Voici un article écrit par une association culturelle qui réhabilite le site de l'hôpital Caroline sur le Frioul au large de Marseille.
L'article parle du passé naturiste qu'à connu le lieu dans les années 30. Ce passé était totalement méconnu de l'association alors qu'une de leur fonction est de s'occuper du patrimoine historique, en même temps qu'ils font de gros travaux de restauration (lieu abandonné durant plusieurs décennies).
Les photos que je leur avais envoyé les a particulièrement intéressés car on pouvait voir les bâtiments avant les bombardements des alliés lors de la seconde guerre mondiale.
Des prises de vues qu'ils ne connaissaient quasiment pas jusqu'à maintenant et qui leur permettra, en partie, de reconstruire les bâtiments tels qu'ils existaient à l'époque.
http://lazaret-caroline.fr/annees-30-une-escale-naturiste-sur-le-site-caroline/
Années 30, une escale naturiste sur le site Caroline
C'est arrivé sur la boîte email de l'association en provocant sourires et curiosité : d'anciennes photos de naturistes sur le site Caroline issues d'un magazine suisse allemand « Die Neue Zeit » 1 On aurait pu croire à une blague et à un habile photomontage. Mais c'est tout ce qu'il y a de plus sérieux et d'intéressant.
L'article paru dans la revue suisse « Die Neue Ziet »
Bruno Saurez (Président de l'association Naturiste Phocéenne) nous a aimablement transmis beaucoup d'éléments pour rendre compte de cette « histoire quelque peu étonnante et méconnue » selon ses termes. Pendant 7 ans, le Frioul et l'hôpital Caroline ont été le lieu de villégiature de groupes de naturistes français et étrangers. C'est un pan de l'histoire du naturisme à Marseille et ses alentours. L'occasion d'apprendre que la cité phocéenne était à l'avant-garde dans le développement de ce mouvement en France. Un mouvement présent dans les années 1920 où le rôle du milieu médical est à noter. « Ces médecins avaient une pratique du naturisme, appelé autrefois gymnosophie, basée sur l'hygiène, la santé, l'héliothérapie, la thermorégulation, la culture physique par le sport, et le bien-être du corps » . Cela n'est pas sans lien avec la suite. Bruno Suarez rappelle que chaque dimanche « les premiers naturistes Marseillais arpentaient nus les sentiers des Calanques et une partie a eu l'idée de s'isoler des regards pour « se réaliser pleinement » (termes utilisés à l'époque). Le Frioul était le lieu idéal surtout qu'une bâtisse était déjà en place (l'hôpital Caroline). » Pour qu'une telle présence soit possible, à l'époque comme aujourd'hui, une autorisation municipale est nécessaire. En 1931, le maire de Marseille, Georges Ribot, était médecin et sensible à cette démarche. Il accorda une autorisation, dissoute à son départ en 1935. Ce Docteur-Maire dirigea également le service de Santé Maritime de Marseille. La réception de ces éléments et des précisions aimablement apportées par Bruno Saurez nous ont intéressés à plus d'un titre.
A titre personnelle, elles ont participé à déclencher une sorte de recherche heuristique : d'abord sur ces naturistes qui viennent de Suisse, le mouvement naturisme ( concept apparu au 18e siècle), son essor à Marseille, son « projet philosophique », la question du rapport au corps dans ces années-là, le maire de Marseille, le contexte politique de cette époque et là, j'ai cru m'égarer dans l'histoire du « sabianisme » à Marseille, passionnant et tellement actuel...Revenons au sujet.
D'abord, cette « petite » histoire a sa place dans l'histoire de du site Caroline. Elles nous confirment que le site a été à l'abandon durant cette période, que sa fonction de lieu de quarantaine a été en quelque sorte « détournée ». L'article paru dans le magazine suisse précisant qu'à l'époque «le Frioul est une île militaire. Aucun civil ne peut y pénétrer sans autorisation particulière. Les personnes autorisées sont de fait les habitants du petit village de pêcheurs ».
La présence de ces naturistes sur l'île n'est en fin de compte pas éloignée de la vocation première du site (la guérison). Que l'on soit adepte ou pas du naturisme, cette manière de vivre en faisant un lien entre nature et nudité inscrit dans sa démarche « une volonté de respect de soi, des autres et de son environnement ». D'autant qu'à ses débuts, ce «mode de vie » attribue à la nature des « vertus régénératrices ». On pourrait longtemps ergoter sur cela mais nous ne tomberons pas dans une approche d'un naturisme, qui participerait à valider certaines thèses eugénistes, ou assimilé à tort au nudisme, ou perçu « comme guère sérieux » et encore aujourd'hui, provoquant comme à l'époque des photos quelques moqueries....Les visuels accompagnants l'article nous renseignent également sur les aspects architecturaux du site. Rapprocher des photos actuelles de ces dernières donne la mesure de l'ampleur de la restauration actuelle...et il semble, que déjà, il faisait bon y être.
Bouchra
Encore bravo pour ces travaux de communications vers les non naturistes
Comme quoi la recherche d'archives et leur publication n'est pas seulement (et même pas du tout) un travail de "fouille-poussière", mais peut conduire à d'étonnantes réactualisations . Merci, Bruno !
