepte de se soumettre à l'expérience», explique-t-il.
Il est ensuite passé du côté des concepteurs pour le second volet, en réalisant l'encadrement sonore : «Il y a seulement cinq chansons [dont une berceuse pour piano qu'il a composée, une pièce de Pierre Lapointe et la musique minimaliste de Cat Power et d'Arvö Part] sur une heure quarante-cinq de spectacle. C'est surtout le bruit des corps des interprètes qu'on entend... Mon travail consistait plus à gainer le silence qu'à soutenir une trame sonore.» Les corps nus qui se heurtent, s'effleurent et glissent sur la scène, enduite de savon pour la finale, produisent leur propre musique, charnelle et brute.
La nudité, qui peut troubler certains, ne sera pas trop dépaysante à Avignon, puisque dans la très très grande majorité des spectacles, les acteurs dévoilent leurs attributs sans la moindre retenue.
Un peu de tendresse... a été présenté au Carrefour de théâtre de Québec en 2008, à Montréal et dans plusieurs pays d'Europe. Il est donné pour la première fois en extérieur, entre les murs de pierres, les arches et les platanes, jusqu'au 26 juillet.
Arte a diffusé lundi un reportage sur le festival de danse de Berlin de l'an dernier. On peut y voir plusieurs extraits du spectacle de Dave Saint-Pierre, en particulier la jolie scène finale en fin de reportage. Ce dernier est encore visible quelques jours ici :
http://plus7.arte.tv/fr/1697660,CmC=2805044,scheduleId=2778744.html
