Posté par: @trovazUne journée à l'Origan
Le froid m'éveille. La tente n'est plus dans l'obscurité, sans qu'il fasse jour encore. Je distingue, sans percevoir la trame du tissu, la toile qui nous entoure et diffuse une lumière grise et bleutée. Je me love au fond du duvet à côté d'Amélie. De retrouver la chaleur me rendort pour un temps.
C'est le rire franc et guttural du voisin allemand, établi sur la terrasse en-dessous, qui me réveille. Celui-là a le chic de rassembler avant huit heures son clan familial pour le petit déjeuner et lancer à l'envi des plaisanteries qu'on peut supposer très drôles. Lui en tous cas en est manifestement certain.
Il fait encore plus froid. L'air frais m'entre dans la gorge et mes épaules frissonnent quand je me relève et fais tomber le duvet sur mon ventre. La tente est maintenant éclairée d'une tendre lueur blanche, signe que le soleil s'est élevé au-dessus de la colline boisée.
En quelques instants, l'air tiédit, puis devient presque étouffant.
Je repousse l'enveloppe, me mets accroupi en tentant de garder l'équilibre sur notre matelas à moitié dégonflé comme au bout de toutes les nuits, passe une première jambe au-dessus de ma compagne, glisse la double fermeture du panneau de chambre, et passe directement la deuxième jambe sur le tapis de paille qui recouvre le sol de l'entrée. Curieusement, la température y est toujours fraîche. Au-dehors le soleil règne dans un ciel sans nuages, et dessine en ombres vert foncé les reliefs tourmentés de la vallée du Var, comme les plis d'un tapis qui défilent en houle végétale jusqu'à l'horizon.Le voisin a terminé son petit déjeuner et l'autre voisin, le belge, est déjà plongé dans l'étude de ses cartes routières. Je prends le porte-monnaie, mets mes sandales et pars de suite. Je croise plusieurs campeurs, tous encore habillés comme craignant le froid, alors que le soleil chauffe allègrement tout mon corps dans toutes ses courbes et ses plis. Je remonte l'allée où, le soir venu, des enfants se rassemblent pour observer les lucioles, monte la passerelle en raccourci de la route, tourne juste après le lampadaire sur la butte décorée de moellons et fleurie de capucines, remonte l'allée des Pionniers et arrive à l'épicerie. Avant de rentrer, j'inscris Trovaz pour la commande habituelle d'un pain au chocolat et d'un croissant.
Puis je souhaite le bonjour à l'épicière, celle qui me paraît un peu gênée de parler aux hommes en très petite tenue et celle aussi qui anime le karaoké. C'était édifiant l'autre soir de l'entendre clamer « Non, rien de rien, Non, je ne regrette rien » à la manière d'une Diam's qui aurait malencontreusement voulu revisiter, avec son physique et sa voix, les chansons d'Edith Piaf.
En redescendant mes achats faits, j'ai de nouveau la singulière sensation d'être la seule personne nue, nue dans un camping qui n'accueille plus depuis ce matin et sans avertissement préalable, que des textiles. Le soleil qui glisse sur ma peau, un petit souffle de vent qui caresse tous les contours de mon corps sont pourtant des impressions sensorielles envoûtantes. En arrivant à proximité de notre tente, je constate avec soulagement que le belge est maintenant plongé dans un épais guide routier, nu cette fois-ci. A y regarder, d'autres voisins attablés sont eux aussi nus.Bientôt, nous profitons des excellentes viennoiseries de l'Origan, au feuilleté léger et craquant, et de son pain onctueux et délicat. Pour nous assis à l'ombre du cyprès, du pin et du saule, c'est une douceur qui commence agréablement la journée, un petit bonheur .
Comme d'habitude, nous n'avons pas eu le courage de faire la vaisselle hier soir. Le circuit est réglé d'avance. Les sanitaires sont nichés au-dessus de la « La Source » . On y accède par ce qui semble un ruisseau à sec, au-dessus duquel, par jeu, on passe sur de gros blocs formant gué. Tout, toilettes, éviers, lavabos et douches, est concentré sur quelques mètres carrés. Il est quand même insolite, quand ( en début de circuit) , on fait ses besoins du matin, d'entendre juste de l'autre côté d'un simple panneau de bois, une petite famille entrechoquer les verres et les assiettes, récurer les casseroles et rincer à grande eau.Nous avons décidé de partir ce matin en randonnée. « Randonnée Naturiste crête d'Aurafort 2h00 » annonce les panneaux.
En quittant les allées du Centre, nous passons à proximité du cimetière des caravanes, dont l'allée est barrée d'une chaîne portant un écriteau « Accès Privé ». Nous entamons un petit sentier aux nombreux détours, où chaque virage ou presque est agrémenté d'un fléchage et où l'envie nous prend parfois de nous écarter pour suivre un des nombreux chemins qui divergent du circuit principal. Je remarque un vieux panneau plastique détruit à côté de son support en bois. Sur des fragments on devine un texte. J'en veux témoignage de l'histoire profonde et du caractère de notre camping, les mots les plus lisibles, épargnés des mains destructrices, sont « amour » , « opposants à la chasse », « ici commence » .Nous sommes bientôt à la même hauteur que « le Château », partie en butte du camping qui domine tout le reste. Puis nous nous engageons dans une montée en lacets entre flancs secs parsemés de pins, de buis, de plantes odorantes, et pentes ravinées où le chemin s'enfonce dans la roche friable, où les graviers roulent sous le pied, où on hésite parfois à sortir de l'ornière pour retrouver un pas plus sûr. Plus haut nous découvrons le rectangle bleu de la piscine, une bonne centaine de mètres en contrebas. Le sentier paraît hésiter, s'engage sur une arête de grande pente au rocher pourri, puis part sur le flanc de la montagne, qu'il ne quittera plus. En-dessous ce ne sont que pierres, où les écoulements d'eau ont tracé de longues arêtes de roche dure, une série de lames parallèles crénelées, un tissu aux rayures de pierres descendant dans l'abîme.
Nous cheminons plus tard sur un petit sentier qui surplombe à travers bois le camping, restant sensiblement à la même altitude. Comme un peu de repos au bout d'une longue montée. J'adore sentir alors sur ma peau successivement l'ombre et le soleil, l'air statique et surchauffé, les souffles du vent. Puis à la fin d'une montée douce et avant de changer de pan de montagne, nous découvrons derrière nous, magnifique, auréolé du soleil, le grand V de verdure formant la vallée vers Plan du Var avec au loin, on la devine sans la voir, la jonction avec la vallée de la Vésubie.Le sentier semble hésiter aller vers les sommets puis, d'un coup, bascule pour descendre sur la vallée. A la boucle d'un lacet on découvre une vigne qui surplombe le fleuve, puis, à l'arrivée, nous sommes accueillis par des ânes curieux et heureux de trouver un peu d'animation.
Manger nous fatigue, et nous restons à l'ombre allongés un bon moment sur nos transats. Sortant de somnolence, nous choisissons d'essayer le sauna, une première pour Amélie. Nous traversons une bonne partie du camping pour arriver à un petit chalet aux teints frais et à l'entrée accueillante.
Il me semblait que le sauna, c'est plutôt quelque chose de joyeux. Quand je demande aux deux hommes et à la femme qui nous accompagnent à quoi correspondent les graduations du sablier, je n'obtiens aucune réponse, et quand j'essaie d'engager une conversation à propos de la lumière apportée par le soleil directement sur l'estrade où nous sommes assis, je n'ai pas plus de succès. Je comprends qu'aujourd'hui, la fréquentation du sauna, c'est plutôt « je médite qu'on me foute la paix » et me fonds dans le silence ambiant. Après une bataille avec la porte de la douche qui a la fâcheuse tendance de sortir de ses glissières, nous nous dirigeons vers la piscine. J'adore y aller quand l'après-midi est bien avancée, quand le soleil est moins chaud et que les plantations qui nous entourent jouent avec lui une mosaïque d'ombres et de lumières.Les terrasses aux gros blocs arrondis et sensuels, sur lesquels j'aime poser les pieds quand ils ont bien chauffé au soleil, les arbustes et les fleurs, le lavandin et les lauriers-roses, les palmiers et les cyprès forment une composition théâtrale et colorée. Se dorer un moment en profitant de ce cadre, se lancer dans la fraîcheur de l'eau et glisser en apnée jusqu'au bout de la piscine, là où le bassin est alimenté comme par une source courant sur des pierres aux formes troublantes, est alors mon plaisir.
La piscine, c'est l'endroit où l'on cause. Il y a les groupes d'amis répartis sur les terrasses et, en première périphérie du bassin, un mélange de familles et de couples pour lesquels les enfants sont un facile premier sujet de conversation. Nous avons rapidement reconnu le grand-père obèse qui envoie régulièrement dans les airs sa dynamique petite fille, elle qui, courageuse et heureuse, nage toujours vers ses bras une fois difficilement remontée à la surface. Et le sympathique couple aux deux garçons, avec le petit malheureux, le deuxième, qui se trouve souvent, impuissant, dépouillé de ses jouets par d'autres enfants, et dont le père était avec lui un jour écroulé de fatigue dans le train à vapeur qui nous ramenait d'Annot.
La température baisse nettement quand le soleil se cache derrière la colline et la falaise qui surplombe la piscine, assombrie tout à coup avant qu'elle ne s'éclaire majestueuse pour la nuit, paraît presque menaçante.Nous avons décidé de délaisser l'animation du camping et faisons une escapade à Puget Théniers. Nous nous y régalons des tourtes aux blettes, à l'anis et au rhum du pâtissier local, et nous croisons, accompagnées de leurs grands-parents, d'espiègles fillettes au tee-shirt décoré d'un jeune loup du Mercantour. Elles porteront tout à l'heure fièrement leur flambeau, marchant allègres aux rythmes de la fanfare locale. Avant le feu d'artifice qui, une fois brutalement éteints les éclairages bleu métal du pont neuf, illuminera de mille éclats d'or la ville et la foule.
De retour à l'Origan, la valse du bal populaire encore dans la tête, à demi figés par la fraîcheur de l'air et l'obscurité des allées, c'est une nuit magique où, le pas léger et hésitant, nous entendons la respiration des feuilles et nous parlons aux étoiles.
Le 7 août 2007
Trovaz
Très beau texte, merci à Hervé d'avoir remonté le sujet. Ce contributeur exceptionnel n'a malheureusement posté que 21 messages en cinq ans, a arrêté de publier en 2010 et n'est pas revenu depuis le 16-04-2012. Quel dommage!
je ne retourne jamais au même endroit d'une année à l'autre mais "l'origan" m'a fait changer d'avis. J'y suis allé 2 années de suite tellement on a adoré avec ma petite famille. Surtout grace aux randonnées avec j-philippe :=!
" ORIGAN "
origan@orange.fr
http://www.origan-village.com
04.93.05.06.00.
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Message édité par : herve_nice / 08-02-2015 01:00
Bonjour à tous et toutes,
Nous sommes à le recherche, dans l'urgence, d'une animatrice pour notre miniclub enfants...
Voici l'annonce :
Le camping village de l'Origan recherche pour la saison 2017 une animatrice pour son mini-club (enfants de 5 à 10 ans) du 10 07 2017 au 25 08 2017
° BAFA (ou équivalent) exigé , logement sur place
° Anglais scolaire indispensable (le néerlandais ou l'allemand est un atout)
Renseignements et informations au 06 76 27 64 44 (Mr Stéphane Authiat) ou origan@orange.fr
