20 octobre 2026
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Victoria Bateman (RDV de l’histoire 2026)

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Benoit
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PhilE
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C'était la même qui avait utilisé la même tenue pour une conférence sur le Brexit.

https://www.liberation.fr/idees-et-debats/victoria-bateman-les-grandes-civilisations-de-lhistoire-ont-ete-celles-ou-les-femmes-se-trouvaient-au-coeur-de-leconomie-20261017_DX2VXHC24ZGWFLBOFDEIWHTFIE/

Rencontre

Victoria Bateman : «Les grandes civilisations de l’histoire ont été celles où les femmes se trouvaient au cœur de l’économie»

De la Préhistoire à nos jours, l’historienne britannique, habituée des performances où elle se met à nu, rend visible l’apport socio-économique central des femmes, que le patriarcat a voulu réduire à la sphère domestique. Elle en a fait une démonstration éclatante et iconoclaste aux Rendez-vous de l’histoire de Blois, le 10 octobre.

Victoria Bateman à Cambridgeshire (Angleterre), en 2019.
Victoria Bateman à Cambridgeshire (Angleterre), en 2019. (Manuel Vazquez/ Libération)
Publié le 17/10/2026 à 12h48
 
D’emblée, Victoria Bateman a prévenu l’assistance réunie ce matin du samedi 10 octobre dans la salle des conférences du château de Blois. Ceux qui le voulaient pouvaient sortir. En préparant cette conversation d’une heure avec cette historienne et économiste britannique organisée par les Rendez-vous de l’histoire à l’occasion de la parution de son premier livre traduit en français, Economica. Comment les femmes ont enrichi le monde (Point Nemo), l’éventualité que cette féministe, qui a enseigné pendant vingt ans à Oxford et à Cambridge, se mette à nu – littéralement – nous avait effleuré l’esprit à plus d’une reprise. Elle l’avait déjà fait à plusieurs occasions dans son pays pour dénoncer le Brexit, pour interroger sur l’assignation de genre, des polémiques s’étaient ensuivies. Ce samedi, c’est donc sans rien savoir, mais avec la certitude qu’il était possible que Victoria Bateman fasse de cette estrade l’occasion d’une nouvelle performance-manifeste, que nous la retrouvons, accompagnée de Sylvie Deraime, son interprète, cotraductrice de son livre. Devant une salle comble, la conversation commence. En voici de larges extraits.

Vous vous êtes mise à nu pour mettre le féminisme au centre de l’économie, avez-vous le sentiment que votre message a été entendu ou que c’est l’acte de «transgression» qui a accaparé l’attention ?

Je l’ai fait sur scène, à la télévision, à la radio, et dans les rues de Londres, Cambridge ou Oxford, c’est un moyen visuel de transmettre mes idées. Cela peut être controversé, parce qu’en tant que société, nous aimons diviser les femmes en deux catégories, les corps et les cerveaux. Si vous êtes classée dans la catégorie des cerveaux, vous devez être assez pudique, réservée avec votre corps pour être respectée et prise au sérieux. Alors que si vous êtes classée comme un corps, on suppose que vous êtes stupide, que vous avez subi un lavage de cerveau, et les gens ne veulent pas vous écouter parce qu’ils présument que vous n’avez rien de notable à dire. La réaction que je suscite lorsque je dévoile mon corps en révèle souvent davantage sur le jugement des autres envers les femmes que sur ce que j’ai révélé de moi-même.

Mais puisque vous me posez la question, j’ai pensé que ce serait une bonne idée de proposer une expérience ici et maintenant. Je propose qu’à chaque question, je retire un vêtement pendant que Sylvie traduit ma réponse. Sylvie, vous n’êtes pas obligée de vous déshabiller en même temps que moi ! (la salle s’esclaffe) Pour vous prévenir : si cela n’est pas à votre goût, je vous donne une occasion de quitter la salle. Pendant la première traduction, je vais retirer mon poncho. Nous verrons bien si j’ai plus de vêtements que nous n’avons de questions.

(L’interprète traduit, Victoria Bateman enlève ce qu’elle appelle son poncho, plutôt une pélerine mauve.)

Alors, j’hésite à poser des questions…

 

(Rires du public)

Je dois ajouter qu’il y a deux choses que je ne retire jamais : mes chaussures et mon collier, juste pour vous prévenir.

Je crois sincèrement qu’en tant que femmes, nous ne pouvons être libres que si nous disposons de la liberté de notre corps. Les libertés économiques dont je parle dans ce livre dépendent des libertés du corps. Si nous n’avons pas le droit de faire exister notre être corporel dans l’espace public, alors nous ne pouvons pas nous mêler aux hommes, nous ne pouvons pas faire partie de la société, ni voyager, ni travailler…. Pour tirer le meilleur parti de notre esprit, nous devons avoir la liberté de notre corps.

 

(Elle retire son chemisier du même rose que la couverture de son livre, précise-t-elle, déclenchant des rires.)

 

Dans votre livre, chaque chapitre est consacré à une période historique. Pour laquelle d’entre elles avez-vous eu le plus de difficultés à trouver des sources pour retracer le rôle des femmes et pour trouver des figures féminines ?

 

Plus on remonte dans le temps, plus c’est difficile pour nous en tant qu’historiens, car nous manquons du type de sources modernes avec lesquelles j’ai l’habitude de travailler dans mon domaine de recherche, la révolution industrielle. Ce que j’ai découvert, notamment en m’appuyant sur les travaux des archéologues, c’est que l’histoire économique est littéralement inscrite sur le corps des femmes. Nous pouvons comprendre énormément de choses à partir des squelettes de l’âge de pierre : leur état nutritionnel, les types de travaux pénibles qu’ils effectuaient. Par exemple, les rainures sur les dents des femmes donnent des indices sur le procédé consistant à gratter les plantes afin d’en tirer de la matière végétale pour fabriquer des paniers, des abris, ou certains des premiers vêtements.

Entretien

 
 

Il y a beaucoup de choses que nous pouvons observer dans la manière dont ces squelettes sont enterrés, les types d’objets avec lesquels ils sont inhumés. Pour traverser l’histoire de cette manière, il faut aller au-delà des sources écrites, jeter ses filets très largement.

(Elle ôte son soutien-gorge.)

 

Et inversement, pour quelle période cela a-t-il été le plus facile ?

La réponse évidente serait les périodes les plus récentes. A l’époque contemporaine, les gouvernements recueillent des données de comptabilité nationale qui nous fournissent une multitude de détails sur l’économie. Mais en fait, l’une des périodes plus anciennes où je me suis retrouvée entourée d’une profusion de preuves, c’est l’Egypte ancienne. En raison de la coutume d’envoyer les défunts dans l’au-delà avec un témoignage visuel très détaillé de leur vie sur terre, nous possédons de nombreuses représentations de la vie quotidienne. On peut y voir des femmes travaillant dans les champs aux côtés des hommes, fabriquant du tissu, jouant de la musique… Les femmes dans le monde antique jouissaient en réalité de beaucoup de droits et de liberté – davantage, je pense, à bien des égards, que les femmes en Egypte aujourd’hui. Cela montre bien comment, en tant que sociétés, nous pouvons régresser avec le temps plutôt que progresser.

 

(Elle continue de se déshabiller et incite les spectateurs à la photographier.)

Pourquoi avoir entremêlé l’histoire économique des femmes à celle des hommes ? Et ne pas avoir écrit seulement celle des femmes ?

 

Nous savons tous que l’histoire a été écrite pendant très longtemps par des hommes, pour des hommes, sur des hommes. L’histoire des femmes a été reléguée aux marges, comme si elle ne relevait que d’un intérêt minoritaire. Alors que les femmes représentent la moitié de la population, nous méritons d’être au cœur du récit et pas dans les notes de bas de page. Je voulais placer les femmes au cœur de l’histoire, aux côtés des hommes. Et je refuse de commettre l’erreur que tant de grands historiens masculins ont commise par le passé, à savoir ignorer purement et simplement la moitié de l’humanité.

Victoria Bateman lors des Rendez-vous de l’histoire de Blois, le 10 octobre 2026. (DR)

Vous établissez un lien entre la réussite de certains empires, notamment la Perse que vous opposez à la Grèce, et leur choix d’entraver ou de favoriser les libertés féminines. Sur quoi fondez-vous ce lien ?

(En parlant, elle se lève, nue, son livre dans une main, son micro dans l’autre.)

Le message central de mon livre est sans doute que la quasi-totalité des grandes civilisations de l’histoire ont été celles où les femmes se trouvaient au cœur de l’économie. Plus important encore, presque chaque effondrement de civilisation a été précédé d’une restriction des droits et des libertés des femmes. Cela a été le cas il y a deux mille ans, quand les Romains ont commencé à s’inquiéter du fait que les femmes ne faisaient pas suffisamment d’enfants, qu’elles ne se mariaient pas. Ils s’inquiétaient aussi de la hausse de l’immigration et d’un cosmopolitisme croissant, et des conséquences sur la culture romaine. Il y a eu cette pression sociale, à partir de l’empereur Auguste, pour chasser les femmes du travail rémunéré et les renvoyer au foyer pour le bien de Rome. Je suis triste de constater que cela s’est répété tout au long de l’histoire dans de nombreuses sociétés. Je crains que nous courions aujourd’hui le risque que cela se reproduise.

Pas seulement dans des pays comme l’Afghanistan, mais aussi en Amérique et, avec la montée du populisme de droite, ici, en Europe. Les attaques contre les femmes commencent toujours par des attaques contre leur corps, par des tentatives de les pousser à utiliser leur corps comme le veut le patriarcat : pour le sexe et pour faire des bébés, et pour rien d’autre. Certainement pas pour le militantisme politique ! Alors s’il vous plaît, ne reproduisons pas la plus grande erreur de l’histoire humaine. Continuons à consolider les droits des femmes plutôt qu’à les faire reculer.

Vous restez optimiste et appelez à une révolution. On voit néanmoins, aux Etats-Unis, un spectaculaire retour en arrière et des difficultés auxquelles sont confrontés les historiens, les économistes, en particulier qui sont spécialisés dans les études du genre. Comment traduire votre optimisme en actes ?

C’est une question tellement importante, et je suis catastrophée par ce qui arrive à l’histoire dans tellement d’endroits, y compris là-bas. Aujourd’hui plus que jamais, nous devons écouter les historiens, nous devons accorder davantage de respect à l’histoire des femmes, aux personnes qui travaillent dans les études de genre. Nous avons toujours dû nous battre, faire en sorte que nos voix soient entendues, protester, nous lever, nous révolter. Malheureusement, nous ne pouvons jamais considérer notre situation comme acquise, et nous devons continuer à nous battre pour chacune de nos libertés. Toute ma solidarité va à mes collègues du monde universitaire. Solidarité !

(La salle applaudit.)

Ce matin, vous n’avez écrit aucun message sur votre corps. D’autres fois, vous dénonciez le Brexit. Sept ans plus tard, le Premier ministre de votre pays a évoqué un «Breturn», un retour dans l’Union européenne. Que cela vous inspire-t-il ?

Mon message à [Andy] Burnham est le suivant : voulons-nous pour la Grande-Bretagne un futur de prospérité, de paix et d’intégration, ou voulons-nous un futur de pauvreté, de guerre et d’isolement ? Je sais lequel des deux je veux. Nous ne pouvons pas nous en sortir seuls dans ce monde. Nous ne pouvons pas peser sur la scène mondiale en agissant isolément. Nous devons, en tant que nations, nous rassembler pour affronter les menaces majeures sur la scène mondiale. Le Brexit a laissé la Grande-Bretagne nue, seule et vulnérable sur la scène internationale. La Grande-Bretagne doit revenir au cœur de l’Europe, et le plus tôt sera le mieux. J’espère simplement que vous voudrez bien de nous à nouveau !

(Applaudissements.)

Dernière question, pourquoi avoir gardé votre collier de perles et vos chaussures ?

Je suis une féministe, mais j’aime aussi beaucoup la mode, et en particulier la mode vintage ! Et n’importe quel grand spécialiste de la mode vous dira que quelle que soit la tenue choisie, il est primordial de mettre des accessoires. Je n’avais pas prévu de me présenter nue devant vous aujourd’hui : j’avais choisi très soigneusement une tenue dont les couleurs étaient assorties à la couverture de mon livre. Mais comme l’instant m’a emportée et que vous avez posé cette question Anne-Sophie, je me suis dit : pourquoi pas ? Mais toujours avec des accessoires ! Puis-je poser une question ? Pensez-vous que parce que vous avez vu mon corps, j’ai moins de valeur en tant que femme ?

(La salle s’esclaffe : «Non !»)

Merci ! Merci infiniment ! Certains disent que j’exhibe mon corps, mais en réalité, ce n’est qu’un corps. Il est superficiel de déterminer la valeur d’une femme à son corps. Nous valons tellement plus que nos corps.

 
 
 
 


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PhilE
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PhilE
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Ma femme m'a raconté qu'au congrès annuel des médiévistes à Kalamazoo (Michigan; eau électricité et médiévistes à tous les étages), notre amie Kate a allaité pendant sa propre présentation (qui de plus n'était pas consacrée à l'iconographie des Vierge à l'enfant ou aux représentations du corps).
Une écossaise vivant en Norvège (au-delà du cercle polaire, l'université la plus septentrionale du monde, elle se baigne toute l'année dans l'Arctique, quitte à faire un trou dans la glace; ceci explique peut-être un rapport au corps qui n'est pas le même que la plupart des Français). 

Personne n'a été choqué, mais quelques-uns ont quand même été surpris. 

Je sais qu'entre collègues à un colloque, plutôt que d'aller à l'hôtel, il est assez courant qu'ils louent une maison, et s'il y a une piscine, il est plus que courant qu'ils s'y baignent nus. 


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jfreeman
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Cela me rappelle une participation à un débat que nous avions proposé à la fin du film :

Normandie nue, une comédie dramatique française réalisée par Philippe Le Guay, sortie en 2018.

Nous avions obtenu l'accord de l'exploitant de la salle de cinéma pour pouvoir intervenir nus et partager notre expérience de simple nudité. J'avais, au préalable, prévenu le public : "nous allons débattre en tenue de peau. Mais si une personne s'y oppose, nous resterons habillés".

Malheureusement, une spectatrice, se prétendant en plus naturiste, avait refusé car elle trouvait cela "inconvenant" de se mettre nu devant un public textiliste. Nous aurions dû lui répondre comme Victoria Bateman : "si cela n’est pas à votre goût, je vous donne une occasion de quitter la salle" !


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jean-mi77
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@jfreeman Je me souviens de ça. Tu as été très maladroit. D'autant plus que l'événement était annoncé comme naturiste.


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