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EUROPE | Cyclonudistes - La force du corps vulnérable
20/06/10 | Lucie Aubin
Le World Naked Bike Ride est un mouvement de contestation très présent en Espagne et en Angleterre. Le principe est simple, nu sur son vélo pour manifester pacifiquement son mécontentement avec le sourire et le sport en prime.
« Nus face au trafic, justice dans les rues ! » Selon cet appel, généralisé en 2004 depuis l'Espagne, à toutes les villes du monde, les plus fervents usagers de la petite reine défilent une fois par an, sur leur monture, en tenue d'Eve (et d'Adam). Quand la nudité devient militante et compte sur son impact médiatique.
Justice dans les rues...
14 juin 2001, par surprise, quarante-cinq cyclistes parcourent les rues de Saragosse dans le plus simple appareil. Parallèlement à Vancouver, un collectif d'artistes manifestant nus et à vélo, inspire la création de la World Naked Bike Ride (WNBR). Ces deux mouvements lancent alors un appel collectif aux cyclistes urbains du monde entier, mettant à disposition les outils nécessaires pour créer l'événement dans leur ville. Les « cyclonues » s'exportent pour être menées annuellement : en juin dans l'hémisphère nord, mars dans l'hémisphère sud.
A l'origine à Saragosse, un plan de circulation rédigé, selon les militants, « par et pour les voitures ». Puis, une constante : dénoncer la fragilité des cyclistes face au trafic automobile et leur désarmement devant la passivité des gouvernements. La nudité illustre cette vulnérabilité et renforce la vision du vélo du philosophe Michel Serres comme « une machine qui [...] ne nous protège pas de sa cuirasse, mais mime au contraire l'intimité des os en laissant notre chair déborder vers le monde » (Préface à l'exposition à vélo citoyens). La bicyclette s'oppose en effet à l'automobile, dans sa construction et sa philosophie même et les cyclonues englobent tous les véhicules à propulsion humaine : trottinettes, rollers, tricycles sont aussi utiles pour dénoncer une société dépendante du pétrole et réclamer un autre modèle de ville.
...Justice pour les nus
Si le choix de la nudité est légitime pour ces militants, il ne l'est pas tant pour les autorités. Alors que pour son dixième anniversaire, la ciclonudista de Saragosse dépassera sans doute les 200 participants, à Paris, les organisateurs de la cyclonue prévue le 5 juin doivent se plier aux exigences de la Préfecture qui demande encore une tenue légère, « conforme à la loi, aux bonnes moeurs et à la décence ». Lors de la première en 2007, cinq manifestants avaient été interpelés pour « exhibition sexuelle ». Pour pallier les réticences venant des lois et autorités autant que des participants eux-mêmes, la WNBR tolère quelques vêtements et promeut des solutions artistiques, en particulier l'art corporel. Certains manifestants deviennent ainsi de véritables oeuvres éphémères et se sentent moins nus face aux regards. De son côté, la Coordinadora de Ciclonudistas d'Aragon partage sa longue expérience et prodigue des conseils rassurants auprès de ceux qui se lancent pour leur première fois. Manifester nu a en effet une portée beaucoup plus large que la revendication cycliste originelle. Les organisateurs insistent sur l'importance de dépasser ses appréhensions, dictées par une société tyrannique, et jouent sur le thème de l'acceptation de soi et des autres.
Nus utiles
Les cyclonudistes ne sont pas les seuls à défiler ainsi. Nombreux sont les manifestants, souvent écologistes, qui utilisent la nudité pour servir une cause. Ainsi des militants anti-fourrure, qui miment des charniers en s'allongeant en groupe et aspergés de faux sang, de Greenpeace, associé au photographe Spencer Tunick qui défend le vin français menacé par le réchauffement climatique ou des ouvriers d'une usine des Côtes d'Armor, posant pour leur calendrier Les dieux de l'usine. Plus provocateurs, les « streakers », ou « nu-vite » anglo-saxons, qui profitent d'événements médiatisés pour courir nus face aux caméras et si possible aussi aux têtes couronnées. à l'instar de ces agitateurs, les adeptes du nu militant ne cachent pas leur intérêt pour l'indispensable impact médiatique que suscite leur corps dévêtu.
+ de photos sur http://lacomunidad.elpais.com/habla-chucho-que-no-te-escucho/posts
Rédacteur :
Lucie Aubin, Nantes France
http://www.journaleuropa.info/FR_article/n620t0j0d0-.html
:=! Belle phrase...
Transposable, d'ailleurs, à tout être humain :
"Les organisateurs insistent sur l'importance de dépasser ses appréhensions,
dictées par une société tyrannique, et jouent sur le thème de l'acceptation de soi et des autres".
