Sylvie, 58 ans, a depuis sa plus tendre enfance, une polyarthrite. "J'ai eu la forme la plus sévère, c'est-à-dire déformante. Cela crée des douleurs, et surtout ça déforme les articulations. Puis il y a eu les hospitalisations qui ont été des périodes douloureuses. Je ne pouvais pas faire des choses simples comme bouger les mains, les doigts, ou marcher correctement." Sylvie
Elle raconte que la maladie n'a pas facilité son rapport au corps. Après la mort de son mari en 2005, Sylvie se voit prescrire des antidépresseurs. Elle tente d'éviter ce traitement, avec plusieurs médecines douces, mais c'est finalement son pharmacien qui lui propose une alternative inattendue. "De fil en aiguille, mon pharmacien me propose de venir participer à une randonnée naturiste. Tout de suite je lui dis que ça ne va pas du tout être possible. Je lui explique que je n'ai jamais exposé mon corps autrement que dans le milieu médical, à mon mari et mes parents. Puis, en discutant de cette proposition avec ma meilleure amie, je me rends compte que ça reste un peu dans ma tête. Et un jour je me suis dit : 'Pourquoi pas essayer ?'" Sylvie
Sylvie : "À partir de ce jour, je n'ai plus arrêté le naturisme"
"Arrivée au moment ultime de la nudité, où il faut oser montrer son corps, je me suis rendue compte qu'il n'y avait pas de regard, ou de questionnement. J'ai enfilé mon sac à dos et puis j'ai commencé à faire quelques pas. Je me suis dit que ce n'était pas si difficile que ça finalement." Sylvie
"À partir de ce jour, je n'ai plus arrêté le naturisme parce que je me suis rendue compte que ce que je cherchais à évacuer de mon corps, je le déposais dans la nature." Sylvie
Elise, 45 ans, raconte ses souvenirs de vacances au camping de Montalivet avec ses parents. Ce lieu naturiste en Aquitaine a marqué Elise lorsqu'elle était enfant. "On avait l'impression de changer de continent lorsqu'on arrivait là-bas. Il y avait des dunes, des pins, dont l'odeur nous saisissait. (…) À chaque fois ça faisait toujours bizarre de passer de l'autre côté : du côté des gens nus. Puis, une fois que j'étais nue, j'oubliais complètement tout le reste. D'être nue c'était enfin les vacances, la liberté, c'était comme une fête." Elise
"Je crois qu'on a arrêté d'y aller parce que mes parents ont senti, avec l'arrivée de l'adolescence et de la puberté, que j'étais moins à l'aise." Elise
Elise : "J'offre à mes enfants une sensation de liberté"
Un été, Elise et son compagnon se retrouvent près de Montalivet, ce qui déclenche chez elle le désir de revoir ce lieu d'enfance et de bonheur qu'elle avait connu. "Je suis retournée à Montalivet en 2016. Mon compagnon appréhendait un peu. (…) on est restés une semaine et c'était génial. C'était comme si j'avais enterré un trésor et que j'avais oublié qu'il était là, et que je l'avais retrouvé." Elise
"Nous avons deux enfants, que nous amenons avec nous à Montalivet, et ils adorent cet endroit. Pour eux c'est incroyable. En les amenant là, j'ai l'impression que je leur offre une sensation de plénitude et de liberté parce qu'ils sont nus, et en sécurité dans la nature." Elise
Lorsque Françoise, fonctionnaire cadre à l'ENS, doit embaucher un successeur pour un poste, elle s'aperçoit que ce dernier est naturiste. Nous recrutons un monsieur d'un cinquantaine d'années, au profil parfait : il est convivial, agréable, équilibré etc. (…) Environ un an plus tard, une personne de mon équipe me dit : 'Vous savez, il se promène tout nu.' J'ai alors convoqué Christian dans mon bureau pour essayer de comprendre le problème. Je lui ai donc demandé s'il était naturiste et il m'a répondu avec une joie qui l'a envahit : 'Oui !' J'ai alors essayé de lui faire comprendre qu'il ne pouvait pas faire ça sur son lieu de travail."
"Un jour, ce monsieur a cru bon de participer à une émission de télévision. Deux journalistes l'avait filmé, s'habillant pour sortir et monter dans sa voiture. Il leur avait expliqué que sa voiture étant un espace privé, il pouvait se remettre nu dès qu'il était dans sa voiture. Mais là, les gendarmes sont arrivés. Ils font sortir la journaliste et le caméraman de la voiture et essayent d'extraire Christian également. Mais lui, il connaît très bien la réglementation, et ne veut pas sortir de son véhicule parce que hors de sa voiture, en étant nu, il est considéré comme exhibitionniste sexuel. Alors il essaie de remettre son pantalon, pendant que les gendarmes tentent de le faire sortir. On m'a raconté qu'ils l'ont menacé avec une arme." Françoise
"Il a fait de la garde à vue et son dossier a été examiné environ un an plus tard. Mais le fait qu'un type se balade à poil, quelles que soient les circonstances, tout le monde est bien d'accord : ce n'est pas si grave." Françoise
- Reportage : Clawdia Prolongeau
- Réalisation : Etienne Gratianette et Jean-Christophe Francis
Musique de fin : "What Do You Reckon" par My AnT
Merci à Sylvie, Elise et Françoise.
Pour aller plus loin :