Recul du naturisme en France par A. de L
Introduction :
Né dans les années 20 en France, par la création du centre de Carambouville par Marcel Kienné de Mongeot, le naturisme devra attendre les années 70 pour connaître un large succès.
Devant l'attrait des espaces naturistes, certains parlent alors de phénomène de société. D'autres s'avancent même à prédire que le naturisme va se répandre auprès de l'ensemble des couches sociales, que des villes naturistes seront édifiées, accordant ainsi au mouvement naturiste un avenir radieux.
Quarante ans après, force est de constater que ce mouvement a échoué dans ses objectifs.
Après avoir connu une stabilisation de ses adhérents dans les années 80, ce sont des milliers de familles naturistes qui ont cessé de pratiquer depuis.
En ce mois de juillet 2004 la Fédération Internationale de naturisme semble enfin avoir pris conscience qu'il était nécessaire de réagir. Nous pouvons lire aujourd'hui sur leur site :
« Les attitudes sociales dans beaucoup de nations ont changé, nager nu dans beaucoup d'endroits est devenu normal, des associations et clubs ont vu une réduction d'adhésion. Les nouvelles structures sont nécessaires, parce que la situation où le naturisme a exigé des endroits protégés ne sont plus nécessaires.
Comment l'union mondiale des fédérations naturistes devrait-elle réagir? Les structures puissantes peuvent-elles être créées ? Une gestion de crise est-elle nécessaire ? Et une question importante :
quel sera le rôle du naturisme commercial à l'avenir ? »
La fédération apparaît ainsi incapable de gérer la crise qui secoue le mouvement naturiste depuis plus de 20 ans. Elle ne semble toujours pas avoir pris conscience que si la grande majorité des occidentaux ne sont pas choqués (mais plus souvent amusés) par la nudité d'autrui, ils restent réfractaires dans leur ensemble à l'idée de se montrer nu en public. Les sondages réalisés par les instituts sur le thème du naturisme sont souvent erronés par la simple définition donnée par chacun des sondés au terme « naturiste ».
Nous allons essayer dans ce document de comprendre et de présenter les raisons du recul du mouvement naturiste en France, qui semblent d'avantage liées à l'incapacité des structures naturistes à garantir la fréquentation, et donc à une trop grande ouverture sur l'extérieur que le contraire.
Les causes
Elles sont bien sûr multiples et nous n'avons nullement la prétention d'en présenter une liste exhaustive:
1. De nombreuses collectivités locales françaises ont laissé la situation se détériorer sur les plages (voyeurisme, exhibitionnisme...) pensant certainement que ces agissements s'accordaient avec le naturisme. Conséquence? Certaines plages naturistes n'ont plus que la pancarte signalétique de naturiste.
2. Le profit: Les grands centres de vacances, poussés par la logique commerciale du profit, ont voulu conquérir de nouveaux marchés: "ratisser large" accueillant une clientèle nudiste plus que naturiste.
3. La mixité, prétextée pour accueillir de nouveaux adhérents,a fait fuir de nombreux naturistes, essentiellement les femmes, et les familles. Les grands centres de l'Atlantique, à l'exception de l'un d'entre eux, sont devenus des centres « clothes optional » glissant peu à peu vers une clientèle textile bien loin des préoccupations naturalistes du mouvement naturiste originel.
4. Des prix élevés. Oubliant certainement que le naturiste est aussi consommateur. Le consommateur est rationnel par définition. Il maximise son utilité. Pourquoi payer plus cher un service qu'il peut avoir à moindre coût dans un centre textile? Ainsi à service égal, le prix d'un séjour naturiste est jusqu'à 400% plus cher.
5. L'insécurité croissante, l'exploitation intensive du tourisme, et par cela la forte érosion du nombre de plages isolées où nombreux étaient les naturistes qui y vivaient en toute tranquillité leur passion, l'exaltation des valeurs individuelles... sont aussi des facteurs non négligeables de cette régression du naturisme en France.
6. Les médias: sous prétexte d'audimat, ils ont généreusement dénaturé l'image du naturisme, l'associant avec l'échangisme.
Assurément, développer une émission sur les valeurs de la famille, de la simplicité, du naturel, n'a rien de passionnant pour ces millions de téléspectateurs assoiffés de sensationnel.
7. Une autocritique souvent trop absente. Si les naturistes s'annoncent tolérants, ils n'acceptent guère la critique. Les débordements sont tenus par la loi du silence, de peur d'attirer les mauvaises fréquentations. Il semble exister un dysfonctionnement majeur dans le principe même de l'information puisqu'il aura fallu près de 20 ans de récession avant que la F.N.I. ne prenne conscience du problème !
8. Et surtout la nudité facteur d'ouverture sur les autres, dans un tel climat, devient un facteur de replis et de méfiance vis à vis d'autrui.
Les conséquences :
Le naturisme recule un peu plus en France chaque année :
· Les centres de vacances ont de plus en plus de difficulté à faire le plein en période estivale,
· Les clubs et associations trop souvent repliés sur eux mêmes, ont développé un naturisme souvent austère, n'attirant plus les familles,
· Les plages : la fréquentation familiale s'essouffle. Certains espaces libres sont fermés par les municipalités suite aux plaintes déposées par les familles et/ou riverains.
· L'avènement de la photographie numérique et l'apparition de photographes sur les espaces naturistes libres ne fait qu'accentuer la crainte de se voir photographier. Si dans un premier temps seul les adolescents étaient en maillot, beaucoup de parents préfèrent aujourd'hui couvrir leurs enfants dès le jeune âge.
Le naturisme en France
Si aux États-Unis le naturisme est le secteur touristique qui connaît la plus forte croissance, en Europe le tourisme naturiste représentent plusieurs dizaines de milliers d'allemands, de néerlandais, de belges, d'espagnols, d'italiens... qui chaque année recherchent des destinations naturistes pour leurs vacances.
La France malgré la perte de parts de marché, reste pour l'instant la première destination touristique naturiste, devant la Croatie et l'Espagne.
En France, le naturisme représente 0,28% du chiffre d'affaire du tourisme, soit près de 3000 emplois.
Il existe trois structures où le naturisme est observé :
· Les centres de bords de mer où les textiles revendiquent aujourd'hui le droit de rester habillés ! Les grands centres situés en Atlantique sont peu adaptés à cause du caractère dangereux de la baignade, à recevoir de jeunes enfants. De plus le glissement vers le « clothes optional » n'en font plus des centres naturistes. La grande proportion du chiffre d'affaire est réalisée par ces centres.
· Les centres verts, c'est-à-dire dans les terres. Une (bonne) trentaine d'entre eux respectent encore l' esprit naturiste, formant ainsi le dernier carré des centres naturistes.
· Les clubs et/ou associations qui tendent à disparaître faute d'adhérents.
Quel avenir pour le naturisme en France ?
La disparition des espaces libres fréquentables par des familles où la majorité des naturistes actuels ont pu exercer leur première expérience a marqué ces dernières années.
Ainsi les plages libres sont de plus en plus délaissées par les familles soucieuses de préserver leurs vacances des inopportuns.
Ce phénomène de fuite de la clientèle est largement amplifié :
· Par la concurrence :
o des destinations paradisiaques, et/ou culturelles,
o de nouvelles destinations naturistes comme l'Espagne,
o d'anciennes destinations naturistes comme la Croatie.
· Par la conjoncture économique : net ralentissement de l'activité économique et baisse du pouvoir d'achat des classes moyennes,
· La faible réactivité des centres de vacances face : à la demande (prix, prestations...) et aux dégradation des structures, ambiance, accueil ... La maximisation du profit a poussé ces centres vers une logique purement commerciale, en contradiction avec la philosophie naturiste.
Le mouvement naturiste n'a pas su communiquer et proposer une alternative de vie à la majorité de ses sympathisants.
Les espaces libres longtemps inviolés, soit par leur isolement relatif, soit par la méconnaissance des lois, sont aujourd'hui envahis par les textiles (au mieux), les voyeurs, et autres personnes non recommandables. Peu de municipalités ont fait le choix du naturisme comme tremplin touristique. Celles qui ont souhaité en faire un axe de développement n'ont pas su ou pu dans la majorité des cas, garantir la fréquentation.
L'afflux récent de touristes vers l'Ouest de la France (Normandie, Bretagne) ont incité de nombreuses municipalités à fermer les espaces libres afin d'y accueillir une clientèle plus habillée et plus familiale.
L'avenir du naturisme familial de plage apparaît en contradiction avec le caractère public de tels espaces.
La clientèle de ces espaces libres se restreint au fil des ans :
· Hommes,
· Couples âgés,
· Femmes / couples peu sensibles aux regards et attitudes déplacés.
· Libertins et exhibitionnistes.
A terme et au mieux, cela entraînera la fermeture de ces espaces, au pire l'espace sera conquis par des personnes associant nudité à sexualité. Les espaces familiaux, où l'on pouvait bronzer sereinement n'existent quasiment plus.
Quant aux centres de vacances des bords de mer, devant le vieillissement de la population naturiste ils ont déjà entamé leur transformation puisque dans la majorité des cas les naturistes y sont déjà minoritaires.
Conclusion : comment préserver le caractère familial des espaces libres naturistes?
Dans l'état actuel de la législation française et étant donné le caractère public des espaces libres, il n'y a aucune solution. Néanmoins, son existence passerait nécessairement par la reconnaissance des espaces libres naturistes et de leurs spécificités.
très intéressant cet article.
Je fréquente pas mal de personnes pour qui le naturiste est quelqu'un d'une autre planète. Alors le regard qu'ils portent sur le naturisme, comme beaucoup de personnes d'ailleurs, à cause de l'éducation ? de la culture ? des médias ? des ragots ?... est assez caricatural. "Ah oui, la plage nat là bas, ....y'a des échangistes non?" : amalgame!
J'ai même le souvenir d'entendre parler " des camps naturistes"....pas des centres, ni des campings, mais bien des "camps" : l'inconnu !
Oui, le naturisme souffre aussi de la commercialisation : récupération pour faire de l'argent au moment où l'espoir d'un raz de marée nat est né. Et il faut bien dire que dans notre société, le nu est ...parce qu'il est source de profit...toujours ou très souvent indissociable de "sexe".
Moi quand je lis cet article, je suis plutôt inquiet de l'avenir du naturisme. 20ans pendant lesquels l'action de la FFN n'a conduit à rien d'autre que d'ouvrir les centres aux textiles. Que celà nous fasse réfléchir! Vive l'APNEL
100 % d'accord avec cet article... et c'est vrai que nous sommes nous-aussi déçus inquiets et déçus...
Textilisation et incursion dans le naturisme de personnes qui n'ont rien à y faire (voyeurs notamment).
Les raisons ? Recherche du profit à court terme, surtout dans les grands centres. Et aussi de plus en plus de lois "protégeant les minorités" qui restreignent la liberté de gestion de propriétaires de centres naturistes, et dont des pervers profitent...
Heureusement, il existe encore quelques paradis perdus... mais pour combien de temps ? 🙁
L'article est assez intéressant. Il analyse avec en détail les problémes. Je trouve qu'il est un peu pessimiste. Il faut penser que l'avenir sera mieux.
100 % d'accord avec cet article... et c'est vrai que nous sommes nous-aussi déçus inquiets et déçus...
Textilisation et incursion dans le naturisme de personnes qui n'ont rien à y faire (voyeurs notamment).
Les raisons ? Recherche du profit à court terme, surtout dans les grands centres. Et aussi de plus en plus de lois "protégeant les minorités" qui restreignent la liberté de gestion de propriétaires de centres naturistes, et dont des pervers profitent...
Heureusement, il existe encore quelques paradis perdus... mais pour combien de temps ? 🙁
Ils sont ou les paradis perdus !?
dans l'interieur des terres principalement .
cherche les petites structures de 25 à 50 emplacements avec quelques locations et tu te rapprocheras du naturisme des années passées si c'est ton gout evidemment.
les cadres de vie et les tarifs restent abordables et si tu peux partir en hors saison c'est le pied.
cher stefoto
pour en revenir au"paradis naturiste" c'est un vaste sujet qu'il est difficile de cerner car les attentes des naturistes actuels sont bien différentes de celles d'il y a 15 ans par ex.
si un centre sans superette sans marchand de journaux sans garderie pour les enfants sans dancing tous les soirs sans thalasso sans jacusi ou sans sauna correspond à tes gouts il y a encore pas mal d'endroits à decouvrir. (et ou tu passeras des vacances formidables) 😀
Sans supérette assurant le minimum vital alimentaire, ça m'embêterait, parce que je ne vais pas en centre naturiste pour passer la moitié de mon séjour hors du centre à faire des courses.
En dehors de ça, sans tout le reste, je prends ! Et même sans piscine, s'il y a une rivière ou un lac.
de toute façon tant que l'on continuera à ce cacher et à refuser de s'assumer en tant que naturiste, la situation continuera à ce dégrader ! et il faut impérativement arriver à ce détacher l'étiquette "sexuel" pour pouvoir avancer vers des jours meilleurs
et peut être qu'une des solutions, c'est justement des "paradis perdus" qui feront revenir des familles écoeurées par ces grands centre qui permettent trop de dérives et à cette TV qui sous prétexte d'audience, mélange tout le monde dans le même sac.
va pour la "superette" surtout quand on est dans des endroits un peu reculés et que l'on pas forcement beaucoup de possibilité de stockage des produits frais.
dans ce cas je pencherai plus pour le terme épicerie que je vois dans mon esprit bien plus petite mais quand même suffisante.
